Interview

Didier Perréol : "La vie est une suite de rencontres pour qui sait les provoquer"

Publié le 15 janvier 2014
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Didier Perreol, dans un champ de quinoa en Bolivie @Ekibio
Didier Perreol, dans un champ de quinoa en Bolivie @Ekibio

Chef d'entreprise autodidacte engagé pour la bio depuis 25 ans, Didier Perréol est PDG du Groupe Ekibio, qu'il a créé en 1988. Un début de carrière au contact de l'agriculture intensive lui a vite fait prendre conscience de l'importance de proposer des produits bons pour la santé et pour l'environnement.

Je suis un chef d'entreprise autodidacte. Après avoir passé un bac agricole et travaillé pendant une saison d'hiver à soigner des vaches charolaises chez un maquignon, la personne auprès de qui j'avais effectué cette première mission professionnelle m'a proposé un poste dans une entreprise qui fabriquait des aliments pour les veaux. J'ai été technico-commercial, directeur régional adjoint... J'ai gravi les échelons très rapidement, et j'avais de très bons revenus.

Pourtant, très rapidement, une question s'est imposée à moi : qu'est-ce que je fais dans cet univers-là ? Les veaux à qui était destiné la nourriture étaient élevés dans des cases, j'ai baigné dans les relations avec le monde agricole, l'élevage intensif, les abattoirs et le scandale du "veau aux hormones".

Un besoin de cohérence avec mes racines

Je suis né au milieu de la nature et cette société qui produisait toujours plus au détriment de la qualité de notre nourriture me paraissait marcher sur la tête. C'est à ce moment que ma première épouse a souhaité ouvrir une boutique de diététique qui m'a initié à un autre univers. Peu à peu l'idée de commercialisation d'un produit plus sain, plus noble qui me semblait plus correspondre à ma philosophie de vie en Ardèche, faisait son chemin.

Moi qui avais une alimentation principalement carnée, j'ai ressenti le besoin d'évoluer à ce niveau aussi. J'ai remarqué qu'en diminuant la viande j'étais moins souvent malade. Ce premier changement m'a beaucoup aidé à conserver ma santé, mon énergie jusqu'à présent. 

Le début d'une success story en Ardèche

La passion du commerce aidant, nous avons ouvert un magasin, puis deux et jusqu'à quatre. Vers 25 ans, j'ai quitté mon entreprise pour me consacrer à mes magasins. Pendant deux ans, j'ai beaucoup réfléchi au sens que je souhaitais donner à ma vie, j'ai voyagé, et c'est ainsi qu'avec trois personnes, très peu de moyens financiers et de l'énergie à revendre, j'ai eu l'idée de créer l'entreprise Euro-Nat de commercialisation de produits bio. L'année suivante, en 1989, j'ai créé la marque Priméal. Je cherchais un produit différenciant, et j'ai alors croisé le chemin de la petite graine de quinoa. Nous avons développé des produits autour du quinoa, ainsi qu'une gamme à base de châtaigne rappelant mes attaches très fortes à l'Ardèche, ma terre natale. 

Toute la suite est une histoire de rencontres avec le monde agricole : le petit épeautre de Haute-Provence au pied du Mont Ventoux, l'aventure autour du riz de Camargue...

Pour moi, la vie est une suite de rencontres pour qui sait les provoquer et les développer. C'est ce qui a permis à notre groupe de grandir et de convaincre de plus en plus de clients de travailler avec nos marques. S'en est suivi le rachat de la marque Bisson, Douce Nature, la création de la marque "Ma vie sans gluten", d'Ecodoo etc...Toutes ces gammes ont permis à la société Euro-Nat de devenir ce qu'elle est aujourd'hui.

Ayant conservé ma passion pour les voyages et les découvertes, j'ai exporté rapidement dans les pays frontaliers (Suisse, Belgique..). Aujourd'hui les produits du groupe sont présents dans 45 pays.

Un changement global

Je raconte en quelques mots les 25 ans d'une histoire mais il s'agit avant tout d'un changement global de ma vie, une autre vision sur la société, le monde agricole, le commerce et le monde de l'entreprise. Tous les jours, on apprend comment travailler ensemble et convaincre un maximum de personnes de cette réforme alimentaire indispensable, de cette façon différente de cultiver en bio.

Il y a près de 35 ans, on n'enseignait pas l'agriculture bio dans les écoles. Aujourd'hui, mon expérience m'encourage à transmettre cela tout d'abord au travers de la Fondation Nature Vivante, puis à témoigner dans les écoles d'agriculture. Je passe le message de l'importance d'être vigilant sur ce que l'on consomme, l'alimentation, la bio comme philosophie de vie.

Aujourd'hui, partager, convaincre et sensibiliser à l'importance de la bio

Même si je me sens aujourd'hui de plus en plus à la bonne place, en accord avec mes valeurs, je garde en tête le démarrage difficile et les obstacles qui ont dû être surmontés. Progressivement, nous avons pu faire en sorte que l'entreprise elle-même soit en accord avec ces valeurs et à l'avant-garde du mode de vie éco-responsable : améliorer nos locaux en éco-construction et aménagement Feng Shui, cantine bio etc.

Mon but est de partager mes engagements avec mes collaborateurs, de convaincre (sans être un gourou) et de sensibiliser sur ce que chacun peut faire à son niveau, car comme le dit mon ami Pierre Rabhi : comme le Colibri, faisons notre part pour arrêter l'incendie. Je trouve que c'est une image très parlante, à l'heure où la planète est de plus en plus détruite par tous les pesticides et la chimie que nous répandons sur les cultures. Nous n'avons qu'une Planète, il faut la sauvegarder.

> La page Web de la Fondation Nature vivante

> Le site du Groupe Ekibio

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