Evénement

Le festival TrashStock, ou l’art de Bali engagé contre la pollution plastique

Publié le 14 août 2017
TrashStock, le festival balinais engagé contre la pollution plastique
TrashStock, le festival balinais engagé contre la pollution plastique
© DR

La troisième édition du festival TrashStock “Musik Artistik Plastik”, se tiendra le weekend du 26 et 27 août à Bali, une île paradisiaque qui a aussi son lot de problème environnementaux. Cependant, grâce au volontariat de passionnés d’art et de musique, ce festival emblématique de la créativité comme élément principal d’éducation informelle va à nouveau impliquer la crème des musiciens et artistes engagés contre la pollution plastique de Bali. Témoignage du co-fondateur de ce festival engagé, Julien Goalabré.

Avec mon ami Balinais Hendra Arimbawa, nous organisons depuis 2015 le Festival TrashStock qui a vocation à promouvoir la conscience écologique auprès de la jeunesse balinaise par le biais de créations artistiques et de chansons, dont certaines parlent directement du besoin de protéger Bali de la pollution plastique. A mon arrivée à Bali fin 2014 j’avais été choqué les nombreux déchets sur les plages, rizières ou autre décharges illégales. L’édition 2017 du festival sera consacrée au tourisme durable car c’est l’année choisie par l’Organisation Mondiale du Tourisme des Nations Unies pour promouvoir ce thème et favoriser un tourisme respectueux de la population locale et de son environnement. Les acteurs du tourisme à Bali comme ailleurs ont en effet une opportunité fantastique d’apporter un changement positif aux destinations qu’ils proposent aux visiteurs. Nous avons choisi ce thème car de nombreux jeunes Balinais désirent travailler dans ce secteur porteur, mais en danger du fait des plaintes croissantes de touristes des nombreux déchets qu’ils peuvent voir. Aussi, au delà de l’aspect écologique, les habitants de Bali ont aussi leur futur à professionnel à protéger.


Plage, humour et emocions de Messenger pour le peintre Dodit Artawan!

A TrashStock, la plupart des artistes recyclent du plastique pour créer de l’art. En plasticology, des sachets de lessive ou de café sont collés sur du contreplaqué et les enfants en font des peintures. D’autres artistes leur apprennent à composer leurs propres chefs d’oeuvres tels que des lampes, sacs, balais ou animaux à base de bouteilles plastiques.


La créativité des enfants avec le plastique est sans limites!

D’autres, y compris moi-même, s’inspirent de cette thématique pour leur photographie tandis que les peintres sensibilisent les balinais à la pollution plastique  à coups de pinceaux.

Le but de cet art alternatif est d’éveiller la conscience environnementale des jeunes de Bali. En effet, la pollution est partout et on a tendance à s'y habituer; mais une fois présentée en tant qu’art, le regard qu’on lui porte est différent car ce que l’on normalisait inconsciemment devient un questionnement conscient. Par exemple, un arbre au bord de la route n’attire pas l’attention, mais le même arbre en plein milieu de la voie va pousser les gens à le remarquer, l’observer, et (normalement) le contourner. C’est une forme d’éducation informelle qui a parfois plus d’impact que les classiques “il ne faut pas faire ci ou ça car cela pollue”, des messages qui ne sont pas forcément écoutés ou compris par les enfants et jeunes adultes. Notre audience vient principalement pour la musique car ce n’est pas vraiment la cause qui les fait venir à TrashStock, mais l’art et la musique, ce qui est au final notre objectif! En effet, nous visons ceux qui ne sont pas encore conscients du problème, car c’est cette audience qui a principalement besoin d’opérer un changement de mentalité marquant. Nous avons recours à la popularité des groupes locaux pour aimanter le public, et nous incluons messages sérieux et conseils entre les groupes.


Le groupe Zat Kimia à TrashStock 2016

Les messages de sensibilisation se font de façon directe par le biais de messages directs via des messages de spécialistes de l’environnement, mais également indirectes via l’art. Nous leur montrons aussi qu’il y a de l’argent de poche à se faire en revendant les déchets plastiques à nos entreprises partenaires telles que Re>Pal ou Eco Bali Recycling, ou bien par la vente de produits en plastique valorisé. La préoccupation écologique n’est malheureusement pas leur priorité, mais s’acheter des vêtements tendance ou du crédit smartphone, ça l’est !
Pour ma part, je suis autant artiste qu’activiste et quand je vois certains lieux à Bali pollués par les déchets cela me met souvent hors de moi. Cependant, j’essaie de me rappeler que le plastique est encore relativement nouveau ici, que l’éducation prend des décennies, et que seul un esprit positif nous permettra de poursuivre nos efforts. Notre mission est de faire ce qui est en notre pouvoir pour que les choses évoluent et faire preuve de compréhension et de patience. Aussi, quand je constate que la population se met à recycler du plastique via des créations artistiques et des objets utiles, ou encore mieux, changent leurs habitudes de consommation, je suis fier de l’impact significatif de nos actions!
Le festival est principalement financé grâce au sponsoring d’entreprises locales mais une importante partie de notre financement provient également des dons provenant de notre campagne de financement participatif. A ce titre je me permets de lancer un appel aux dons, grâce auxquels le festival pourra avoir lieu.
En fonction du succès de notre campagne de financement, nous prévoyons comme chaque année reverser les bénéfices du festival à un artiste recyclant le plastique pour créer des pièces d’art, mais aussi à une fondation utilisant la créativité comme moyen d’éducation pour une Île plus propre, comme pour la bande dessinée de la fondation IDEP que nous avons aidé à financer en 2016.


Julien Goalabré et Hendra Arimbawa entourant Doni Marmer pour la Remise de prix à la fondation IDEP.

Les organisateurs ainsi que les artistes sont tous volontaires car c’est par amour pour leur île qu’ils souhaitent la protéger de la pollution plastique. Parmi eux, certains étaient déjà engagés lorsque je les ai connus tandis que d’autres ont eu cette prise de conscience grâce à nos actions , ce qui leur a ensuite donné envie de se mettre à l’oeuvre pour épauler ce projet car le concept les inspirait.
Personnellement, j’ai commencé à prendre des photos de déchets et à y apporter un traitement Photoshop en marchant vers mon ancien bureau. Chaque jour, je passais le long d’une rizière aux abords jonchés d’ordures plastiques et je l’ai prise en photo pour y apporter une touche artistique.

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Devant l’intérêt que cette photo a créé, j’en ai fait une spécialité. Le challenge est de transformer quelque chose de laid, dont beaucoup se détournent pour l’ignorer, en quelque chose de plaisant à regarder et qui j’espère fera réfléchir. La partie cognitive du cerveau réagit en effet différemment quand il s’agit d’art et grâce à une simple technique de calque, je fais ressortir le plastique sur un fond noir et blanc, et le problème saute immédiatement aux yeux !
Cette année je me focalise sur les cerf-volants en plastique. A Bali, il perdure une tradition spectaculaire de cerfs-volants en tissu et bambou qui ne posent pas de problème, mais les enfants les imitent avec des cerfs-volants en plastique peu coûteux et de moindre qualité. Lorsque la ligne de pêche au bout de laquelle ils sont attachés casse, ces cerf-volants se dispersent dans la nature ou s’échouent dans les arbres, sur les fils électriques, dans les rizières, à la plage, sur les toits et trottoirs … Il y en a tellement qu’on ne les remarque plus car on s’habitue à les voir un peu partout.

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