Enfants et pollution chimique : une “pandémie silencieuse”

Publié le 21 août 2008 - Mis à jour le 26 novembre 2012

Entretien avec Anne-Corinne Zimmer, journaliste spécialisée en environnement, qui lance un véritable cri d'alarme à propos des polluants chimiques et de leurs effets sur les enfants.

Enfants et pollution chimique
Enfants et pollution chimique

Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux polluants chimiques ?

Je suis journaliste et, au cours d’une enquête, j’ai découvert les polluants chimiques et leurs conséquences sur la santé. En fouillant, j’ai compris avec stupeur que l’on avait aujourd’hui toutes les preuves scientifiques de leurs effets délétères sur le développement de l’enfant, y compris in utero. Et pas des moindres : augmentation des allergies, de l’hyperactivité et des troubles du comportement et, avec les perturbateurs endocriniens, des problèmes de fertilité mais aussi des pubertés précoces chez les petites filles. En Europe, depuis trente ans, on compte chaque année 1% d’augmentation du nombre de cancers chez l’enfant. Les leucémies aiguës ont été multipliées par deux en vingt ans. Je pense qu’il est temps d’en chercher les raisons. Or personne n’en parle car cela va à l’encontre des intérêts économiques des industriels de la chimie soutenus par l’État français.

De quels polluants s’agit-il ?

Ils sont multiples et concernent toutes les sphères de la vie de l’enfant : la nourriture, l’habitat, le mobilier, les produits d’entretien, les cosmétiques, etc. Leur addition et leur accumulation dans l’organisme sont extrêmement dangereuses. Un exemple, le biberon en plastique (polycarbonate) relargue dans le lait lors de son utilisation le Bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien soupçonné d’être à l’origine de cancers (sein et prostate). Son impact sur la santé n’a pas été évalué, seule semble compter son efficacité dans le process industriel de polymérisation… On relève aussi des molécules neurotoxiques dans les jouets pour enfants comme les phtalates, ces substances plastifiantes ajoutées au PVC afin de lui conférer de la souplesse. Sans compter les produits de soins pour enfants. Alors que certaines marques pour adultes se servent de l’argument de vente « sans phénoxyéthanol », un éther de glycol, il entre encore dans la composition des produits de toilette destinés aux bébés sous des marques vendues en pharmacie !

Vous parlez aussi des polluants persistants…

Le mercure et les polychlorobiphényles (PCB) sont deux exemples de polluants persistants que l’on retrouve tant dans l’environnement qu’au niveau de la chaîne alimentaire et qui mettront des années à disparaître. Il est donc important de faire attention à ce que l’on mange  et, pendant la grossesse, d’éviter les produits gras (saumon par exemple) qui sont de véritables pièges à PCB ou les poissons prédateurs comme le thon pour le méthylmercure qui est un neurotoxique.
Les scientifiques ont démontré que ces deux polluants peuvent entraîner des troubles de la mémoire et du langage. Ils sont en outre considérés comme des perturbateurs endocriniens.

À la différence de l’amiante, on ne peut identifier un seul produit responsable ?

En effet, la dose ne fait pas le poison. Les conséquences négatives induites par l’exposition aux produits toxiques de l’environnement se conjuguent et ne se manifestent pas du jour au lendemain. Il faudra des années pour qu’ils agissent. C’est une sorte de « pandémie silencieuse », selon l’expression du Pr Philippe Grandjean, spécialiste danois des effets de cette pollution chimique sur le cerveau notamment.

Que peut faire une maman pendant sa grossesse et après la naissance pour se protéger, elle et son bébé ?

D’abord se documenter. Mon livre passe en revue la plupart de ces polluants. Et ensuite, ne plus acheter les produits concernés. On baisse ainsi la pollution chez soi. Et par dessus le marché, on diminue la demande et par conséquent l’offre…

 

Cet article est tiré d’Alternative Santé - Le mensuel de défense et d’information des consommateurs de soins médicaux.

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Martine Laganier
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