Témoignage

J'ai ouvert un éco-lodge au Brésil : Emmanuel Rengade

Publié le 18 avril 2013
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
Emmanuel Rengade a ouvert deux éco-lodges au Brésil.
Emmanuel Rengade a ouvert deux éco-lodges au Brésil.

Tombé amoureux du Brésil en 1997, Emmanuel Rengade, alors cadre en finance, n’en est jamais revenu ! Quelques années plus tard, il développe un concept d’écolodge unique. Rencontre avec un esthète inspiré par le rêve d’un luxe authentique.

Se reposer, se ressourcer en toute simplicité dans un cadre idyllique au Brésil, c'est le pari d'Emmanuel Rengade et ses écolodges Picinguaba et Catuçaba. Entièrement gérés par des locaux, des produits bio fabriqués sur place à la ferme pour approvisionner les hôtels. Un luxe au coeur de la nature à s'offrir pour une belle occasion. 

Eco-lodge au Brésil en images : découvrez notre diaporama

Racontez-nous l'aventure de ces 2 éco-lodges de luxe au Brésil ?

Emmanuel Rengade : À l'occasion d'un dernier week-end avant de prendre un nouveau poste à Londres, je tombe par hasard sur le petit village de pêcheurs de Picinguaba. Coup de foudre. Une vieille bâtisse à retaper, je tombe sous le charme, réunis mes économies et me lance.

Quelle a été l'inspiration pour se lancer dans un tel projet ?

Emmanuel Rengade : Je n'ai jamais eu envie de travailler pour une grosse entreprise. Cela s'est produit par hasard et j'ai toujours, inconsciemment peut-être, été à l'affût d'un autre style de vie. Habiter dans un village de 350 habitants au coeur d'une réserve naturelle, faire du surf, m'a semblé un rêve accessible. J'y suis resté 7 ans, en refaisant la maison petit à petit et en apprenant le métier sur le tas.

Quel est le concept global de l'hôtel, que proposez-vous ? 

Emmanuel Rengade : Simplicité, contact avec la vie locale, très bonne nourriture, charme discret, confort mais sans prétention. Un "luxe" différent. Il y a 12 ans (l'hôtel a débuté a Picinguaba en 2001), le concept était très nouveau. Nous avons passé 10 ans sans air conditionné mais avec le réchauffement climatique, on a dû se résoudre cette année à l'installer, mais il est bien caché ! Aujourd'hui, c'est un peu plus à la mode, mais nous restons un des petits hôtels de charme les plus connus du Brésil, dans le monde entier. L'entreprise a évolué, aujourd'hui ma plus grande réussite est d'avoir deux hôtels de haut niveau entièrement gérés par des gens du village. Nous n'avons pas de manager extérieur.

Est-ce un investissement important ?

Emmanuel Rengade : À l'époque, les propriétés au Brésil ne coutaient pas très cher. Mes économies de 5 ans d'expatrié on suffit, en tirant un peu. Aujourd'hui, ce serait impensable.

Quel est le profil des résidents qui viennent chez vous ? Que cherchent-ils ? 

Emmanuel Rengade : Ce sont des personnes du monde entier, de tout âge, qui voyagent beaucoup et recherchent des endroits exceptionnels pour se reposer, se ressourcer. Nous avons une clientèle haut de gamme mais qui recherche la simplicité, une expérience vraie. Nos hôtes reviennent beaucoup (même de New York, de Londres), et restent parfois plusieurs semaines. À la Fazensa, en ce moment, nous avons une famille anglaise (assez connue) avec 2 enfants qui reste un an. Les endroits sont magiques, marquants.

Quel est votre engagement personnel dans cette aventure ?

Emmanuel Rengade : J'ai tout fait. J'ai commencé avec 2 employés, nous sommes 65 maintenant, avec un bureau à Sao Paulo. Aujourd'hui, les hôtels tournent. J'y suis en famille le week-end (nous habitons Sao Paulo). Je ne suis pas le Directeur (nous n'avons en fait, pas de directeur), je laisse les gens travailler, on se voit pendant une semaine une fois tous les 3 mois pour se mettre à jour. Je me consacre au concept, au développement de projets autour des hôtels, qui sont une base extraordinaire pour beaucoup d'autres choses : nous avons une résidence d'artistes, avec des gens du monde entier qui passent plusieurs mois sur place. Nous avons eu un cinéaste, un sculpteur de New York. Nous montons un projet éducatif avec les enfants du village, autour de l'art. Je m'occupe de la ferme (nous avons 450 hectares), où nous produisons des produits bio pour les hôtels, mais aussi du café, de la cachaça. Nous discutons un projet de reforestation sur la propriété, avec la fondation Anne Fontaine à New York. Le principal projet sur lequel je travaille cette année est la construction de 20 éco-villas sur notre propriété, avec un grand architecte Brésilien, Marcio Kogan. Nous venons aussi de terminer un magnifique projet de paysagisme monumental avec les frères Campanas.

