Femmes du monde

Véronique Cloître : "Les femmes ont le pouvoir de rééquilibrer le monde"

Publié le 22 janvier 2015

Véronique Cloitre, photographe et auteur, a publié un hymne à la femme : Femmes du monde, mère du Nouveau Monde. Elle nous parle de la femme, blessée, exploitée, discriminée, et pourtant seule source d’espoir pour l’humanité.

Du Canada jusqu’en Inde, l’objectif de Véronique Cloitre effleure les regards chargés d’histoire de femmes des quatre coins du globe. Son livre Femmes du monde, mères du nouveau Monde donne la parole aux mamans, aux épouses, aux grand-mères et aux petites filles. Un vibrant hommage à la féminité et un symbole d’espoir pour l’avenir de la femme.

Vous dressez un état des lieux assez sombre de la situation des femmes dans le monde, ce livre est-il une façon de tirer la sonnette d'alarme ?
Les femmes sont les premières victimes de la discrimination, de la violence et de la pauvreté. Les chiffres sont alarmants. Dans le monde, une femme sur sept est victime de viol, une femme sur trois est victime de violence, et les cent trente millions de femmes mutilées renvoient à l’intolérable. En France, une femme décède tous les deux jours des suites de violences. Il est temps qu’une Humanité unie et solidaire prenne place afin que cesse la souffrance.

Vous consacrez toute une partie du livre à la place des femmes dans les différentes religions. Qu'est-ce qui vous a frappé dans vos recherches autour de ce sujet ?
Les religions sont aujourd’hui l’un des principaux facteurs de discrimination à l’égard des femmes. Depuis toujours, les femmes ont été considérées comme inférieures par un système religieux patriarcal qui s’est acharné à détruire et à déformer les textes sacrés témoignant d’une force féminine créatrice et divine. Les écritures des différentes religions monothéistes parlent de femmes fortes, aux pouvoirs divins : Sarah la femme d’Abraham dans la religion juive, Aicha la femme de Mahomet pour les musulmans, Marie et Marie-Madeleine dans la Bible. Toutes ces femmes ont vu leur rôle diminué, leurs pouvoirs niés et leur rayonnement amoindri par les interprétations d’hommes avides de pouvoir.

« Eduquer une fille, c'est éduquer toute une nation » ?
41 millions de filles sont exclues de l’éducation dans le monde et 515 millions de femmes sont analphabètes. Au-delà du combat pour la justice et contre les discriminations, la scolarisation des filles est tout simplement la condition du développement mondial. La privation d’instruction condamne les femmes à la vulnérabilité la plus extrême, face à la maladie, aux violences sexuelles, aux mariages forcés, aux grossesses précoces et à la pauvreté.  A l’inverse, l’accès à l’éducation  leur permet de développer l’esprit critique nécessaire à la défense de leurs droits, et en fait des citoyennes à part entière. Le monde ne peut que bénéficier de ce changement de statut des femmes. Une femme instruite apporte une nouvelle voix au débat politique et culturel. De par son rôle d’éducatrice, elle transmet son savoir à ses enfants.

Quel est ce « principe du Féminin » que vous développez dans le livre ?
Notre humanité et notre Terre sont en déséquilibre car le féminin n‘y est pas intégré. Nos sociétés valorisent de façon excessive les attributs du yang : activité, pensée rationnelle, compétition, agressivité, langage de l’intellect, aux dépens des attributs du yin : intuition, compassion, mysticisme, langage du cœur... La redécouverte du principe féminin, c’est la réconciliation entre nous, hommes et femmes, et en nous, entre nos pôles masculin et féminin. Cette énergie transformatrice invite à l’Amour, à la paix, à la compassion. Les femmes ont le pouvoir de ré-équilibrer le monde. En relevant le féminin blessé, nous relevons notre humanité et notre Terre-Mère ; car la femme et la Terre sont deux énergies intrinsèquement liées

Qu'entendez-vous par « Féminin sacré » ?
Le Féminin sacré est cette porte ouverte sur un nouveau monde, une nouvelle humanité plus consciente, plus éclairée, plus libre, c’est l’antidote de la peur. En nous libérant de nos craintes nous retrouvons nos pouvoirs. Relever le féminin, c’est éveiller la déesse qui est en nous, oser l’amour, célébrer la vie.

Le livre consacre une large part à des portraits de mères autour du monde. Les femmes que vous avez rencontrées se sont-elles confiées facilement ?
Ces femmes se sont confiées avec simplicité parce qu’intuitivement, elles ont compris le projet : élever nos voix en une voix unique et harmonieuse afin de transformer le monde. Je leur remettais un livre d’or sur lequel elles pouvaient inscrire leur message pour les autres femmes et pour le monde. C’était un moment magique lorsqu’elles parcouraient les pages comme si elles voyageaient au cœur du monde, dans le cœur de chaque autre femme.  Moment d’émotion aussi lorsque les femmes analphabètes saisissaient le stylo pour déposer un dessin, un signe ou quelques lettres. 

Les femmes autour du monde peuvent-elles s’unir ?
Les cercles de femmes se multiplient. Les femmes se rassemblent, s’unissent pour créer une force créatrice de changement. Ce sont les défricheuses du nouveau monde. Florence est venue du Congo pour dénoncer le travail des femmes et des enfants dans les mines de coltan, lors d’une série de conférences en France. Lorsqu’elle est repartie elle m’a confiée : ‘’Ma dada (sœur) je suis venue parler de la guerre, je repars avec l’espoir car j’ai découvert en regardant ton livre que ce sont des milliers de dadas dans le monde qui me soutiennent et oeuvrent dans le même sens. Je ne me sens plus seule…’’

 

Véronique Cloitre est l'auteur du livre Femmes du monde - Mères du nouveau monde, paru aux éditions Dangles.

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