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Je suis végétarienne : témoignage de Rachel, 39 ans, ingénieure en informatique

Publié le 5 mars 2013 - Mis à jour le 6 mars 2013
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Rachel, 39 ans, témoigne sur son végétarisme
Rachel, 39 ans, témoigne sur son végétarisme
© Fotolia

Pour expliquer son passage au végétarisme, Rachel, ingénieure en informatique, parle d'épiphanie cartésienne. Après des années d'un régime alimentaire qui lui convient parfaitement, elle se heurte toujours à l'incompréhension face à ce choix raisonné.

Je pourrais donner plusieurs explications aux origines de mon végétarisme : un livre lu (un Werber ou un Coe), une conversation avec ma meilleure amie, le souvenir d'un végétarien dont je m'étais moquée lorsque j'avais vingt ans... Rien de tout cela n'aurait été suffisant si je n'avais eu, de mon côté, une sorte d'épiphanie cartésienne.

"Je ne peux manger de la viande que si je ne reconnais pas l'animal". Cette phrase, je l'ai dite des dizaines de fois avant de réaliser, brutalement, que si j'avais besoin de ne pas penser aux origines de mon steak, si j'avais besoin de ne pas savoir que les moutons arrivent régulièrement les pattes brisées à l'abattoir car ils ont trop peur pour monter dans le camion, si j'avais la nausée en voyant sur un étal des tripes, de la cervelle, de la langue ou une tête de porc... c'est que je suis sensible à la souffrance et à la mort de ces animaux, et que je ne devrais pas les cautionner.

Finalement, pour moi, continuer à manger de la viande se résumait à cette alternative : soit trouver qu'il est acceptable de torturer et tuer plus faible que soi (et manger le cœur léger), soit condamner le processus complet (mais manger en n'y songeant pas).

Insensibilité ou hypocrisie ? Divisée contre moi-même, je suis devenue végétarienne.

La transition n'a pas été simple. Je l'ai faite à mon rythme : après tout, je n'avais de compte à rendre à personne. J'ai commencé par arrêter d'acheter de la viande, et n'en manger plus qu'à l'extérieur ; puis à choisir les plats sans viande au restaurant, quand ils étaient disponibles. Peu à peu, j'ai commencé à sélectionner mes sorties, à demander s'il était possible de me bricoler quelque chose en cuisine quand le menu était trop hostile. Certaines choses ont été plus compliquées à arrêter que d'autres... Le saucisson, notamment.

Le plus compliqué, étrangement, pour un végétarien, n'est pas de se trouver à manger, mais le comportement et le regard des autres : famille, amis, collègues de bureau, inconnus.

J'ai passé ma vie d'adulte à faire attention en cuisinant (qui déteste le concombre, qui est allergique au gluten, qui mange casher). J'ai cru, sottement, que les gens allaient faire attention à moi comme je faisais attention à eux.

Erreur ! Pour la plupart, ne pas vouloir manger leur-plat-de-viande-qui-est-leur-spécialité-et-que-tout-le-monde-le-trouve-super-bon frôle l'injure.

Les gens ont un rapport très émotionnel à la nourriture comme si, en ne mangeant pas comme eux, je m'excluaiS, de fait, de leur tribu.

Mais tout cela ne serait rien s'ils ne se mettaient pas en tête de vouloir me prendre en défaut ou, pire, de me sauver. J'ai eu droit à tout, des dizaines, des centaines de fois :

- la dentition qui est faite exprès

- la souffrance de la salade arrachée du sol

- le petit poussin qui sortirait de mon œuf si je ne le mangeais pas

- le délicieux goût de la viande

- le "c'est dans l'ordre des choses",

- le comment ai-je mes protéines et les carences, terribles, qui me guettent

- les petits chinois couturiers sont bien plus malheureux que les animaux et je ne fais rien pour les petits chinois (quel rapport, bon sang ?)

J'essaie de rester courtoise et angélique (sans succès évidemment), en répétant patiemment les mêmes réponses.

- non, notre dentition est plus proche de celle de frugivores, semblable à celle du cheval

- non, je ne nie pas la souffrance de la salade, mais le degré de conscience d'un végétal est tout de même moins élevé que celui d'un animal (c'est d'ailleurs pour cela qu'on trouve beaucoup moins d'endive de compagnie ou de carotte d'aveugle, par exemple)

- non, aucun poussin ne va sortir de mon œuf, à moins que les coqs soient bien plus dynamiques que je ne le pense et tringlent quatre fois par jour les neuf mille poules de la basse-cour

- non, la viande ne me manque pas, après des années, la simple odeur me répugne

- non, les végétaux aussi contiennent des protéines

- non, les végétariens sont beaucoup moins carencés que les omnivores, car étant plus vigilants sur leur alimentation

- et non, je ne fais rien pour les petits chinois, honte sur moi. Pardon.

Ce que je trouve totalement fascinant, c'est à quel point le concept même que je puisse faire le choix d'être végétarienne panique complètement mes interlocuteurs : "Pourquoi tu t'infliges ça à toi-même ?", "Tu as été élevée comme ça ?", "Tu n'aimes pas la viande ?", "Tes parents sont végétariens ?", "Tu digères mal la viande?", "C'est pour des raisons religieuses ?"...

Notons au passage que, si j'avais été végétarienne depuis mon enfance, aucun problème : quelqu'un d'autre aurait pensé pour moi, ce serait donc acceptable.

