Où en est notre foi ? Entretien avec Bertrand Révillion

Publié le 31 janvier 2011 - Mis à jour le 15 novembre 2012

Où en est notre foi, quelle place l'écologie tient-elle dans notre croyance ? FemininBio au eu envie de poser ces questions existentielles à un homme d'Eglise, Bertrand Révillion.
Diacre et Directeur de la Rédaction du mensuel Panorama, Bertrand Révillion est connu pour ses entretiens avec des personnalités révélant un parcours humain et spirituel : le dernier en date Croire ou ne pas croire est préfacé par Patrick de Carolis.

Entretien avec Bertrand Révillion

Peut-on dire qu'il y a en France et à l'étranger un regain pour la foi quelle qu'elle soit. Pourquoi ?
Il y a de toute évidence la ré-émergence d’un questionnement spirituel fort. Cette interrogation contemporaine ne rejoint pas nécessairement une « foi » au sens où les religions emploient ce terme. L’homme moderne étouffe dans le matérialisme, il ne croit plus aux grandes idéologies ; plus que jamais il est seul face à la question du sens de sa vie, celle de la souffrance, de la mort... Alors il cherche : vers les religions, vers les sagesses ou philosophies orientales, aussi vers tout ce qu’on appelle aujourd’hui le "développement personnel". Il y a une quête intérieure évidente : mène-t-elle uniquement à soi, son ego, son bien-être ou ouvre-t-elle à une transcendance ? S’agit-il simplement d’aller mieux ou de faire la rencontre du Dieu « tout autre » ?  C’est la grande question. Cette analyse vaut pour les pays occidentaux. La question spirituelle ne se pose pas du tout de la même manière dans les pays émergeants et dans d’autres cultures où la foi fait encore totalement partie de la mentalité. On l’a vu après la catastrophe haïtienne où, loin de se révolter, la plupart des gens se sont tourné vers le ciel pour prier… Les journalistes occidentaux ont été très surpris par cette attitude !

Qui sont les croyants d'aujourd'hui ? A quoi aspirent-ils ?
A part une minorité qui voit la religion comme un rempart contre la décadence et une « contre-culture » contre la modernité (réflexe identitaire que l’on trouve dans toutes les religions et qui alimente malheureusement les extrémismes), les croyants d’aujourd’hui sont, dans les pays occidentaux, des hommes et des femmes « comme tout le monde » ! Ils cherchent le bonheur, ils cherchent à faire l’unité de leur vie (familiale, professionnelle, spirituelle…) Ils sont en quête de raison de vivre. Leur démarche est une démarche davantage interrogative qu’affirmative. Ce sont des « chercheurs de Dieu », pas des militants de la certitude. Parmi eux, des hommes et des femmes se reconnaissent dans le message de Jésus de Nazareth. La totale unité de cet homme les amène à penser qu’il est de filiation divine. Le catholicisme connaît actuellement un regain étonnant : plus de 3.000 adultes (qui n’ont souvent reçu aucune éducation chrétienne) demandent chaque année à être baptisé. C’est un signe fort !

Les préoccupations environnementales pèsent de plus en plus dans notre quotidien, quelle place l'écologie tient-elle dans la foi ?
L’Eglise catholique milite pour la « sauvegarde de la création ». La terre créée par Dieu est confiée à l’homme qui doit la préserver et non pas la mettre à son unique service. Depuis 25 ans, l’Eglise, au travers de ses déclarations officielles et des discours des papes, a pris clairement position pour une démarche écologiste : il faut sauver la terre car les catastrophes écologiques mettent en danger la création et risquent de pénaliser en priorité les plus pauvres…

Les écologistes (Nicolas Hulot) sont-ils les nouveaux prophètes en se posant comme les "gardiens" du vivant ?
Le prophète, dans la Bible, est celui qui vient dire aux hommes – généralement sourds ! – un message important de la part de Dieu. Ainsi le prophète Jonas tente de sauver la ville de Ninive de la déchéance. D’une certaine manière, le désastre écologique actuel ressemble à la Ninive biblique. Dieu a souvent recours à des « grandes gueules » qui clament haut et fort quelques vérités urgentes. Mais les prophètes sont le plus souvent critiqué et ne font généralement pas un très bon audimat !

