Vous pouvez continuer à allaiter

Publié le 19 août 2008 - Mis à jour le 15 novembre 2012

Au fil du temps, des dizaines et des dizaines de femmes se sont entendu dire - à tort - qu'elles devaient interrompre leur allaitement.

Vous pouvez continuer à allaiter

La décision de poursuivre ou non l'allaitement quand la mère doit par exemple prendre un médicament, ne dépend pas uniquement du fait de savoir si ce médicament passe ou non dans le lait de la mère. Une telle décision impose aussi de prendre en considération les risques liés au lait artificiel pour le bébé - risques qui sont considérables -, de prendre aussi en compte les risques que comporte pour la mère l'interruption de l'allaitement et qui sont également considérables, et bien d'autres problèmes encore.
Par exemple, nourrir un bébé allaité à l'aide d'un biberon pendant la période où sa mère est en traitement (rarement moins de cinq jours) débouchera très souvent sur le refus définitif du sein chez ce bébé ou au moins sur des difficultés importantes avec ce bébé lorsqu'il est au sein. D'un autre côté, il ne faut pas oublier que certains bébés refusent de prendre le biberon, si bien que le conseil donné d'abandonner l'allaitement est non seulement le plus souvent mauvais, mais en plus impossible à mettre en pratique. Pourtant, il est facile de conseiller à une mère de tirer son lait lorsqu'elle ne nourrit pas directement son enfant; mais tirer efficacement son lait est souvent très difficile pour certaines mères et provoque chez celles-ci des engorgements très douloureux, ce qui peut conduire à de sérieuses complications.
 
 
Allaitement et prise de médicaments par la mère
La plupart des médicaments passent dans le lait, mais seulement en très faibles quantités. Bien qu'un très petit nombre de médicaments puisse vraiment causer des problèmes aux bébés, même présents dans le lait à très faibles doses, ceci n'est pas vrai pour l'écrasante majorité des médicaments. Les mères à qui on dit d'interrompre l'allaitement à cause d'un médicament précis, devraient demander à ce qu'on leur en prescrive un autre similaire qui soit compatible avec l'allaitement. De nos jours, il est rarement problématique de pouvoir offrir une telle alternative. Si le médecin prescripteur ne sait comment procéder, il devrait pouvoir s'informer. S'il ne se prête pas à la discussion, la mère devrait chercher un autre avis.
 
La plupart des médicaments peuvent être considérés comme étant sans danger pour la mère qui poursuit l'allaitement si les conditions suivantes sont remplies :
1. ces médicaments sont communément prescrits aux enfants. Exemples : l'amoxycilline, la cloxacilline, la plupart des antibiotiques.
2. ces médicaments sont considérés comme sans danger pendant la grossesse. Les médicaments entrent en effet directement dans le système sanguin du bébé lorsqu'ils sont pris pendant la grossesse. Le bébé absorbe généralement des doses beaucoup plus élevées à une période beaucoup plus critique de son développement lorsque ces médicaments sont pris pendant la grossesse plutôt que pendant l'allaitement. Cependant, ce n'est pas une règle absolue, puisque durant la grossesse, le foie et les reins de la mère peuvent éliminer le médicament pour le bébé.
3. ces médicaments ne sont pas absorbés par l'estomac ou les intestins. Ceci vaut pour beaucoup de médicaments administrés par injection. Exemples : la gentamicine, l'héparine, la lidocaïne ou autres anesthésiques locaux utilisés par les dentistes.
 
Les médicaments suivants, fréquemment utilisés, sont eux aussi généralement sans danger pendant l'allaitement : l'acétaminophène (Tylenol, Tempra), l'alcool (à doses raisonnables), l'aspirine (dans les limites habituelles de la posologie et pendant de brèves périodes), la plupart des anti-épileptiques, la plupart des anti-hypertenseurs, la tétracycline, la codéine, la plupart des anti-inflammatoires non-stéroïdiens, la prednisone, la thyroxine, le propylthiouracile (PTU), la warfarine, les anti-dépresseurs tricycliques, la sertraline (Zoloft), la paroxétine (Paxil), d'autres anti-dépresseurs, le métronidazole (Flagyl), Nix, Kwellada.
Les médicaments appliqués sur la peau, instillés ou appliqués sur les yeux ou le nez, sont presque toujours inoffensifs en cas d'allaitement.
Vous pouvez continuer à allaiter après une anesthésie générale, régionale ou locale, dès que vous êtes en mesure de le faire. Les médicaments que vous pouvez ensuite être amenée à prendre contre la douleur sont presque toujours autorisés. Les vaccins inoculés à la mère n'imposent pas qu'elle arrête l'allaitement (même lorsqu'il s'agit de virus vivants comme dans le cas de la rubéole, de l'hépatite A et de l'hépatite B).
Informez-vous de manière fiable avant d'arrêter l'allaitement ! Une fois que vous l'avez interrompu, il peut être très difficile à relancer, spécialement si le bébé est très jeune.
 
