Le rapport accablant sur les régimes amincissants

Publié le 27 octobre 2010 - Mis à jour le 12 décembre 2012

C'est un véritable pavé dans la marre que lance aujourd'hui l'Anses (Agence de sécurité sanitaire alimentation, environnement et travail) en publiant un rapport accablant sur les régimes amincissants qui mettent la santé en danger.

Perdre du poids en hiver

Fin octobre, une étude américaine* publiée dans la revue Annals of Internal Medicine, révélait d'inquiétants résultats sur l'augmentation des risques de décès des personnes suivant un régime hyper protéinés comme Dukan.
Jeudi 25 novembre 2010, l'Anses publie un rapport accablant sur les risques des régimes qu'ils soient hyper protéinés, pauvres en glucides (Atkins) ou hyper restrictif (soupe au chou).

Qu'a évalué l'étude de l'Anses ?

L'Anses a passé 15 régimes** aux cribles. Elle a étudié les déséquilibres que ces régimes riches en protéines ou pauvres en glucides entrainent en macronutriments, en vitamines et en minéraux.
Pour 80 % des régimes, les apports en protéines sont supérieurs aux apports nutritionnels conseillés (ANC). Les apports lipidiques sont supérieurs aux ANC. Concernant l'apport en fer (important pour les femmes), les ANC sont rarement atteints.
L'apport en calcium est soit inexistant (Montignac) soit 2 fois supérieurs aux ANC (Dukan). La vitamine C est oubliée dans ces régimes et la vitamine D connait le même traitement que le calcium : soit elle est absente soit elle est 4 fois plus élevée que les ANC.

Les risques pour la santé
Il sont nombreux et variés : diminution de la masse minérale osseuse et risque de fracture, risque de calculs biliaires avec les régimes très hypocaloriques et de cancer colorectal avec les régimes pauvres en glucides complexes et en fibres.
«la recherche de la perte de poids sans indication médicale formelle comporte des risques, en particulier lorsqu'il est fait appel à des pratiques alimentaires déséquilibrées et peu diversifiées», estime l'Anses. Pour elle, «rien ne peut remplacer en termes de santé une alimentation équilibrée, diversifiée».
Des risques en effet pris bien inutilement quand on sait que 80 % des sujets reprennent du poids un an après la fin de leur régime (chiffre extrait du rapport d'expertise réalisé par l'Anses).

La colère des médecins
Lors du forum santé sur l'obésité, tenu mi novembre à l'Institut Pasteur (Lille) , 2 experts le docteur Jean-Michel Lecerf et le professeur Monique Romon, se sont montrés très critiques sur les régimes hyper protéinés (Dukan). Les propos de Jean-Michel Lecerf sont sans appel, il en pense « le plus grand mal... on revient 40 ans en arrière ». Avec « des conséquences dramatiques pour une quantité de gens ».
Les experts sont d'accord, dans la perte de poids, il n'y a pas de miracle, juste la nécessité « d'un changement complet et profond des habitudes alimentaires ».

En conclusion
Cette étude met en lumière les risques sanitaires auxquels nous exposent de tels régimes déséquilibrés et restrictifs. Mais on regrette que l'Anses ne revienne pas sur la double origine du problème : la malbouffe et le diktat de la minceur prônée dans nos sociétés occidentales. L'industrie agroalimentaire est loin d'être innocente quand on sait  la quantité de plats cuisinés (bien souvent trop riches en sel et en acides gras trans) qu'elle propose sur le marché. On souffre de mal manger et c'est toute une éducation à la nutrition à revoir et ce dès le plus jeune âge (pourquoi ne pas instaurer des cours de nutrition à l'école au même rang que les mathématiques ?). Concernant la politique de la minceur voir de la maigreur, les femmes pensent trop souvent à tort avoir quelques kilos à perdre et pour rentrer "dans le moule" s'infligent des régimes plus contraignants les uns que les autres. Pour être bien dans son corps et dans sa tête, Laurent Chevallier, médecin nutritionniste, conseille de "corriger ses erreurs nutritionnelles pour retrouver un poids de forme" et de raison garder.
Et, si on arrêtait de marcher sur la tête en revenant à des fondamentaux ?

Allez plus loin


Le rapport de l'Anses

  • Régimes amaigrissants : des pratiques à risque


*"Low-Carbohydrate Diets and All-Cause and Cause-Specific Mortality : Two Cohort Studies", Fung T et coll., Annals of Internal Medicine, 7 septembre 2010, résumé accessible en ligne

**Atkins, californien, citron détox, chrononutrition, Cohen, Dukan, Fricker, Mayo, Montignac, régime de la soupe au chou, Weight Watchers...

Stéphanie Jarroux
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Réactions à l'article
Par lunazen le 30 novembre 2010 à 14h35
A lire !

"«la recherche de la perte de poids sans indication médicale formelle comporte des risques, en particulier lorsqu'il est fait appel à des pratiques alimentaires déséquilibrées et peu diversifiées», estime l'Anses. Pour elle, «rien ne peut remplacer en termes de santé une alimentation équilibrée, diversifiée»." Je suis entièrement d'accord. "instaurer des cours de nutrition à l'école ", je suis totalement pour !

Par Isabelle BRIVET - Nutritionniste. le 2 décembre 2010 à 00h38
Rapport de l'ANSES

La perte de poids est devenu un business et chaque année, un nouveau régime à la mode vient sur le marché pour détruire un peu plus la santé et le moral du consommateur.
Chaque jour, nous sommes confrontés aux dégâts des régimes miracles.

L'éducation et la transmission des informations scientifiques est le seul moyen de permettre à la population de s'alimenter intelligemment sans tomber dans les pièges de la malbouffe et des régimes néfastes.

L'éducation est la meilleure des préventions : Une alimentation équilibrée, naturelle, variée et agréable et à la portée de tous ainsi qu'une bonne écoute du corps permettent le retour au poids de forme naturellement et donc durablement.
"L'animal sauvage ne compte pas ses calories, ne pèse pas ses aliments et pourtant, il est toujours à son poids de forme."

Isabelle BRIVET - Nutritionniste et Fondatrice du Réseau de conseil en nutrition Maigrir 2000.

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