Biodiversité

Le Jardin de la biodiversité à Mérignac : interview de Martial Théviot

Publié le 5 avril 2013 - Mis à jour le 3 juillet 2017
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Martial Théviot devant l'abricotier en fleurs du Jardin de la Biodiversité à Mérignac
Martial Théviot devant l'abricotier en fleurs du Jardin de la Biodiversité à Mérignac

Ancien professeur de lycée en région parisienne, Martial Théviot est depuis toujours connecté à la Nature (avec un grand N). Avec sa femme Aldjia, il a créé l'un des 10 jardins français les plus remarquables pour leur biodiversité. Rencontre avec un éco-jardinier passionné.

On pose une question et on ne l'arrête plus ! Martial Théviot pourrait parler des heures de ce qui guide sa vie et celle de son épouse : faune, flore, éco-jardinage et partage. Ici point de taille à la française ou de rang d'oignons, la nature s'exprime dans son élément. Le jardin d'Eden devait sûrement ressembler à celui de la biodiversité...

Vous avez créé le Jardin de la Biodiversité à Mérignac. Quel a été votre parcours ?

Les amarantes du Jardin
Les amarantes du Jardin
J’ai hérité de l’atavisme d’une longue tradition familiale remontant à mes aïeux. Depuis mon enfance, j'ai ressenti et suivi l'appel de la Nature. Je me suis jamais écarté de cette passion qui m'a toujours apporté l'équilibre essentiel à mon bien être et à mon épanouissement: "Car la vie est un bien perdu, quand on n’a pas vécu comme on l’aurait voulu" (Mihaï Eminescu).

Puis, j’ai ressenti le besoin de faire partager avec autrui ces bienfaits. Depuis 40 ans, je transmets (et défends) mes conceptions écologiques et je fais connaitre la biodiversité végétale et animale à travers des sorties en Gironde, des émissions de radio-libre, des camps scientifiques internationaux et des actions de protection (bois de Thouars, près de Bordeaux). J'ai publié quelques brochures (Seul sur une île, la Nature en Gironde, l‘Appel des oiseaux).

Lorsque j'exerçais comme professeur dans un lycée professionnel d’Aulnay-sous-Bois (93), j’ai associé mes élèves au projet "des maths et des tomates" : concrètement, cela a permis de transformer en un charmant jardin paysager l'environnement scolaire (initialement minéralisé et très dénaturé).

La récente création de l'association (loi 1901) "jardin-et-écotourisme" permet désormais le soutien d'initiatives comme la conception de bio-jardins (dons de graines, coaching). L'association sensibilise le public le plus large au bio-jardinage et au patrimoine naturel par des démonstrations itinérantes (stand d’exposition, animations et ateliers pédagogiques, conférences, sorties dans la nature, stages: cuisine médiévale avec séances de dégustations, jardinage responsable, survie dans la Nature à partir de plantes sauvages…).

Ce jardin fait partie des 10 jardins remarquables pour leur biodiversité. Quel genre de plantes y trouvent-on ?

La rue En plein air, le promeneur découvre, sur un espace réduit (1000 m²), des jardins thématiques :

- Une collection de plantes sauvages comestibles (ail des ours, cressonnette, chénopode Bon Henri, gesse, pimprenelle...)

- D'autres à usage médicinal : camomille, chélidoine, sureau noir, pervenche

- Certaines à usage domestique : saponaire, lin, houblon, pastel, garance

- Des légumes oubliés de jadis : différents aromates, crosne, cresson alénois, chervis, cerfeuil tubéreux, maceron, panais...

- Des plantes "exotiques" acclimatées et non invasives : passiflores, morelle de Balbis, kakis, actinidias, igname, chayotte et belle collection de cucurbitacées

- Une collection de fougères et des plantes insolites : mertensia maritime ou plante-huitre, réglisse, arachide, stévia.

- Dans la serre-véranda, on découvre des plantes exotiques curieuses provenant du monde entier : cactus de 1 à 3 m de long, bananier, plantes carnivores, mimosa pudique, passiflore fétide, cyphomandra abutiloïdes, gingembre, plusieurs physalis...

Le jardin est également aménagé pour attirer la faune sauvage : nichoirs, abris et gites, micro-biotopes variés.

Vous organisez beaucoup de stages et des sorties découvertes, votre mission est essentiellement pédagogique ?

L'éducation au "jardinage naturel" , à l'environnement et au développement durable est notre mission principale par le biais de sorties guidées et commentées sur le terrain, de conférences, d'expositions et d'ateliers, en utilisant simultanément diverses démarches d'investigation (scientifique, ludique, sensorielle, historique).

Tout en permettant l'approfondissement des connaissances sur la Nature et l'écologie, les activités sont d'authentiques loisirs pour se détendre et s'amuser de manière conviviale : c'est l'une des clés de leur succès auprès des participants.

