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Je suis végétarienne : témoignage de Camille 24 ans

Publié le 8 mars 2013
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Camille témoigne sur son végétarisme
Camille témoigne sur son végétarisme
© Camille

Camille s'est livrée dans un long témoignage passionnant. Dans cet extrait, elle nous raconte comment s'est faite sa prise de conscience et son passage progressif au végétarisme.

Je me suis d'abord baladée sur Internet, juste en tapant "végétarisme" dans un moteur de recherche. Là vous tombez sur beaucoup de sites donnant des infos en cascade sur les raisons de se passer de viande.

Quand on débarque dans le sujet, toutes ces informations sont TRÈS difficiles à digérer, ça fait beaucoup à la fois : entre impact environnemental, maltraitance animale, impact de la viande sur la santé... On ne sait plus trop que croire, où donner de la tête, ça prend du temps pour assimiler les différents domaines.

Le premier film que j'ai vu sur le sujet est EarthlingsÇa a été un véritable choc, que j'estime maintenant absolument indispensable pour prendre conscience du problème dans sa globalité.

Ont suivi Food Inc. et We feed the World.

À ce moment là, je n'avais pas encore vraiment fait le lien entre ma propre consommation et ce que je découvrais, qui m'horrifiait, me travaillait, m'interrogeait sur quelque chose que je n'aurai jamais cru remettre en cause.

Le point déclencheur a été la lecture de Faut-il manger des animaux, de Jonathan Safran Foer, best-seller énormément commenté dans les médias et qui a eu un immense succès. Quand j'ai fini la dernière page, je savais que c'était le moment de me lancer. Au repas suivant, je me suis installée à table, et j'ai dit qu'à partir de ce repas, je ne mangerai plus de viande. Ça a fait glousser ma famille, grosse mangeuse de viande que j'étais. Je pense qu'à cet instant là, personne n'imaginait que ce n'était pas le fruit d'une lubie. Il me voyait craquer au bout d'une semaine, me jetant sur du saucisson ou un gros steak. Moi-même, à cet instant, j'étais tout sauf sûre de moi.

J'étais convaincue de la démarche, mais beaucoup moins de ma capacité à ne pas craquer, de ma capacité à vivre sans viande. Une semaine est passée, je m'étonnais presque de ne pas céder à l'appel de la viande, mais je tenais, et facilement en plus, malgré les taquineries et même les tentatives de me faire revenir "dans le droit chemin".

Cette découverte m'avait renvoyée vers des thématiques environnementales qui m'ont beaucoup intéressée, moi, étudiante en sciences sociales, absolument ignare à ce sujet.

Le premier livre que j'ai lu là dessus est Comment je suis devenu plus humain, de Tristan Lecomte, sur le commerce équitable. Ensuite, No impact man, de Colin Beavan.

À ce moment là, naissait chez moi une sorte de déclic, la conscience que ce que j'étais en train de découvrir me changeait en profondeur, et que ça n'allait pas en rester là.

[...]

Je suis végétarienne pour de multiples raisons. Je pense être une végé complète, dans la mesure où tous les arguments classiques me touchent, autant en matière d'environnement, d'impact social, que d'éthique.

Pour des raisons environnementales, car l'humain est tout simplement en train de détruire la Terre, et donc les conditions de vie et de survie des prochaines générations. L'impact de la production de viande est terrible, tant en terme de dégagement de CO2, que de déforestation, d'accaparement de terre, de pollution de sols.

Par solidarité altermondialiste, car la consommation excessive de l'occident pèse de manière dramatiques sur les population du sud, notamment dans le déclenchement de famines. Parce que l'humain doit comprendre sa responsabilité historique et individuelle dans ce combat contre l'injustice. Parce que des gens souffrent et meurent à cause de nous, de nos choix de vie, et notamment de nos choix alimentaires. Et que cela me bouleverse.

Par combat contre les dominations. Je suis profondément opposée à toutes les sortes de domination qu'une espèce fait peser sur une autres. Je suis donc féministe, anti-raciste et anti-spéciste. Je suis persuadée qu'une société pacifiste ne peut avenir si l'on continue à tuer et manger d'autres êtres vivants et sensibles. Parce que c'est insupportable d'accepter socialement de faire souffrir le martyr des êtres pour un plaisir aussi fugace que celui de manger.

Je milite pour le liberté de l'esprit, c'est à dire se défaire de la pensée unique, des habitudes, des idées toute-faites, des addictions, des compulsions.

Pour une liberté de choix, pour avoir la capacité de maitriser ce qu'on mange, ce qu'on fait, ce qu'on achète, à qui on donne son argent, ce qu'on cautionne et ce qu'on désapprouve.

Parce que pour moi, être végé, c'est participer d'une façon concrète, par son argent, le nerf de la guerre, à construire la société dans laquelle on veut vivre.

Parce que je m'indigne contre la société actuelle, composée de multitudes d'injonctions contradictoires assénées en permanence : sois mince, mangez cinq fruits et légumes par jours, Mangez-Bougez, contre les tentations du gras, du sucre, la gourmandise vue comme un pêché à expier, alors qu'on nous tente en permanence.

Un « bon repas » est souvent vu comme un repas gras, carné, bref, calorique, mais qui apparaît comme « convivial ». À l'inverse, inviter des convives autour d'un plat de lentilles ne semble rien avoir de réjouissant. Manger de la viande ça fait « bon vivant », alors que ne pas en manger ça fait « rabat-joie ». C'est à ce genre de conventions sociales qu'il faut tordre le cou.J'ai envie de déconstruire tout ça, de ne pas être manipulée.

Camille, 24 ans, Région parisienne

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