Under the Pole

Interview d'Emmanuelle Périé, plongeuse sous la glace

Publié le 18 février 2014 - Mis à jour le 6 février 2017
Adepte de tous arts. Baroudeuse à petit budget. #Lecture #Nature #Liberté - Journaliste stagiaire @FemininBio

Emmanuelle Périé organise la seconde expédition de plongée sous-marine polaire. Nom de code : Under the Pole II, qui a commencé en février 2014. Amoureuse de la banquise, elle partage avec nous son émerveillement pour le monde du "dessous".

Under The Pole, c'est d'abord une famille : Ghislain, "Manue" et leur petit. 

La goélette d’expédition “WHY” est partie le 16 janvier 2014 de Concarneau pour la côte ouest du Groenland où un programme de plongée d’une envergure sans précédent sera mené durant 18 mois à l’initiative de Ghislain Bardout, chef d’expédition et porteur du projet Under The Pole. Huit personnes constituent l’équipage de cette traversée qui représente à elle seule un grand défi, les tempêtes hivernales et les glaces étant un danger permanent pour la navigation à cette époque de l’année. Roland Jourdain, double vainqueur des deux dernières Route du Rhum, et parrain de l’expédition, sera le skipper du WHY jusqu’en Islande.

Vous avez préparé les deux projets Under the Pole. D’où vous vient cet attachement pour la banquise ? 

Emmanuelle Périé : Au départ, je n’étais pas prédisposée au froid. Au cours d’une expédition avec Jean-Louis Etienne, j’ai découvert la banquise à travers ses récits.

Je suis revenue avec l’obsession de partir en Arctique. J’ai trouvé un travail de marin sur un voilier polaire et suis aussitôt tombée amoureuse des régions polaires. Entre temps, j’ai rencontré mon compagnon, Ghislain Bardout, lors d’un stage de plongée sous-marine. Nous avons décidé ensemble de réaliser la première expédition Under The Pole, au Pôle Nord en 2010.

Quel est le but de Under the Pole II ? Que souhaitez-vous montrer/démontrer ? 

EP : Le but de cette expédition est de réaliser des films et de publier des ouvrages qui témoignent d’un univers sous-marin menacé par le réchauffement climatique. 

Nous travaillons également à acquérir une meilleure connaissance du milieu océanique et polaire, notamment de la biodiversité sous-marine, l’interaction entre l’océan et l’atmosphère. 

Pour finir, nous étudions la physiologie humaine en milieu extrêmes. Les scientifiques vont travailler sur nous-mêmes, car nous seront souvent en plongée en eau froide. 

Un long métrage, 3 films de 52mn pour la télévision vont être tournés lors de l’expédition. Parlez-nous plus en détail de ces projets. 

EP : Nous allons filmer un reportage pour Thalassa sous peu et nous négocions un ou deux films pour National Géographic.
Nous pensons sincèrement que l'on protège mieux ce qu’on aime. Quand ils voient les images, un déclic se produit chez les spectateurs. 

Nous voulons sensibiliser en montrant de belles choses, faire découvrir, donner l'envie d’explorer le monde polaire et émerveiller. La pédagogie en partenariat avec l’Education nationale, est aussi au cœur de nos préoccupations. 

Vous même êtes une spécialiste de la plongée polaire. Quel est votre travail sous la glace ? 

EP : Tout d’abord, je collecte récolte de l’image afin de montrer la face sous-marine de la banquise, qui est fort peu connue. 

Cette expédition donne aussi une place importante au travail scientifique. Environ une douzaine d’études devraient être menées, dont des mesures, des photographies, des identifications, des prélèvements. 

Quelle est la préparation physique pour plonger en eau froide ? 

EP : En 2010, nous avons suivi une lourde préparation physique. Environ 8h par semaine de sport en salle dont beaucoup de footing. 

Cette fois-ci, c’est physiquement moins engagé car nous allons nous préparer depuis le voilier. Bien sûr, il faut être sportif au départ et bénéficier d'une bonne condition physique et générale.

Quels sont les équipements prévus pour la plongée sous la glace ? 

EP : Nous mettons des combinaisons étanches et sommes habillés chaudement en-dessous. À part la bouche, la peau ne touche pas l’eau. Mon mari et son binôme souhaitent entreprendre une plongée profonde sous la glace, ce qui n’a jamais été réalisé. Ils auront des combinaisons chauffantes afin de pouvoir rester dans l’eau glacée longtemps. Ces plongées peuvent durer 3h. 

Que ressentez-vous lorsque vous y êtes sous la glace? Qu’y voit-on ? 

EP : Il faut imaginer qu’en 2010, on sortait de la nuit polaire (période pendant laquelle le soleil ne se lève pas). Il n’y avait pas eu de lumière pendant six mois, donc le plancton n’a pas pu se développer. De ce fait, la visibilité était presque infinie dans cette eau translucide. Avec 3000 mètres de fond sous les pieds, nous étions vraiment à fleur de glace. 

La première fois que j’ai mis la tête sous la glace, j’ai eu l’impression d’être dans l’espace : des cathédrales de glace descendent très très profond, il y a des cristaux, on est dans des habits semblables au cosmonautes. On imagine le fond à des milliers de mètres sous nous. Ça donne presque le vertige ! 

Le Pôle Nord a-t-il changé votre vie ? 

EP : Le Pôle Nord a certainement marqué un tournant de ma vie. Depuis toujours, j’ai envie de faire ces choses-là, réaliser ces expéditions,  grâce au Commandant Cousteau. Rejoindre son équipe et découvrir le monde était mon rêve d’enfant. 

Après la première expédition que nous avons préparée et réalisée nous-mêmes, on s’est dit que c'était réalisable finalement. Aujourd’hui, je ne me vois pas ne pas retourner là-bas, dans les glaces. 

20 mois au Groenland… C'est long, non ?

EP : Notre expédition emmène tout le monde, dont mon fils de deux ans et mon chien Husky. 

Au Groenland, il y a des villages et des populations, pas comme dans le désert du Pôle Nord. Bien sûr, ça va être long car la famille et les amis vont nous manquer, mais le travail près des côtes permet d'aller à la rencontre des gens. 

Cette fois, l’expédition est longue car la première, de 45 jours, nous a semblé bien trop courte. Nous aurons ainsi le temps de tout faire et d'assister au changement de saison. 

Nous avons mis trois ans pour préparer Under the Pole II, depuis le retour de la première édition, en décembre 2010. Cette fois-ci, nous avons plusieurs petits sponsors et une cinquantaine de partenaires techniques qui nous équipent. Douze personnes partent pour cette expédition, toutes bénévoles mais prises en charge.

Et après Under the Pole II ? 

EP : Ghislain et moi avons plein d’idées ! La suite s’écrira pendant Under the Pole II.

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