 
Allaitement et maladie de la mère
Très peu de maladies de la mère imposent à celle-ci d'arrêter l'allaitement. C'est particulièrement vrai des infections. La plupart des infections sont causées par des virus. La plupart des infections causées par des virus sont très contagieuses avant que la mère réalise qu'elle est malade. Au moment où la mère a de la fièvre (ou est enrhumée, a le nez qui coule, la diarrhée, des vomissements, une éruption, etc…), elle a déjà contaminé son bébé. Cependant, l'allaitement protège le bébé contre l'infection, et la mère devrait donc poursuivre l'allaitement dans le but de protéger son bébé. Si le bébé tombe malade, il est généralement moins malade que si l'allaitement a été interrompu. Mais souvent, les mères sont agréablement surprises de voir que leurs bébés ne tombent pas malades du tout. Le bébé a été protégé par le fait que sa mère a continué à l'allaiter.
La seule exception à ce qui vient d'être dit, c'est le cas de l'infection de la mère par le virus du sida. Jusqu'à plus ample informé, on considère qu'il est moins dangereux pour le bébé d'une mère séropositive de n'être pas allaité, du moins là où les risques liés à l'alimentation au biberon sont relativement peu élevés. Toutefois, il y a des situations, où le risque lié au non-allaitement est suffisamment élevé pour qu'une mère séropositive soit tout de même amenée à allaiter son bébé. Quoi qu'il en soit, on n'a pas encore de solution définitive à ce problème.
La plupart des autres maladies de la mère soulèvent des questions à cause des médicaments que la mère peut être amenée à prendre. Ceux-ci ne devraient que rarement poser un problème.
Rayons X et scanners : les radios simples ne demandent pas que la mère arrête l'allaitement, même si un produit de contraste est utilisé (par exemple en cas de PVI). De même pour une radio TC, une IRM, même avec produit de contraste, et pour un examen radioactif (par exemple radio du poumon, radio des os). La seule exception est la radio de la thyroïde. Quoi qu'il en soit, dans ce cas, il n'est le plus souvent pas absolument nécessaire de pratiquer l'examen.
Un problème assez fréquent dans les premiers mois après l'accouchement est un phénomène appelé thyroïdite du postpartum, une perturbation temporaire dans le fonctionnement de la glande thyroïdienne. Un examen très utile pour aider à comprendre ce phénomène est la radio de la thyroïde. Il implique toutefois que de l'iode radioactif soit administré à la mère, et on ne peut donner cette substance à des mères qui allaitent. L'iode radioactif se retrouve dans le lait pendant des semaines et est concentré dans la thyroïde du bébé. Il y a toutefois des moyens de prendre en charge ces thyroïdites du postpartum sans pratiquer cet examen. Les médicaments qu'une mère peut être amenée à prendre pour traiter la thyroïdite du postpartum sont compatibles avec la poursuite de l'allaitement (par exemple propanolole, propylthiouracile).
 
 
Les problèmes liés au sein
Les lymphangites (infections du sein) et abcès du sein ne sont pas des raisons suffisantes pour arrêter un allaitement. Bien qu'il soit plus difficile d'intervenir chirurgicalement sur un sein en cours d'allaitement, le geste chirurgical n'est pas nécessairement facilité par le fait que la mère arrête d'allaiter son enfant, puisque le lait continue à se former pendant des semaines après l'arrêt de l'allaitement.
Les mammographies sont plus difficiles à lire si la mère allaite, mais elles peuvent tout de même être utiles. Et une fois encore, combien de temps une mère doit-elle attendre avant que l'on considère que ses seins ne sont plus en période de lactation ? Il existe d'autres moyens d'examiner une grosseur dans un sein que la mammographie. Discutez des possibilités avec votre médecin ! Faites-lui savoir qu'il est important pour vous d'allaiter. Une biopsie du sein, par exemple, peut être pratiquée sur une grosseur qui inquiète.
 
Nouvelle grossesse
Il n'y a pas de raison pour que vous ne puissiez pas continuer à allaiter si vous êtes enceinte. Rien ne prouve qu'en continuant à allaiter, vous vous faites tort à vous-même, au bébé dans votre utérus ou à celui que vous allaitez. Si vous souhaitez arrêter l'allaitement, prenez votre temps et sevrez en douceur.
 
Les problèmes liés à l'allaitement
Il est rarement nécessaire d'interrompre l'allaitement en raison d'une maladie de l'enfant. En allaitant son enfant, la mère peut réconforter le petit malade et en même temps, l'enfant peut réconforter sa mère.
1. Diarrhée et vomissements. Les infections intestinales sont rares chez les bébés exclusivement nourris au sein (bien que les selles soient très fréquentes chez les bébés exclusivement nourris au sein). Dans ces conditions, le meilleur traitement dans le cas où le bébé est atteint de diarrhée, c'est de continuer à l'allaiter. Le bébé se rétablira bien plus vite s'il est nourri au lait maternel. Le bébé s'en sortira très bien uniquement avec du lait maternel dans la grande majorité des cas, et il ne faudra lui administrer des liquides supplémentaires que dans des cas exceptionnels.
2. Maladies respiratoires. Il existe un mythe médical selon lequel il ne faudrait pas donner de lait à des enfants ayant contracté des infections respiratoires. Que ce soit vrai ou non pour le lait, il est absolument certain que c'est faux dans le cas du lait maternel (et de l'allaitement).
3. Jaunisse. Les bébés exclusivement nourris au sein contractent souvent une jaunisse, même jusque dans le troisième mois, bien que généralement, il soit difficile de distinguer la couleur jaune de la peau. Loin de constituer un problème, ceci est un phénomène normal.(Il y a des causes de jaunisse qui ne sont pas normales, mais elles n'imposent pas d'arrêter l'allaitement). Si l'allaitement se passe bien, la jaunisse n'impose pas que le bébé arrête de téter. Si l'allaitement se passe mal, le poursuivre coûte que coûte améliorera la jaunisse, tandis qu'arrêter l'allaitement, même pour très peu de temps, le détruira complètement. Arrêter l'allaitement ne constitue pas une réponse adaptée.
Si la question que vous désirez poser n'est pas traitée ci-dessus, n'en concluez pas que vous devez interrompre votre allaitement. N'arrêtez pas d'allaiter et renseignez-vous. On a dit à des mères d'arrêter l'allaitement pour des raisons trop ineptes pour être discutées !
 
Article de Jack Newman, Responsable d'une consultation de lactation à Toronto - Canada, provenant de l'association IPA
Jack Newman
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