Méditation

Méditation : quel est l'intérêt d'un raisin sec ?

Publié le 12 juin 2015
Emmanuel Faure est instructeur MBSR, formé par les équipes du centre hospitalier de Boston. Il intervient auprès des particuliers et des entreprises autour d’interventions basées sur la pleine-conscience. Son site : www.mbsr-lille.fr
La méditation, une pratique pour se reconnecter à soi et aux autres
La méditation, une pratique pour se reconnecter à soi et aux autres

Dans les programmes de gestion du stress basée sur la pleine conscience, les instructeurs/trices font vivre une expérience un peu particulière : l’expérience du raisin sec...

Ouais, bon, d'accord. Mais c’est quoi le truc ? C’est quand même fou, certaines participantes vivent cela comme une révélation, un moment inoubliable, "le" moment de leur vie... C'est un peu fort !
Alors pour tenter de comprendre de quoi il s’agit (même si en matière de pleine conscience, il n’y a rien à comprendre et même, plus on comprend avec la tête moins on comprend vraiment), et surtout comment on peut se retrouver en train de pleurer devant un modeste raisin sec, levons le voile sur cet atelier !
Une première approche de la pleine conscience
Au cours de la première séance du programme MBSR, l’instructeur/trice propose aux participantes de se mettre dans la peau d’une extraterrestre, d’une martienne par exemple. 
Ensuite, ce même instructeur dépose sur le creux de la main de chacune des personnes sagement assises sur une chaise ou un zafu (coussin de méditation) un raisin sec (mais ça, les martiennes ne le savent pas, elles ne sont pas d’ici !).
Une fois le tour de la salle terminé, l’instructeur/trice guide pendant de longues minutes les martiennes pour qu'elles regardent avec toute leur attention, leur curiosité d’exploratrices, les détails de l’objet : les couleurs, la forme, les reliefs, etc.
Les martiennes sont ensuite invitées à le sentir et à accueillir les odeurs telles qu’elles sont, puis à l’écouter (si, si, cela fait du bruit, je vous assure !).
Pendant ces longues minutes les martiennes sont pleinement dans l’expérience, pas un bruit dans la salle (hormis les cris des raisins secs pressés dans les doigts), et ce jusqu’à goûter l’objet et le sentir même descendre dans l’œsophage et plus bas dans l’estomac pour les plus attentives...
Voici des témoignages que j'ai recueillis au fil des ateliers :
"C’est fou, j’ai l’impression d’avoir découvert ce qu’un raisin sec est vraiment"
"Il avait plein de forme, de reliefs, il faisait même du bruit...c’est fou !"

"C’est dingue, je mange des raisins secs depuis des années, sans jamais voir à quoi cela ressemble. Qu’est-ce que c’est beau !"
"Je prends conscience que d’habitude je gobe des poignées entières de raisins sans rien sentir du tout..."
"En fait je viens de me rendre compte que je n’aime pas les raisins secs"
"En fait je viens de me rendre compte que j’adore ça..."
Toutes ces interventions et bien d’autres encore nous invitent à se laisser explorer par quelques enseignements :
- Quel rapport avons-nous avec la nourriture au quotidien, les raisins comme le reste d’ailleurs ? Comment mangeons-nous d’habitude ? Sommes-nous vraiment avec ce que l’on mange ? Avons-nous même une idée de la sensation de satiété quand elle arrive ?
Porter toute son attention au raisin nous le fait découvrir vraiment, pour ce qu’il est, pas l’étiquette du raisin que j’avais à l’esprit, le concept raisin sec, vraiment ce raisin-là !
- Combien de raisin avons-nous mangé sans y prêter attention, par poignée ?
- Combien de personnes avons-nous croisées sans vraiment les voir, séparé d’eux par la représentation que nous avons d’eux, par habitude ?
- Combien de moments agréables ou désagréables vivons-nous à chaque instant sans vraiment les vivre, mais plutôt les penser, les virtualiser derrière le filtre de nos interprétations (très souvent fausses d’ailleurs), de nos jugements, de nos peurs, de nos avidités ?
Et si nous apprenions à faire attention ?
Etre attentive pour entrer progressivement en contact avec la réalité et découvrir plus encore en quoi un moment agréable est bon, doux et nourrissant et comment un moment désagréable est simplement désagréable et peut-être pas le cauchemar que veulent bien nous laisser le penser nos filtres, nos interprétations, nos conditionnements, nos habitudes, nos schémas de pensées...
Alors si nous apprenions à devenir des martiennes, pour être attentives comme des martiennes ! Mais chut... ne le dites pas trop fort, sinon, nous risquerions de trop nous aimer les uns les autres... comme les martiens le font certainement...
 
L'auteur : Emmanuel FAURE est instructeur MBSR (formé par les équipes du centre hospitalier de Boston) et intervient auprès des particuliers et des entreprises autour d’interventions basées sur la pleine-conscience. Son site : www.mbsr-lille.fr
 
>> Pour une lecture optimisée, retrouvez cet article dans votre magazine iPad de mai 2015

 

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