En somme, tout est compréhensible pour mes vis-à-vis, sauf le choix intelligent d'une femme adulte.

Mais je ne devrais pas leur en vouloir : ceux-là, au moins, essaient de comprendre. La plupart de mes questionneurs se met en colère, interprétant mes explications comme des accusations. Mon dilemme "indifférence vs hypocrisie" les renvoie à eux-mêmes et ils ne le tolèrent pas.

Aux omnivores du monde entier, je ne dirais donc que ceci : faites ce que vous voulez et, pitié, laissez-moi manger mes légumes tranquille. C'est tout ce que je demande.

Rachel, 39 ans, ingénieure en informatique en Ile de France. 

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Réactions à l'article
Par sereniteonaturel le 6 mars 2013 à 09h13
Un peu de tolérance

Je comprends ce témoignage car je suis moi-même sur un régime sans gluten et ce n'est pas évident de le faire comprendre à l'entourage. Je ne mange également que très peu de viande mais les gens ne comprennent pas... courage à tous ceux et celles qui ont des différences alimentaires !

Par ln44 le 6 mars 2013 à 11h20
même parcours

Salut,
Je me reconnais beaucoup dans ce témoignage. Pour ma part, c'est plutôt par conscience écologique, après avoir lu Toxic et Toxic food de William Reymond, que je suis venue au bio, puis au végétarisme. Et je confirme, la transition n'est pas simple! A la maison, c'est simple, je n'achète plus de viande, et ça convient très bien à ma coloc également. J'en suis à commencer à choisir les repas végétariens à l'extérieur, quand il y en a. Chez les amis ou la famille, je n'arrive pas encore à dire non au plat de viande, car en général, à côté du plat de viande, il y a un plat de riz, ou de patates... Pas vraiment un repas complet. Je sens que cette étape-là va être très dure!

Par Ohyeah le 6 mars 2013 à 17h18
Tout pareil!

La dernière étape, celle des repas entre amis ou famille, est la plus dure je trouve!

Moi aussi, je n'ai pas réussi à la passer, car je sais que des débats sans fin vont me tomber dessus, que ce soit avec mes parents, mon frère, mon copain, la famille de mes copains, mes potes..

Souhaitons-nous bon courage pour se lancer dans cette ultime étape :)

Par Ohyeah le 6 mars 2013 à 17h19
Tout pareil!

La dernière étape, celle des repas entre amis ou famille, est la plus dure je trouve!

Moi aussi, je n'ai pas réussi à la passer, car je sais que des débats sans fin vont me tomber dessus, que ce soit avec mes parents, mon frère, mon copain, la famille de mon copain, mes potes..

Souhaitons-nous bon courage pour se lancer dans cette ultime étape :)

Par Alamanda83 le 6 mars 2013 à 11h29
Il est en effet très

Il est en effet très difficile d'avoir sans cesse à justifier ses choix alimentaires auprès de son entourage. Depuis quelques mois, ma prise de conscience sur l'agonie des animaux destinés à l'abattoir pour nous nourrir, sur le fait aussi que la planète ne pourra plus supporter longtemps une telle exploitation par l'homme, fait qu'une transformation s'opère en moi qui n'est d'ailleurs jamais été portée sur la viande. Je commence donc à diriger mes achats sur des protéines végétales et apprend à modifier ma façon de cuisiner. J'affronte régulièrement le regard dubitatif, voire moqueur, sinon agressif de mes proches. Mais je m'en fou... Je voudrais par ces choix interpeller les plus jeunes, mes enfants en espérant qu'un réel changement des habitudes alimentaires s'opérera dans les décennies à venir.

Par florasol le 6 mars 2013 à 11h49
merciii !

Que ça fait du bien de lire ce que je pense mais que je ne réussis pas toujours à exprimer ! merci pour ce témoignage dans lequel je me retrouve totalement.
Tous ces témoignages aident ceux qui se sont lancé dans le végétarisme par conviction, par respect des animaux, de la vie en général etc .... et qui doivent faire face à toute cette incompréhension, ces jugements et ces réflexions, toujours à se justifier !!!
Très belle initiative de féminin bio et merci à tous ceux qui écrivent et qui m'encouragent dans mon choix d'être végétarienne.

Par angie le 7 mars 2013 à 10h06
végétarienne

Tout à fait d'accord! ça fait près de 20 ans que je suis végétarienne et j'entends toujours les mêmes remarques! c'est usant mais on s'y fait ou on finit pour ne plus y prêter attention! Lorsqu'on est seule à assumer ses choix, c'est plus facile de les appliquer. Le problème c'est quand on est en couple et puis quand on a des enfants. peut-on leur imposer ce régime déjà difficile à assumer quand on est adulte? lorsque j'étais enfant, mon père me forçaist à manger du foie de génisse, souvenir horrible je passais des heures à table car j'avais obligation de finir ma viande! Déjà à cette époque je ne supportais de passer devant une boucherie, l'odeur et les carcasses suspendues me répugnaient. Aujourd'hui ça n'est pas différent. j'ai toujours la même sensibilité mais la révolte s'y est ajoutée.
Par ma part, je leur laisserai le choix car il faut passer par une prise de conscience de ce que l'on mange avant de mettre en application ses nouvelles convictions! bon courage à toutes celles et ceux qui entreprennent ce grand changement et prenez de la distance avec ceux qui ne vous comprennent pas! ils finiront par accepter vos choix! c'est ça la tolérance et le respect des autres aussi!

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