Recyclage

Rencontre avec Jean-Marc Attia, fondateur de Marron Rouge

Publié le 1 octobre 2012 - Mis à jour le 27 novembre 2012
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.

Lassé du manque d'humanité de son milieu professionnel, Jean-Marc Attia a tout plaqué il y a quatre ans pour monter sa marque de mode et déco éthique Marron Rouge.

 

Vous avez un parcours plutôt atypique, qu’est ce qui vous a poussé à monter votre marque de mode et de décoration éthique alors que vous aviez un poste à responsabilité chez un éditeur de logiciels ?

En 1999, une amie décide de créer l’Association Parrainages Inde qui vient en aide à des femmes seules dans le sud de l’Inde en finançant la scolarité des enfants. J’adhère aussitôt à cette association en parrainant une femme veuve qui a deux enfants. Par la suite j’intègre le Conseil d’Administration de cette association. En 2001, une série de catastrophes personnelles en cascade dont mon « remerciement » après 11 années de bons et loyaux services en tant que Directeur des Opérations pour l’Europe au sein d’un éditeur de logiciels me fait réfléchir. Je m’engage alors au sein du Comité International de la Croix Rouge pour effectuer une mission en République démocratique du Congo. En 2004, le manque de mes proches me fait retourner en Europe et j’intègre une société européenne d’éditeurs de logiciels en tant que Directeur des Opérations pour l’Europe.

Les rythmes infernaux - je partageais mon temps entre Paris, Munich, Amsterdam et Montréal tout en vivant à Lyon - la succession de plans sociaux que je mettais en place, le manque d’humanité et d’humanisme m’ont fait quitter ce poste que je ne supportais plus. Je voulais vraiment donner un sens à ma vie et certainement avec l’âge et la maturité on se rend compte qu’il n’y a pas vraiment de frontières entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. C’est la même personne qui gère tout ! L’énergie est donc la même et je ne peux jouer un personnage, donc fin novembre 2008 je « plaque tout » sans savoir ce que j’allais faire.

Tous vos produits sont fabriqués en Inde, dans quel sens a été votre démarche ? Quel rapport entretenez-vous avec ce pays ?

En janvier, je partais habituellement en Inde au sein de l’Association Parrainages Inde, et en janvier 2009, j’étais donc « libre de tout engagement » et l’idée d’un commerce éthique a commencé à germer lors de ce voyage. J’ai eu envie d’aider un peu plus les femmes parrainées, car pour l'instant les bénéficiaires directs de notre action sont les enfants et indirectement ces femmes seules. J’ai depuis toujours le goût du design et de la création. Je prenais conscience d'être plus proche de l'environnement et j’ai un véritable "culte" pour le recyclage.

Clairement j'ai eu envie de faire quelque chose qui soit plus en adéquation avec mes valeurs humanistes, humanitaires et humaines. Et puis je voulais mettre à profit mes connaissances sur le monde des affaires pour une cause et un but qui ait du sens.

La rencontre avec le peuple indien m’a appris à connaître les indiens un peu plus chaque fois et j’ai été séduit par les savoir-faire et les « vouloir-faire » locaux, l’utilisation intelligente des matières et matériaux recyclés, la facilité de communication avec les professionnels locaux et leur engagement dans le projet global de Marron Rouge.
Très vite après 3 voyages successifs en 2009 les motivations pour la mise en œuvre de ce projet ont été multiples. Créer des objets et accessoires exclusifs à Marron Rouge. Faire du commerce éthique est une volonté dans la stratégie de Marron Rouge. Travailler dans la bonne humeur et se faire plaisir !

Comment vous assurez-vous que l’éthique soit bien respectée chez vos fabricants ?

Je visite chacun des ateliers avec lesquels je travaille. Et je m’assure que les conditions de travail correspondent à des « normes locales ». Je demande si les employés sont couverts par un système de santé, si leurs enfants vont à l’école et s’il y a un programme d’accompagnement de formation.

Nous collaborons à ce jour avec plusieurs projets sociaux. Dans la région de Pondichéry des ateliers de réinsertions de femmes après le tsunami de 2004. Ces femmes travaillent le papier journal recyclé. Dans la région de Delhi une ONG qui lutte contre la pauvreté et qui produit nos créations en chambre à air, pneu et ceinture de sécurité, et toile de sac de parachute. Toujours dans la région de Delhi, une ONG qui nourrit 40.000 enfants des rues par jour et qui finance des programmes d’insertion scolaire pour les enfants et de réinsertion professionnelle pour les femmes de Delhi. Dans la région de Calcutta, un atelier de réinsertion de femmes qui étaient dans la rue et qui ont été formées par une jeune femme indienne sortant d’une école design de textile pour fabriquer des doudous.

Comment faites-vous le choix de vos matériaux recyclés ?

Au hasard de mes pensées et les regards que j’ai sur les différents déchets et de me poser la question, comment pourrait-on utiliser ces matériaux ?

Vous proposez une nouvelle collection beaucoup plus féminine, est-ce un parti pris ?

Ce n’est pas un parti pris, c’est juste que les mentalités vis-à-vis de la mode changent. C’est clair qu’au début, quand on parlait de chambre à air recyclée ou ceinture de sécurité recyclée on associait ces matières à l'homme. J’ai aussi adapté certaines formes de sacs beaucoup plus destinées à des femmes.

Vous êtes établis à Lyon. Quelles actions engagez-vous dans cette région ?

Sur Lyon, Marron Rouge est membre du Collectif Lyonnais des Acteurs du Commerce Equitable (CLACE). En juillet dernier Marron Rouge a reçu le label "Lyon ville équitable et durable". Nous sommes résidents en tant que créateur d’accessoires de mode au Village des Créateurs, la structure de développement économique des entreprises Mode Déco Design de Rhône Alpes. Nous avons été choisis comme matériel référent, avec le papier journal recyclé, auprès de la cité du Design de Saint Étienne. Enfin nous avons monté un concours de recyclage avec l’Ecole de la Martinière au printemps 2012.

Quelles sont les nouveautés que vous proposez ?

Nous proposons des nouveautés dans le domaine de la décoration et des accessoires de mode. En décoration, une collection de poufs, tapis et tabourets mélangeant matières recyclées et bois d’eucalyptus. Cette collection a d’ailleurs été sélectionnée par la Paris Design Week, Maison et Objet et les Galeries Lafayette Maison.
En accessoires de mode, une première collection en chambre à air recyclée et dont chaque article arbore sept pastilles des sept couleurs de la paix. Cette collection s’appelle la PAIX JOYEUSE. Une deuxième collection faite avec une nouvelle matière en toile de sac de parachute recyclé et qui se nomme PARACHIC. Très chic, très classe, très urbain.

Qu’aimeriez-vous réaliser qui ne le soit pas encore ?

Le but ultime de Marron Rouge est, à horizon 2014, d’aider un peu plus les femmes parrainées au sein de l’Association Parrainages Inde. A terme, nous investirons une partie des bénéfices de Marron Rouge pour créer un atelier/école de création de linge de maison pour qu’elles soient plus indépendantes.

Marron Rouge crée aujourd'hui ses propres collections en collaboration avec des ateliers en Inde et s'investit sur place dans de nombreux projets sociaux. Le succès est au rendez-vous puisque Marron Rouge a été sélectionnée par la Paris Design Week et une vitrine lui est consacrée aux Galeries Lafayettes Maison à Paris.

Visitez la boutique Marron Rouge

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