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Les Orangeries, un havre de paix bio

Publié le 20 mai 2016
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
© Felix Vigne Castalie

Rencontre avec Olivia Gautier, fondatrice de l'hôtel-restaurant éco-responsable Les Orangeries à Les Orangeries, à Lussac-Les-Châteaux : un havre de paix bio, une bonne adresse de tourisme responsable !

Racontes-nous ton parcours ?
Née à Paris, j’ai eu un parcours très marketing avec école de commerce suivi de 10 ans en agence de publicité internationale. En même temps depuis toujours j’ai un besoin viscéral de nature et une passion pour les jardins. En 1995, mon mari architecte me propose d’acheter une propriété mitoyenne de la maison de famille pour l’aménager en hôtel. 

Changer de cadre de vie sans changer de rythme:  cap pour la province avec pour projet l’ouverture d’un hôtel de charme avec activité séminaire. C’était il y a 16 ans, en 2009. L’offre de restauration est montée en puissance progressivement, au début un menu unique le soir pour les hôtes et aujourd’hui un restaurant gastronomique qui est ouvert depuis 2009. C’est une aventure passionnante, très prenante.

Comment est venu l'engagement chez toi ?
La prise de conscience est venue au travers de rencontres et de conférences (le CJD Centre des Jeunes dirigeants, L’université de la Terre de la fondation Nature et Découverte et la Cité de la Réussite à la Sorbonne ). L’influence de belles personnes inspirantes comme Nicolas Hulot et Pierre Rabhi, Belpomme et Servan Schreiber,  mais aussi du monde de l’entreprise comme Elisabeth Laville (Utopies), Sylvie Benard (LVMH) , Francois Lemarchand (Nature et Découvertes), Jacques Huybrechts (CHK), Demaegt (un Bureau pour la planète).

Parles-nous de l'histoire des Orangeries ?
Les Orangeries, c’est le retour au pays de son enfance d’un architecte élevé par sa grand-mère à la campagne. Rapatrié en France au moment de la guerre d’Algérie, pugnace comme un breton et aventurier comme les maltais, farouchement attaché à cette terre bien qu’elle soit loin de la mer. Les Orangeries évoque le souvenir du paradis perdu, les orangers en fleurs, c’est le nom de l’orangeraie de son grand père qui alimentait les meilleurs épiciers dont Fauchon. Charge à moi de faire vivre ce lieu et d’en faire un havre d’hospitalité. De mon côté j’ai été nourrie par les fêtes de famille dans le Beaujolais où l’on cultivait l’art de la table et de la convivialité.

La façade - DR - cliquez pour agrandir

Que proposez-vous ?
Les Orangeries, c’est un peu la maison de famille que tout le monde rêverait d’avoir. Une maison familière, généreuse et accueillante, rythmée par les saisons et par des traditions rassurantes qui se réinventent au fil des générations. Profondément ancrée dans son territoire et en même temps hors du temps, c’est un lieu où  transmet le bonheur de vivre à la campagne. C’est l’assurance de pouvoir se reconnecter avec la nature, manger des bons produits, avoir de l’espace et se ressourcer.

Notre ambition est de réinventer un art de vivre plus durable, plus respectueux des hommes et de l’environnement.

Depuis 16 ans que tu as lancé les Orangeries, comment as-tu vu les choses évoluer ?
En fait tout a changé et finalement fondamentalement pas grand-chose. La satisfaction est toujours liée à l’hospitalité qui passe par l’accueil, le confort, le dépaysement, l’émotion, la sincérité, le partage.

En même temps le monde s’est accéléré avec internet et est devenu à la fois beaucoup plus ouvert et complexe. La menace du changement climatique, la raréfaction des ressources et la crise de la biodiversité sont pour nous des prises de conscience relativement récentes (2005).

Mon métier a été révolutionné par internet qui n’existait pas encore quand j’ai créé ma société. A l’époque on était encore aux francs, et au minitel.

Agence de réservation en ligne comme Booking, site internet et blog de présentation, réservations de dernière minute, mise en compétition avec des escapade charter, site de notation en ligne, réseaux sociaux…nous sommes sous l’influence permanente du digital.

Pour nous Internet est une chance énorme, car cela nous donne une visibilité dont nous n’aurions pas pu rêver à notre ouverture.

Quel est le profil des touristes "éco-engagés" ?
Depuis 2/3 ans, je suis frappée par le fait que toutes les générations se sentent concernées, urbains comme ruraux. Les enfants sont parfois les plus déterminés car c’est leur planète. Cela me rappelle cette famille de 3 enfants dont le petit dernier était seul le végétarien.

La façade en été - DR - cliquez pour agrandir

Quelles sont tes actions au niveau local ?
Après avoir plutôt travaillé au niveau régional  et même Européen via des associations de professionnelle d’hébergement et de restauration dont notamment l’Ecolabel Européen et Sustainable Restaurant Association, je me recentre aujourd’hui sur mon territoire. Je trouve que c’est une échelle très intéressante car c’est là que le changement opère aujourd’hui via les synergies territoriales, les circuits courts, la mise en réseau, la mutualisation, le partage de compétence…il y a un vrai levier de changement dans le cadre de l’écosystème.

