Intestins

Docteur Donatini : étudier la flore intestinale par le souffle pour le dépistage de la dysbiose

Publié le 30 mai 2013 - Mis à jour le 31 mai 2013
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
Dépister la dysbiose de l'intestin par le souffle en analysant les gaz expirés, par le Dr Donatini
Dépister la dysbiose de l'intestin par le souffle en analysant les gaz expirés, par le Dr Donatini
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Le Docteur Bruno Donatini gastro-entérologue, hépatologue, cancérologue et immunologue, diplômé d’ostéopathie raconte comment il détecte et traite les dysbioses intestinales. Entretien avec un médecin concerné par l'appareil digestif.

Vous avez mis au point un protocole visant à détecter l'état du patient en analysant les gaz expirés, pouvez-vous détailler cette technique ?

Les gaz diffusent aisément à travers la muqueuse digestive richement vascularisée. Les gaz dissouts seront progressivement expirés. On peut donc étudier la flore digestive via le souffle. Le principe est très ancien. Le test au lactulose qui mesure la présence d’une flore productrice d’hydrogène et consommatrice de lactose est connu depuis une cinquantaine d’année et a été perfectionné par Ledochowski dans les années 1990. Plus récemment, une équipe israélienne menée par Haick H (British Journal of Cancer, 2010) a mis au point un protocole d’étude de 16 gaz qui ambitionne la détection de cancers (sein, poumon, prostate, colon) par le souffle. D’autres travaux soulignent l’intérêt de gaz expirés d’origine extra-digestive comme le monoxyde d’azote dans l’asthme ou l’éthane/butane dans la schizophrénie.

Ces méthodes atraumatiques, praticables au cabinet chez des patients de tous âges, permettent des mesures répétées après des repas d’épreuve ou après des manœuvres de vidange d’estomac. On peut ainsi évaluer la flore digestive à jeun, après prise de sucres ou de pain, après vidange gastrique ou non, après stase du grêle ou non, etc… En pratique le patient souffle dans l’appareil le matin à jeun puis boit un verre d’eau sucré au lactulose. Il revient 2 heures plus tard pour renouveler la mesure. Le praticien mesure à chaque fois – entre autres - l’hydrogène, l’isobutylène, le méthylacétate et l’hydrogène sulfureux. L’existence de certains gaz à jeun ou leur apparition après la prise de sucre authentifie le type de dysbiose.

Cette technique est-elle la même que celle des chercheurs suisses qui travaillent sur l'haleine des patients et donc la détection de certains métabolites ?

La technique de mesure repose sur différentes méthodes physiques : photo-ionisation, semi-conduction, spectrométrie photo-acoustique, chémoluminescence, spectrométrie de masse couplée à la chromatographie gazeuse et à des GNS (Gold Nano Sensors). La spectrométrie de masse, technique très ancienne, utilisée par les suisses ou les israéliens est la plus performante. La spectrométrie photo-acoustique est certainement la plus prometteuse. Ces deux dernières méthodes permettront de diviser par 100 les seuils de détection obtenus par la photo-ionisation (de l’ordre du dixième de particule par million) pour les amener à la particule par milliard. Reste à les miniaturiser et à proposer des appareils bon marché et fiables ce qui prendra plusieurs années.

Quel avenir voyez-vous sur ces nouvelles recherches ?

Les perspectives de recherche sont considérables. Tout d’abord pour analyser la flore gastrique, intestinale ou colique et pour poser avec précision le diagnostic de dysbiose, sa topographie et les germes impliqués. Ensuite pour établir des corrélations entre certains gaz et des pathologies soit digestives (maladies inflammatoires, stéatose hépatique, stase gastrique), soit inflammatoires (articulaires, auto-immunes, maladie métabolique), soit tumorales (cancers les plus divers), soit comportementales (rattachées à la perméabilité de la barrière hémato-méningée ou à l’inflammation induite par les composés organiques volatiles). Enfin, pour étudier l’effet de traitements – dont les aliments, les compléments alimentaires, voire certains probiotiques – sur la dysbiose et les maladies qui s’y rattachent. Une révolution diagnostique et thérapeutique – inéluctable et passionnante – se dessine.

Pensez-vous développer des appareils plus adaptés ? Que pensez-vous des appareils utilisés par les chercheurs suisses ?

Les appareils disponibles actuellement (ex : Gazdetect®, Gastrolyser®) reposent sur la photo-ionisation et suffisent pour les diagnostics de malabsorption des sucres par l’intestin grêle source de ballonnements, douleurs ou troubles du transit. L’appareil commercialisé par Gazdétect® suffit pour confirmer l’existence d’une flore acétogène ou méthanogène, associées à brûlures gastriques, acidose, candidose, constipation, dépression, reflux gastro-esophagien. L’utilisation de repas d’épreuve appropriés permet de satisfaire à l’essentiel des besoins en gastro-entérologie. 

Des améliorations sont envisageables quant à l’interprétation d’autres composés organiques volatiles, détectables fréquemment mais dont la signification reste méconnue. L’appareil développé par les suisses devrait ouvrir l’accès à de nouveaux composés volatiles. Il est probable que les deux types d’appareils se compléteront. Dans tous les cas, un nouvel outil de détection ne peut qu’apporter une plus-value diagnostic et permettre de mieux spécifier l’usage des traitements ou des régimes alimentaires.

Formez-vous actuellement d'autres médecins à cette "technique" de détection ?

Oui. Une cinquantaine de praticiens équipés et formés peuvent actuellement réaliser ces tests en France. J’espère qu’ils seront deux fois plus nombreux l’année prochaine. Ces formations, gratuites, sont ouvertes à tous les thérapeutes désireux de s’équiper. Mycoceutics (petite société qui produit et distribue des préparations alimentaires à base de mycélia poussés sur écorces et d’huiles essentielles aromatiques) entreprend des achats groupés pour négocier des prix attractifs. Il est possible de contacter Mycoceutics (www.mycoceutix.com, 03 26 86 34 32) pour connaître s’il existe un thérapeute équipé près de chez soi.

Quelles sont les pathologies détectées par ce biais et qui le sont difficilement par d'autres mesures ?

Les tests respiratoires permettent de diagnostiquer les malabsorptions et les dysbioses, sans autre méthode disponible. Ils permettent de mesurer facilement la stase gastrique sans devoir recourir à des produits radioactifs. Ils permettront probablement de détecter certains cancers sans endoscopies et sans biopsies ou encore des débuts de dégénérescence rétinienne. Des travaux sont en cours pour rechercher la pertinence de la mesure de l’éthane/butane dans le diagnostic nosologique (classification) des troubles du comportement ou plus largement de la peroxydation des lipides (« hyper-oxydation »)
Des publications démontrent que les gaz expirés sont aussi fiable pour la mesure du cholestérol et des acides gras que les dosages dans le sang. Et ce n’est qu’un début !

Va-t-on vers une médecine préventive ?

La détection des phases précoces de malabsorption et de dysbiose (source de syndrome métabolique et d’affaiblissement immunitaire) va beaucoup progresser grâce aux techniques simples déjà disponibles. Nous aurions tort d’attendre les versions définitives. Lorsqu’elles les appareils évolués seront disponibles, nombres des techniques de dépistage actuelles paraîtront désuètes. L’ère des dépistages précoces et répétés, multi-pathologiques, atraumatiques et peu coûteux pourra commencer.

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