Quels sont les engagements de l'hôtel ? 

Emmanuel Rengade : Tout ce que l'on fait est en fait un engagement, même s'il est généralement discret. Notre concept attire énormément de bonnes volontés, car en plus du charisme naturel des endroits, il réconcilie 2 mondes : celui de l'écologie, d'une vision holistique du monde, de l'implication totale dans la culture locale, et celui du luxe, du design, de la mode, de l'architecture. Cela contribue a créer une mini-société de gens qui se ressemblent. C'est particulièrement le cas pour les acheteurs des éco-villas, qui viennent du monde entier mais ont un profil similaire, je ne dirais pas engagé, mais très concerné par l'état du monde. Ce profil a été décrit il y a 10 ans par un auteur américain, ce sont des "créatifs culturels".

Donnez-nous des exemples concrets !

Emmanuel Rengade : Les 2 hôtels sont pionniers au Brésil pour tout ce qui concerne le développement durable : gestion 100% locale, systèmes élaborés de traitement des eaux par les plantes pour une pollution zéro, interdiction du plastique - à Picinguaba, nous n'avons que des bouteilles en verre, même pour l'eau… Alors qu'il n'y a pas d'accès en voiture ! Il faut porter tout à dos d'homme sur 500 mètres, aller et retour - énergie solaire pour les douches à Picinguaba, et énergie géothermique à Catuçaba. Tous les produits de nettoyage sont naturels ou biodégradables. 80% de la nourriture est bio et produite sur place à la ferme. La décoration mélange des meubles sur-mesure faits par des artisans locaux avec des bois anciens de récupération, à des meubles et objets de design récupérés dans des brocantes.

Et pour les éco-villas que vous développez sur le terrain ? 

Emmanuel Rengade : Les éco-villas seront les premières maisons de luxe entièrement auto-suffisantes au Brésil. Elles ont été sélectionnées comme projet pilote par le Green Council Brasil pour déterminer la nouvelle norme fédérale de construction durable. Elles fonctionnent au solaire et énergie éolienne, et sont fabriquées avec des matériaux locaux : eucalyptus, adobe, briques en terre cuite. Il n'y a pas de coupe du terrain, elles disparaissent dans le paysage.

Croyez-vous à une écologie du corps, de l'esprit et de la planète ?

Emmanuel Rengade : Parfois, nous avons l'impression de faire quelque chose de très important, de représenter une certaine alternative, subtile, à la société dominante. Tout est intégré autour d’une certaine philosophie, qui n'est pas seulement la mienne, mais celle de l'esprit du lieu : un retour aux sources, mais aussi une tentative de construction du futur, et même si c'est pour un petit nombre de gens, l'influence peut être importante. Il y a quelque chose de presque spirituel. Par exemple, les frères Campanas, à l'occasion d'un week-end, quand ils ont su que l'on faisait des éco-villas - seulement une vingtaine pour 400 hectares, elles sont perdues dans la nature - ont eu l'idée de faire ce qu'ils appellent une "cathédrale de bambou": un immense cercle en haut d'une montagne, avec des bambous vivants de 10 mètres de haut. C'est comme un temple paganiste, pour faire du yoga, méditer, regarder les étoiles, faire des performances artistiques, de la danse….

Partagez avec nous votre meilleure recette de cuisine bio brésilienne ?

Emmanuel Rengade : Nos recettes sont des recettes locales que nous avons "ressuscitées" et remises au goût du jour ! Plus que les recettes, je parlerais plutôt des produits. À Picingaba, produits de la mer, bar ou mérou entier de 15 kg grillé à la braise le soir au diner sous les étoiles. À la ferme, on boit au petit déjeuner du jus de jussara. C'est comme de l'açai mais personne ne connait et ça vient des palmiers de la forêt voisine (qui est classée patrimoine mondial de l'Unesco). Ou bien "carne na moranga", une viande du coin que l'on fait cuire à l'intérieur d'une citrouille énorme du jardin. 

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