Info ou intox ?

H&M et Marks & Spencer se mettent à la mode éthique. Info ou intox ?

Publié le 16 novembre 2012 - Mis à jour le 13 décembre 2012
Curieuse de tout piquée d'écriture. Responsable édito @femininbio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
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H&M déclare être le plus gros consommateur de coton bio et soutenir ses producteurs, tandis ce que l’enseigne britannique Marks & Spencer s’engage à éliminer tout rejet de produit chimique dangereux de sa chaine de production. Alors greenwashing, effet d’annonce ou véritable engagement ? Nous avons voulu en savoir plus en interrogeant Isabelle Grandval, créatrice de mode éthique et Catherine Dauriac, journaliste mode.

 

Dans les faits :

-    H&M : depuis 2010, le spécialiste suédois de la mode à petits prix serait le plus grand utilisateur de coton certifié bio dans le monde, selon un rapport du Textile Exchange. Grâce à la réalisation de ses collections « Conscious », l’enseigne encouragerait les producteurs à agir de façon plus responsable en utilisant moins d’eau et moins de produits chimiques. L’objectif fixé est de 100% coton éco-responsable d’ici 2020.

-    Marks & Spencer a conclu un accord avec Greenpeace suite à sa campagne DETOX, s’engageant à cesser l’utilisation de PFC (perfluorocarbure) et d’alkylphénols, perturbateurs endocriniens dont la plupart sont interdits en Europe (mais autorisés notamment en Chine, dont on les importe). La marque anglaise emboite ainsi le pas à ses concurrents sportifs Puma, Adidas et Nike, ainsi qu’à C&A, H&M et Li Ning.

Comment réagir à ces annonces ? Peut-on vraiment se réjouir de l’évolution des mentalités à grande échelle ? Doit-on s’effrayer de la dangerosité des produits qui se trouvent dans les vêtements qu’on achète à bas prix ?

Pour Isabelle Grandval, créatrice de la marque de mode éthique Zaza Factory, il faut d’abord faire la différence entre les acteurs de mode éthique dont c’est l’identité, et les grandes marques qui ne font pas de mode éthique, mais contribuent à limiter les problèmes environnementaux ou sociaux en appliquant leur politique de RSE et de développement durable. "L’objectif premier de ces grandes enseignes est de vendre. Nous voulons aussi vendre, mais notre socle est notre engagement citoyen et vert. Le point de départ est bien différent."

Elle ajoute "Je respecte leur politique car ils font avancer les mentalités grâce à leur grande visibilité. Nous, petits acteurs de la mode éthique, avons besoin d’eux. Pour moi, H&M commence à communiquer aujourd’hui sur son engagement mais ils y travaillent activement depuis 10 ans. Ce n’est pas de l’intox : ils agissent vraiment et leurs actions apportent des solutions et diminuent les impacts désastreux sur l’environnement."

Catherine Dauriac, journaliste spécialisée en mode éthique et textile eco-responsables, rappelle qu’en 2010, le suédois était montré du doigt pour avoir proposé à la vente des produits en soi-disant coton bio contenant en fait des traces d’OGM, accusé d’immoralité et d’évasion fiscale au Bangladesh où les conditions de travail sont réputées désastreuses. "Ne jetons pas la pierre avant d’avoir réellement vu de quelle manière ces enseignes vont appliquer cela mais cette annonce, pour moi, c’est une vaste opération de greenwashing de la part d’H&M. Je trouve leur démarche très timide malgré leurs moyens colossaux." H&M a d'ailleurs récemment fait pression sur le gouvernement bangladais pour augmenter le salaire minimum des employés. Cela avance lentement mais les actions concrètes sont réelles !

Sur l’extension du coton bio à toute leur gamme, Catherine Dauriac tire la sonnette d’alarme : "C’est une aberration totale ! C’est une plante qui a très soif et H&M va épuiser les réserves en eau des pays qui en ont le plus besoin. Lorsqu’on cherche à améliorer son empreinte écologique on se demande d’abord si les matières sont renouvelables puis on étudie le problème de l’eau, ce qui n’est pas fait ici. Ils feraient mieux de s’intéresser au chanvre ou au lin qui sont des matières vraiment écologiques car locales et peu gourmandes en eau."

Isabelle Grandval est plus optimiste à ce sujet : "Oui, il est possible d’amener les producteurs à réduite les consommations d’eau, c’est un vrai programme de formation long et onéreux qui s’inscrit dans une démarche de développement durable et qui aide les populations à avancer, à être autonome et respecteux des besoins environnementaux. C’est une approche plus pragmatique et une action continue que je trouve positive."

Et ces produits toxiques dénoncés par la campagne DETOX de Greenpeace depuis Juillet 2011 ? La créatrice de Zaza Factory croit à l’engagement sérieux des marques comme Marks & Spencer "ce n’est pas que de la communication, les rapports montrent qu’ils poussent assez loin leur ambition environnementale." Une démarche encore trop lente pour Catherine Dauriac : "Ces produits toxiques sont interdits en Europe, alors pourquoi continuer à les importer ? J’ai envie de leur demander pourquoi 2016 ? S’il y a danger, il faut arrêter de les utiliser immédiatement, surtout quand on en a les moyens !"

Attendons donc de voir si les annonces portent vraiment leurs fruits. Tout ce qui est fait en faveur de l’environnement est bon à prendre, effet d’aubaine ou non. En attendant, malgré les prix attractifs des grandes enseignes, essayons de nous tourner vers ces créateurs engagés dans une démarche globale, car comme le rappelle Catherine Dauriac, "si ce n’est pas cher, c’est que quelqu’un d’autre paye à notre place…"

Ouvrez l'oeil : avant d'acheter un vêtement, pensez à vérifier:

  • sa matière
  • son éventuel label
  • l'engagement de sa marque
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