Bonheur

Interview de Stéphane Arfi, directeur éditorial de Bonheur(s) Magazine

Publié le 11 juillet 2014
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Stéphane Arfi, directeur éditorial de Bonheur(s) Magazine
Stéphane Arfi, directeur éditorial de Bonheur(s) Magazine

Bonheur(s) Magazine est un magazine bimestriel de mieux-être, sur les bonheurs de la vie, qui ne manque pas de questionner intérieurement grâce à ses interviews de personnalités engagés et témoignages d'anonymes. Rencontre avec Stéphane Arfi, fondateur et directeur éditorial.

En novembre 2012, Stéphane Arfi, journaliste, et sa compagne Patricia Champagne lancent Bonheur(s) magazine, un bimestriel positif qui parle de tous les bonheurs. Quelques numéros plus tard, il a répondu à nos questions. 

FemininBio : Quel a été votre parcours jusqu'à Bonheur(s) Magazine ?

Stéphane Arfi : Je suis journaliste depuis tout jeune. J'ai commencé dans la presse quotidienne, puis pour l'Express au service politique intérieur, un poste qui correspondait parfaitement à mon parcours à la sortie de Sciences Po, mais où je m'ennuyais beaucoup. J'étais alors en DEA de sociologie politique avec Michel Crozier et celui-ci m'a alors posé une question inhabituelle pour un professeur : êtes-vous heureux ? Je lui ai répondu "Pas du tout". Il m'a alors proposé d'écrire sur une feuille ce qui me plait dans la vie. J'ai écrit journalisme et voyages.

J'avais à cette époque une passion pour la planche à voile. Ce qui me paraissait logique était alors de travailler pour un magazine de planche à voile, ce que j'ai pu réaliser pendant plusieurs années. J'en ai été comblé, tout d'abord parce qu'il m'a permis de faire le tour du monde. Dans les années 90, j'ai effectué mon premier voyage à Hawaï, berceau des théories de développement personnel telles que le Ho'oponopono. Là bas de nombreuses personnes sont en perpétuel questionnement sur eux-mêmes. Il est possible d'avoir des discussions très profondes très rapidement. On y parle souvent d'aller bien, de bonheur et cela me plaisait beaucoup.

J'ai alors été embauché chez Prisma et Hachette, pour diriger et concevoir des magazines, notamment sur le thème de la psychologie. J'avais simplement le manque de l'idée de bonheur, de bien-être, de nature et de bio.

Avec ma compagne Patricia Champane, la rédactrice en chef actuelle de Bonheur(s), nous avons alors conçu le magazine dont nous rêvions : un magazine positif qui parle de bonheur sans rien cacher des difficultés de la vie. Souvent le chemin vers le mieux-être est d'ailleurs d'accepter les choses difficiles pour aller mieux.

Bonheurs magazine a été lancé il y a un an et demi et nous sommes totalement en phase avec ce que nous faisons. Les personnes que nous rencontrons, que nous interviewons, la démarche bio que nous adoptons....C'est un vrai plaisir, nous n'avons jamais l'impression de travailler. De plus, les premiers retours de nos lecteurs sont très agréables.

Quel est l'objectif de Bonheur(s) Magazine ? Sa ligne éditoriale ?

SA : La ligne éditoriale est de montrer que le chemin vers le bonheur n'est pas un chemin facile. Il n'y a pas de gens sages, de gourous, de gens qui ont compris ce qu'est "être heureux", parce qu'en fait il n'y a pas de secret. Partant de cette idée, nous avons cherché tous azimuts ce qui peut aider à aller mieux. Souvent ce qui va vers le mieux être c'est le questionnement intérieur, et celui-ci passe parfois par l'écoute des autres. Et c'est ainsi que nous "écoutons" à travers les interviews de personnes connues ou anonymes, des témoignages de vie. C'est un magazine de mieux-être qui passe par l'illustration des difficultés de la vie. Nous avons volontairement mis un "s" à Bonheur(s) pour affirmer la ligne éditoriale : les bonheurs de la vie.

Qu'est ce qui différencie Bonheur(s) Magazine des autres médias selon vous ?

SA : Nous faisons des articles très longs, des interviews de minimum deux heures qui laissent l'opportunité aux gens de pouvoir s'exprimer longuement. C'est une tendance rare dans la presse ces dernières années. Nos portraits peuvent faire entre 6 et 10 pages. Ce format d'article nous a donc amené à privilégier la presse papier, même si nous sommes dans un contexte très difficile actuellement dans le secteur. Nous aimons ce support, il s'agit d'une vraie envie de notre part.

