Éducation

Être heureux à l'école, bientôt une réalité ?

Publié le 10 septembre 2013
Docteur en sciences de l'éducation, ex spécialiste d'éducation à la paix à l'UNESCO, Antonella Verdiani se consacre à la recherche et à l'accompagnement de projets éducatifs innovants. Conférencière internationale, elle donne des formations "Eduquer à la joie". Elle est l'auteur du livre Ces écoles qui rendent nos enfants heureux, éditions Actes Sud et est à l'origine du projet Printemps de l'éducation.
Nos enfants peuvent-ils être heureux à l'école ?
Nos enfants peuvent-ils être heureux à l'école ?
© Fotolia

Nos enfants et adolescents sont-ils heureux de se lever le matin pour aller à l'école ? Des études sur le bien-être et l'écoute de nos bambins sont en cours, l'espoir est là pour inventer l'école de demain !

Toutes les initiatives et recherches en éducation récentes s’accordent de plus en plus sur la nécessité de laisser les enfants et les jeunes s’exprimer, prendre la parole et participer de façon active dans les prises de décisions ainsi que dans l’élaboration de projets qui les concernent. 



Les élèves français moins heureux à l'école que les norvégiens ou les allemands



De plus en plus de questionnaires sur le bien-être global (pas uniquement restreints à l’école) introduisent des éléments sur le "sentiment personnel de bien-être des intéressés eux mêmes", comme l’avait déjà fait en 2007 le Bilan Innocenti 746, enquête menée par l’Unicef dans vingt-et-un pays industrialisés sur les conditions d’enfants qui vivent en famille et vont régulièrement à l’école. 

On peut considérer ce rapport comme une tentative de cerner plus directement la perception qu’ont les enfants d’eux- mêmes lorsque la question sur le bien-être subjectif est introduite en tant que dimension distincte. 



Les données de 2007 sont aujourd’hui dépassées par des études plus récentes; toutefois, il est intéressant d’en évoquer quelques-unes, comme la perception que les jeunes ont de leur santé (qui s'avère bonne pour environ 80 % des jeunes); les questions sur l’école (j’aime beaucoup / un peu / pas beaucoup / pas du tout l’école) et le bien-être et le mal-être subjectifs. Les résultats placent la Norvège, l’Autriche et les Pays-Bas en tête du tableau avec plus d’un tiers de leurs élèves déclarant "aimer beaucoup l’école". La proportion tombe à environ 20 % en France et au-dessous de 15 % en Italie, en République tchèque et en Finlande. 



Des cas de violence dans les écoles finlandaises



Nous sommes tentés ici d’établir un lien entre ce qui nous dit le Bilan et les données de PISA qui, en 2006 déjà, plaçaient ce pays en tête pour les compétences des élèves en science : on ne comprend pas pourquoi il en résulte que les jeunes Finlandais, pourtant brillantissimes en mathématiques et sciences, déclarent ne pas être heureux dans leur lieux d’apprentissage ! Un autre élément qui donne à réfléchir est la violence qui s’est déchaînée dans les écoles finlandaises lors des tueries de 2007 et 2008.

La question du bien-être des élèves se pose donc aussi pour ce pays, comme l’avait fait la presse finlandaise à l’époque.

Jusqu’à l’automne dernier, les informations diffusées dans le monde entier sur le système scolaire finlandais étaient uniquement positives. En moins d’un an, l’école finlandaise a montré un tout autre visage au monde. Ce sont presque vingt jeunes gens qui ont trouvé la mort dans des circonstances violentes à l’école. L’école se concentre-t-elle trop sur les bonnes évaluations ? Est-ce que l’empathie n’a plus sa place dans l’éducation des jeunes gens?



Et si les voix de nos enfants étaient entendues au niveau politique ?



Une fois de plus, on en revient à la nécessité d’introduire des pratiques éducatives basées sur des valeurs humaines à l’école, même avec les meilleurs élèves du monde. Par tradition, la parole des enfants n’est pas prise en compte par les adultes, encore moins par les politiciens : mais au Parlement européen, via le projet mis en place par le Consortium cité ci-dessus, on pourra écouter de plus en plus The Voice of Children (La voix des enfants), une association de jeunes dont l’objectif est de faire remonter leur voix directement aux décideurs politiques, comme ils l’ont fait récemment à l’occasion du "Glossaire sur le bien-être". Et de nourrir le débat sur le bien- être sur la base de leurs propres ressentis. 



Des élèves heureux d'être écoutés



Ainsi, lorsque dans le cadre de ma recherche sur la joie à l’école, j’ai voulu comprendre de près et sans la médiation des enseignants l’état de bonheur des étudiants interviewés, j’ai élaboré un "questionnaire sur le bien-être à l’école ", dont la première question était : "quand tu te réveilles le matin, es-tu heureux d’aller à l’école ?". L’enquête, qui concerne un petit échantillon d’écoles dites "alternatives" en Inde et au Québec, s’est adressée aux élèves en dernière année du primaire et du secondaire d’un âge compris entre 10 et 14 ans.

Chaque élément de la fiche a été élaboré par une approche participative avec les élèves eux-mêmes, selon leur propre perception de ce qui fait leur bien-être dans la classe, c’est-à-dire : leur intérêt envers le programme et la matière préférée, le type d’atmosphère existant dans la classe, leur rapport avec les enseignants, le sentiment de sécurité, l’écoute de leur parole, le plaisir ou l’ennui d’apprendre, le choix et la motivation de leur présence à l’école, le respect des règles, les devoirs... 