Comme jardin-et-écotourisme est en totale autonomie financièrement (aucune subvention), cette garantie éthique d'indépendance permet à l'association d'être un interlocuteur crédible auprès de la population et des pouvoirs publics (collectivités, élus locaux) pour signaler des dysfonctionnements, ainsi que pour proposer des améliorations du cadre de vie et du bien être pour tous. Par exemple, nous militons et soutenons la création de nouveaux jardins-partagés intergénérationnels où se pratique un jardinage-plaisir épanouissant.

Qu'est ce qu'un bon éco-jardinier ?

Le cresson, facile à faire pousser
Le cresson, facile à faire pousser
Il porte d'abord un regard très critique sur les techniques productivistes à court terme. Ensuite, il considère son jardin comme un écosystème vivant et complexe, avec l’œil neuf de l'écologiste : c'est une sorte "d'ambassadeur" de la biodiversité et du développement durable. Il entretient avec son jardin une relation équilibrée et bienveillante, sans volonté d'hégémonie, tolérant les imperfections (comme des dégâts modestes sur les cultures).

Un bon éco-jardinier a même le devoir de participer de façon responsable et efficace à la prévention (et à la solution) des problèmes environnementaux. En France, l'ensemble des jardins maille le territoire sur une surface bien plus importante et bien plus efficace que toutes les réserves et les parcs morcelés. Cela montre l'influence considérable que peuvent avoir des bio-jardins bien conçus sur le patrimoine naturel : par exemple, ces "corridors verts" permettent le déplacement de la faune et de la flore sauvage et constitue des lieux de refuges attractifs, voire de survie pour certaines espèces (papillons, batraciens).

N'est-il pas stimulant pour chaque éco-jardinier de savoir qu'il participe modestement, localement dans son jardin, à une processus global de guérison de son environnement ? Ainsi, chaque fois que nous rajoutons de nouvelles plantes indigènes dans notre jardin, nous améliorons à la fois notre cadre de vie et la biodiversité (en créant des chaines alimentaires prédateurs-proies).

Pour sa santé et celle de la Nature, l'éco-jardinier utilise des alternatives durables en reproduisant dans son jardin ce qu'il a observé dans la Nature: il connait bien les besoins de ses plantes pour leur offrir des conditions de vie optimales et naturelles, il pratique la rotation des cultures. Pour créer un équilibre régulateur, il attire la faune sauvage avec des nichoirs (oiseaux, insectes, chauve-souris) en créant des biotopes variés (mare, tas de bois ou de pierres, prairie ou jachère apicole, muret, haie libre et panachées d'espèces locales variées).

Bien évidemment, les polluants (dont les pesticides chimiques) sont bannis. Je pousse un soupir de soulagement quand je vois un "ver à fruit" partager une pomme avec moi car cette pomme sera toujours meilleure que celle aux apparences parfaites, mais qui aura causé sa mort !

Nous sommes en avril et le printemps annonce pour beaucoup le retour au jardin. Quels sont vos éco-conseils pour avril-mai au jardin ?

Voici quelques conseils "en vrac".

- En prévision des sécheresses, à partir de mai, économiser l'eau : récupérer le maximum d'eau de pluie ruisselant des toits, pailler, enfouir du compost, biner régulièrement

- mettre du purin de plantes (ortie, consoude) pour renforcer les plantes gélives (tomates),

- traiter préventivement les arbres fruitiers en boutons : pêcher au nord de la France, vigne

- se protéger des ravages excessifs des mollusques sur les jeunes semis avec le Ferramol, seul produit admissible

- utiliser des ressources renouvelables : godets biodégradables pour les semis printaniers plutôt que matières plastiques

- bannir les pesticides et préférer la lutte biologique : par exemple, le bacille de Thuringe d'emploi très facile pour lutter spécifiquement contre les chenilles

- attirer les amis du jardinier avec quelques aménagements : pose de nichoir à mésanges en cette période de nidification

- associer les plantes : panacher les cultures en les mélangeant pour augmenter l'autoprotection. Par exemple, la rue (Ruta graveolens, plantée jadis pour provoquer des avortements) ou l'ail sont d'excellents insectifuges. Tous deux dégagent une odeur désagréable qui éloigne les insectes sans pour autant les tuer. 

Comme il est difficile de faire le tour de la question en quelques lignes, je renvoie les internautes sur le site Internet de notre association : jardin-et-ecotourisme.frpour trouver un multitude d'autres conseils.

Quel est votre coup de coeur bio food dans votre région ?

Pour une consommation responsable, mon coup de cœur sur ma commune va au Biocoop de Mérignac (72, avenue Pierre Mendes-France) pour sa convivialité et ses produits bio sélectionnés et respectant un strict cahier des charges.

Une association engagée que vous soutenez dans votre région ?

Il m'est vraiment impossible de faire un choix, il y en tant !

- Colibri33

- la section des jardiniers de France de Pessac 

- le Jardin d'Adèles de Pessac pour les jardins

- la L.P.O. Aquitaine pour les oiseaux sauvages

- le C.E.M.A. pour les champignons etc...

En 2011, près de Bordeaux, le Jardin de Martial Théviot a été classé parmi les dix plus beaux petits jardins pour sa biodiversité par France 3 lors du championnat du potager, puis en 2012 par la S.N.H.F. (concours "Jardiner autrement").

 

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