Quels sont les thèmes fétiches du magazine ?

SA : Chaque numéro revisite la thématique des bonheurs et du bien-être. Cela peut être des dossiers sur l'écologie, des cosmétiques bio, un dossier santé sur le gluten, le vin est-il bon pour la santé etc.. Ce n'est pas un magazine sur le Bonheur, mais un magazine pour aller mieux. Nous aimons les rencontres avec les gens, pour moi il n'y a que ça qui est intéressant sur terre. Souvent lorsqu'on termine une interview et que quelqu'un nous a livré une partie de sa vie, on sent que quelque chose s'est passé, qui est supérieur à l'interview en elle-même. Rencontrer des gens n'aide pas à aller mieux, mais cela vous apporte quelque chose sur l'humain qui vous renseigne sur vous-même.

Quels sont vos objectifs en 2014 ?

SA : Le concept reste le même, nous choisissons les personnes de couverture au feeling, en fonction des parutions de livres comme pour Matthieu Ricard, ou non comme avec Véronique Jeannot ou Marie Fugain qui n'avaient pas d'actualités particulières. Nous avons un objectif de notoriété, car les gens qui découvrent Bonheur(s) sont vraiment fidèles. Nous continuons vraiment par passion, car c'est une vraie aventure. A chaque numéro, nous espérons que nous pourrons sortir le prochain !

Quelles tendances avez-vous vu émerger ces dernières années sur le thème du développement personnel ? 

SA : Il y a je pense une envie, disons une recherche de plus grande spiritualité que par le passé. Mais une spiritualité ouverte, non contraignante, qui indique une chemin possible vers le mieux-être en laissant la liberté de choisir ou non ce chemin. C'est pour cela que le bouddhisme par exemple intéresse beaucoup de gens : il correspond pour les occidentaux davantage à une philosophie de vie qu'à une religion : on peut y puiser telle ou telle manière d'être sans suivre un quelconque rituel et sans se déplacer dans tel ou tel endroit. Les femmes comme les hommes recherchent désormais dans leur quotidien à donner du sens à leur existence - ce qui passe par une vie spirituelle plus riche - plutôt qu'à utiliser des techniques de développement personnel qui donnent parfois des résultats "décevants". Or chercher le sens de sa vie, démarche qui est depuis la nuit des temps la meilleure méthode de développement personnel qui soit, n'est jamais décevant !

Le consommateur vous semble-t-il plus / mieux informé aujourd'hui qu'il y a une dizaine d'années ? Ou d'une façon différente ?

SA : Oui il est très informé. Et d'une certaine manière il l'est trop. En matière de mieux-vivre ou de bien-être, nous sommes assaillis chaque jour, parfois chaque minute de recommandations et d'informations en tous sens sur l'état de la planète, sur notre santé etc. Etre informé des effets du réchauffement climatique, de la nécessité d'aller vers une alimentation saine et bio ou des bienfaits de la méditation, c'est très utile et de ce point de vue c'est un réel progrès. Je crois par exemple que les rares et courageux médecins qui pointent du doigt les dangers possibles du gluten sur notre santé font oeuvre utile. Mais trop d'informations amène souvent à vivre dans une sorte d'état d'alerte et de culpabilité qui au final, nous déstabilise. Oui, savoir que le méditation aide à mieux vivre, voire améliore notre santé, c'est une information important. Mais on peut vivre heureux sans méditer... et en mangeant du pain avec gluten.

Pour 2014 et les années à venir, quels sujets vous paraissent important à mettre en avant ?

SA : Il y a deux phénomènes qui montent en parallèle : nous sommes tous conscients que le Bio - au sens large : la vie éco-citoyenne et responsable - va prendre de l'ampleur. Cela est très bonne chose puisque cela va nous faire basculer dans une époque nouvelle et plus respectueuse de la vie. Dans le même temps, l'accès à l'univers du Bio reste encore compliqué et surtout cher. C'est cet antagonisme qu'il va falloir résoudre, ce qui n'est pas simple vue la crise économique que nous traversons. Ce qui est certain, c'est que les personnes qui mettent le Bio et la défense de l'environnement en avant sont justement à l'avant-garde de la société. Ce ne sont pas forcément ceux que les médias valorisent le plus - Nicolas Hulot, Matthieu Ricard ou Pierre Rabhi sont pour le moment des exceptions ! - mais ce sont eux qui vont changer les choses, en douceur mais durablement.

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