On parle beaucoup d'écologie intérieure. Cela est-il l'expression d'un vide spirituel ?
De même qu’il faut « nettoyer » la planète de tout ce qui la pollue, de même, il y a urgence à faire un grand « ménage intérieur ». L’homme moderne vit continuellement à la surface de lui-même, il est, au sens propre du terme, « hors de lui ». Le philosophe Pascal mettait en garde contre ce qu’il appelait le « divertissement » (pas les loisirs, qui sont bons !) mais cette faculté de ne pas entrer en dialogue avec soi, de se laisser divertir continuellement par la musique, les images, les sons, les loisirs standardisés… L’espace du silence ne cesse de se réduire. Le paysan dans ces montagnes était presque « contraint » de méditer », l’homme moderne a les moyens techniques de se « zapper » continuellement lui-même. S’il n’y a pas de « vide » en soit, Dieu ne peut pas trouver sa place ! Souvent notre cœur ressemble à cette « auberge » surbookée où il n’y a pas de place pour accueillir la naissance du Christ…

Les femmes, porteuse de la vie, ont-elles, selon vous, un rôle singulier à jouer dans la sauvegarde de notre espèce, dans la protection du vivant ?
« La femme est l’avenir de l’homme » chantait Aragon. Quelle grande vérité ! En matière spirituelle, le christianisme a compté de très « grandes dames » : Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux, Madeleine Delbrêl… Les femmes savent mieux que les hommes le prix de la vie. C’est par une femme que le Christ est venu au monde et les premières personnes à « voir » le Ressuscité au sortir du tombeau le matin de Pâques sont… des femmes. La foi est une question trop important pour être confiée aux seuls hommes !

Quel regard le diacre et rédacteur en chef que vous êtes porte-t-il sur l'écologie ?
Le diacre est celui qui, dans l’Eglise, a le souci des pauvretés. Le combat écologique est une arme contre les pauvretés. J’aspire à ce que la question écologique prenne de plus en plus de place dans le débat politique. Le journaliste peut, au travers de son métier, contribuer à cette sensibilisation de l’opinion.

Benoit XVI est il un Pape "Green" ?
Lors de la  Journée mondiale de la paix en  2008, Benoît XVI a insisté sur l’urgence écologique. Le pape n’a pas caché sa préoccupation pour la spoliation de leur environnement subi par de nombreuses régions de la planète du fait de l'action de l'homme, et d'une façon qui compromet sérieusement l'écosystème. A partir de cette prise de conscience, le pape invite les hommes de toutes les latitudes à se mobiliser pour défendre la terre, « maison commune » de l'humanité.

Quels rôles les chrétiens ont ils à jouer  pour préserver la vie sous toute ses formes ?

Les chrétiens n’ont pas un « rôle » spécifique à mener. Ils doivent s’engager aux côtés de « ceux qui croient au ciel et de ceux qui n’y croient pas » ! Avec, dans le cœur, cette conviction : chaque homme, chaque femme, chaque enfant est sacré car il porte Dieu en lui…

Quel saint pour vous a œuvré le plus pour la protection de la planète ?
François d’Assise. Son « Cantique de la Création » est un vrai manifeste écologique !

Pensez vous que la plus belle énergie renouvelable soit l'espérance ?
Jolie formule ! L’espérance c’est ce qui reste même lorsqu’il n’y a plus d’espoir. L’espérance chrétienne repose sur cette certitude que Dieu nous aide et nous sauve…

Si vous aviez une prière à prononcer pour notre chère Terre, quelle serait-elle ?
La prière de Saint François : « Loué sois-tu, Seigneur, pour notre mère la Terre qui nous porte et nous nourrit. Elle produit la diversité des fruits et les herbes et les fleurs de toutes les couleurs ! »

Enfin, Jésus est-il le premier écologiste ?
Jésus est celui qui vient habiter la terre pour nous aider à la sauver.

Stéphanie Jarroux
Articles du thème Développement personnel
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Réaction à l'article
Par lunazen le 14 mars 2011 à 14h26
A lire

Très belle interview plein de vérités !

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