Comme il n’est pas possible ici de développer les résultats d’une telle recherche dans le détail, je me limiterai à commenter le fait que les réponses à la première question sont en majorité positives, avec des nuances : par exemple, dans l’école secondaire au Québec, sur un total de 55 élèves questionnés, 58 % se disent heureux de se rendre à l’école le matin ("oui, beaucoup" et "oui, la plupart des fois"), tandis que le pourcentage monte au primaire, avec 75 % des élèves (sur un total de 32) ayant répondu positivement.

Comme l’écrivait la directrice de l’école primaire, "c’était la première fois que les élèves remplissaient un tel questionnaire et les jeunes expliquaient ce qu’ils comprenaient des questions. Ils ont interprété le programme comme étant l’ensemble des activités que chacun choisit de faire puisque, dans cette école, chaque enfant effectue des choix qui lui sont propres. (...)

Les jeunes étaient enthousiastes. Ils trouvaient intéressant de réfléchir sur ce qu’est, pour eux, leur école ainsi que de pouvoir donner leur opinion!".

De cette recherche, qui est loin d’être représentative, ressortent pourtant des éléments d’orientation et de réflexion précieux : le fait que les indicateurs de bien-être à l’école doivent être élaborés avec les intéressés eux-mêmes pendant des séances de travail en commun; le fait que, plus on progresse dans l’âge et le niveau scolaire, moins "on est heureux" car les pédagogies changent (même dans les écoles "alternatives") en privilégiant des apprentissages beaucoup moins ludiques et coopératifs; enfin, le fait que pouvoir prendre la parole et être écouté augmente le taux de bien-être dans la classe. 



L’enthousiasme dont témoigne cette directrice d’école revient également dans les paroles d’Eric Debarbieux, auteur d’une enquête de victimation et climat scolaire, réalisée en 2010 pour l'Unicef France, quand il raconte que "les enfants interrogés ont montré un grand enthousiasme à ce qu'on leur demande leur avis." 



En effet, l’étude visait d’abord les ressentis des enfants qui ont restitué de l’école (élémentaire) une image globalement assez positive, avec la présence de phénomènes de victimisation assez circonscrits et restreints.

Ce qui amène à conclure que les petits écoliers français semblent assez heureux d’aller à l’école. Si la validité scientifique de cette étude n’est absolument pas à remettre en cause, il me plairait cependant d’inverser l’observation du coté des indicateurs de bonheur, c’est-à-dire en les posant comme références de départ plutôt que comme corollaires d’une étude sur la violence. 



À la poursuite du bonheur à l'école



Ces résultats ne peuvent que nous encourager dans notre poursuite du bonheur, surtout quand on les compare aux données sur le mal-être des enfants des quartiers populaires à l’école en France : 66 % des enfants déclarent ne pas aimer aller à l’école, 34 % sont stressés, 64 % ne comprennent pas ce que l’école attend d’eux, 40 % arrivent à l’école à jeun le matin...

D’où l’intérêt croissant pour la question du bien-être de la part des chercheurs, avec un tel foisonnement d’études en France et dans les autres pays francophones (Belgique, Québec et Suisse, par exemple) qu’il est quasiment impossible de les lister dans un tel contexte. (…) 



Bonheur, plaisir, désir, joie, créativité, épanouissement, bien-être... voilà des sujets impensables à l’école il y a très peu de temps encore, qui semblent aujourd’hui avoir rejoint le champ de la recherche en sciences de l’éducation.

On peut espérer commencer ainsi à regarder la réalité aussi du coté du verre à demi plein : non pas pour rejoindre le clan des optimistes à outrance et danser sur la musique d’un titanesque mammouth en train de couler, mais pour adopter une attitude que nos grands-parents paysans pratiquaient depuis la nuit des temps.

Commençons donc à cultiver le jardin où la terre est déjà fertile et la nature respire – même un brin d’herbe suffit à indiquer l’existence de la vie – pour qu’elle se répande de façon organique et merveilleuse. Soyons, pour paraphraser Martine Roussel-Adam qui œuvre au bien-être des enfants en difficultés, "les jardiniers des âmes" de nos jeunes, rien que pour leur bonheur.



Extrait "Le bien-être des enfants à l'école" tiré de l'ouvrage "Les voies de la résilience" de l'Harmattan (2012).

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Réaction à l'article
Par OmarLittle le 7 juillet 2014 à 12h01
Le milieu scolaire, un secteur à travailler !

Lorsque j'étais enfant, il m'arrivait surtout souvent de ne pas bien comprendre pourquoi j'allais à l'école ! Cela montre bien qu'il y avait une difficulté à communiquer et à faire comprendre l'intérêt de l'école...

Le bien-être à l'école est une thématique d'autant plus importante que les sentiments que l'on ressent pendant l'enfance ont un poids énorme sur ce que le futur adulte sera ! Je me souviens avoir vu une interview du cinéaste Ingmar Bergman qui en parlait justement.
Pour en revenir à l'école, je pense que le premier problème concerne la surcharge des classes. Pour moi, une classe ne devrait pas avoir plus de trente élèves ! C'est en grande partie pour cela que les organismes de soutien scolaire comme Acadomia, http://www.aboutirensemble.com ou encore Anacours se développent de plus en plus. Les cours particuliers permettent d'offrir une véritable personnalisation centrée sur l'élève, ce que l'école ne peut pas offrir lorsque les classes sont surchargées.

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