As-tu été aidée ?
J’ai la chance d’être vraiment portée par notre projet, l’engagement de l’entreprise et le métier du tourisme. C’est passionnant, en interaction directe avec les gens. Nous avons été incroyablement encouragés au départ de notre aventure par tous les « écolos pionniers, clairvoyants » qui étaient si heureux de voir des chef d’entreprise s’engager. Finalement, comme toujours, les plus critiques sont ceux qui ne font rien.

Les journalistes environnementaux et les Consultant spécialisés nous ont apporté des masses d’information et mis sur les bons rails :  Benoit Théau (Igapura), Elisabeth Laville (Graines de changement et Mes courses pour la Planète), Jean luc Fessard (Hotellerie Restauration), l’équipe des trophées  voyagesncf, pascal languillon

Les liens avec toutes ces personnes engagées qui nous ont aidé dans nos débuts sont restés très forts.

Qu'est-ce qui est le plus difficile ?
Gérer le temps surtout avec une activité comme la mienne qui, entre l’hôtel, le restaurant et les séminaires, ne s’arrête jamais. Il faut dire qu’en plus, j’en rajoute car je m’intéresse à tout, des « clapotis quantiques » récemment observés à l’infinie délicatesse des pigments naturels avec lesquels je viens de peindre nos nouvelles ruches.

Le petit-déjeuner - DR - Cliquez pour agrandir

La permaculture pour toi c'est une évidence ?
C’est plutôt une révélation. La prise de conscience que l’on fait partie d’un écosystème en mouvement, qu’il faut s’appuyer sur la force vitale de la Nature plutôt qu’aller contre, s’inspirer de son ingéniosité en terme de sobriété/polyvalence/gestion de la complexité/durabilité….rechercher la diversité et la complémentarité qui rendent plus agiles et plus résistants en favorisant les interactions…. protéger les ressources et les utiliser avec sobriété à commencer par son énergie en composant avec ce que l’on a sous la main…autant de bon sens, d’évidences dont on s’est tous éloignés. Bizarrement c’est en repartant des logiques d’organisation, en observant ce qui fonctionne, que l’on revient aux évidences, que l’on redevient pragmatique. En tous les cas c’est comme cela que je fonctionne pour ma part.

Ce qui me fascine c’est que cela ne s’applique pas qu’au potager mais à tous les organismes. Il y a beaucoup de point communs avec la démarche de Management Japonaise appelée Lean (maigre/svelte en anglais) sur la  sobriété, le juste geste, le flux régulier, le coté smart/intelligent pour optimiser les efforts et les ressources. Je suis également fascinée par l’intelligence collective et son déploiement via internet.

Quelles sont tes sources d'inspirations ?
L’envie de faire plaisir et la chasse au gaspi
La Nature
Les échanges et rencontres (avec clients, fournisseurs, confrères engagés, équipes), internet, mes trois fils « digital natives »
L’idée qu’il faut tout réinventer, que nous sommes à l’orée d’une nouvelle civilisation, c’est immense liberté et en même temps une énorme responsabilité. En effet j’ai conscience car nous sommes, toutes générations confondues de 7 à 97 ans J, les derniers à avoir le choix.

Quelle est ta plus grande fierté ?
D’Etre une marchande de bonheur.
Le fait d’avoir orienté l’entreprise sur la voie de la durabilité est plus une satisfaction qu’une fierté. A l’époque, j’avais des convictions mais pas de certitudes. Aujourd’hui c’est un confort immense de se sentir aligné, en cohérence professionnelle entre ses idéaux et son engagement au quotidien, même si nous sommes loin d’être parfaits. Par ailleurs, c’est bien que ce soientt des petites structures comme les nôtres qui ouvrent la voie dans la profession, tant dans l’hôtellerie (1er hôtel certifié Ecolabel Européen en France) que dans la restauration (expérimentation l’Etiquetage environnemental en 2011, Restaurant International durable de l’Année en 2014 et 2015), ou les séminaires (prix du voyage d’affaire des premiers trophées du tourisme responsable voyage-scnf.com). 

Du coup, loin de dissuader, cela stimule.  Les confrères se disaient, si les Orangeries peuvent le faire, nous aussi (plusieurs me l’on confié après coup).

Comment vois-tu l'avenir de l'hotellerie engagée ?
En vert ! j’ai toujours pensé que l’éco-responsabilité allait devenir, avec la prise de conscience des enjeux par le grand public, un incontournable, une exigence de base. Plus largement, je pense qu’il y a une énorme attente en terme de responsabilité sociale et sociétale, tant de la part des équipes que des clients. Gestion des rythmes de travail, du stress, de la pénibilité, de l’égalité homme femme... Nous sommes dans un secteur d’activité particulièrement exigeant avec peu de marges de manœuvre, surtout en zone rurale. J’ai travaillé sur ces questions dans le cadre du nouveau référentiel de l’Ecolabel Européen. Pour moi la meilleure stratégie c’est d’inciter les professionnels à afficher leurs engagements de progrès en collaboration avec les équipes. Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Je pense que la transparence va être une valeur centrale des années à venir.

Quels sont tes projets ?
Mon ambition, et il y a encore du chemin, c’est au final avoir un impact positif, c’est que l’entreprise devienne vraiment citoyenne, apportant plus à son écosystème qu’elle ne prend, dans l’esprit du label B corp et des entreprises comme Patagonia. En particulier, je voudrais réussir à aller vers un modèle plus collaboratif qui améliore le bien-être au quotidien de mes équipes, à la fois en terme de rythme et d’organisation, mais aussi de réalisation.

Retrouvez Les Orangeries sur Internet

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