Anne-Dauphine Julliand

Anne-Dauphine Julliand : "J'ai compris qu'il ne fallait pas attendre demain pour commencer à vivre"

Publié le 19 mai 2014
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
Anne-Dauphine Juilland, auteure du livre "Deux petits pas sur le sable mouillé". Photo ©Patrick Swirc
Anne-Dauphine Juilland, auteure du livre "Deux petits pas sur le sable mouillé". Photo ©Patrick Swirc

Lorsqu'Anne-Dauphine Julliand remarque sur le sable mouillé les petits pas étranges de sa fille Thaïs, elle est loin de soupçonner que sa vie en sera bouleversée à jamais. Thaïs vivra trois ans trois quarts. Auteur de deux livres témoignages devenus des best-seller, Anne-Dauphine nous enseigne avec grâce comment chacun peut faire face aux difficultés et puiser en lui des "forces insoupçonnées".

FemininBio : Où en êtes-vous aujourd'hui dans votre vie ? A-t-elle repris un cours "normal" ?

Anne-Dauphine Julliand : Aujourd’hui je suis une femme active de quarante ans, mariée, mère de quatre enfants. Ma vie a donc repris un cours normal, ou en tous cas son cours normal car ce n’est sans doute pas celui de toutes vies. Je crois que le cours normal d’une vie c’est l’équilibre trouvé en fonction des composantes de cette vie. 

J’arrive à trouver un bon équilibre et même si mon quotidien peut paraître peu ordinaire, avec une petite fille malade à la maison et deux garçons bien toniques, il a lui aussi sa routine, signe que tout va bien. Parfois, la situation se complique et m’oblige à prioriser différemment. Mais parfois seulement. 

Votre espérance se fonde en Dieu. Votre foi s'est-elle approfondie en traversant ces épreuves ? Comment ?

ADJ Oui mon espérance se fonde en Dieu. C’est ce qui me permet d’avancer sur le chemin avec confiance. Ce n’est pas la panacée, ce n’est pas non plus un ascenseur qui me permettrait d’arriver directement au sommet de l’Himalaya sans en connaître l’ascension éprouvante. C’est une lumière qui éclaire mon chemin, aussi difficile soit-il d’ailleurs. A travers cette terrible épreuve, j’ai trouvé en Dieu un allié indéfectible. Et je sais qu’aussi dur soit le chemin, Il marche avec moi. Que quoiqu’il arrive, j’ai son amour inconditionnel.

Avez-vous suivi une psychothérapie (ou autres thérapies) ? Quels sont vos "outils" au quotidien pour continuer à porter cette espérance ?

ADJ : Je n’ai pas suivi de psychothérapie à proprement parler mais j’ai souvent compté sur l’aide bienfaitrice de psychologues. Leur éclairage professionnel m’a évité bien des écueils, comme la culpabilité, par exemple. 

Quant à mes outils pour continuer à porter l’espérance, c’est justement le quotidien ! Je me focalise sur aujourd’hui, sans oublier hier ni nier demain, bien sûr, mais je sais que ce qui compte c’est ce qui se passe aujourd’hui. J’ai trouvé une grande sérénité en vivant l’instant présent. J’ai compris qu’il ne fallait pas attendre demain pour commencer à vivre, mais qu’il fallait vivre le présent. Je le vis en vérité, comme il se présente.

Pensez-vous qu'il soit donné à chacun de pouvoir traverser les épreuves comme vous les traversez, d'être "le capitaine de son âme" ou pensez-vous que, dès le départ, votre nature, votre éducation, votre foi et/ou l'amour reçu dans votre enfance vous ont donné un terreau favorable pour surmonter ces évènements ?

ADJ Tout d’abord, je voulais juste corriger l’expression "traverser une épreuve". Nul ne peut traverser une épreuve. Il faut la vivre. Mon éducation, ma foi, mon enfance même, forment certainement un terreau favorable pour surmonter cette épreuve, mais elles ne suffisent pas. Parfois, cette même éducation et cette enfance préservée peuvent être considérées comme des poids. 

Certains plaident "l’enfance heureuse" en regrettant qu’elle ne prépare pas plus à la vie. Quel que soit le passé, chacun peut, face aux difficultés, puiser en lui des forces insoupçonnées. Nous les avons tous, plus ou moins accessibles, certes, mais ces forces font partie de la nature humaine. 

Mais peu de gens se sentent vraiment les acteurs de leur vie. Ils subissent la vie, dans les difficultés comme dans le bonheur. Ils se sentent trahis et dépossédés lorsque l’épreuve les frappe. Je voudrais les inviter à avoir confiance en eux, à avoir confiance en leur capacité à surmonter les tempêtes. J’aimerais leur dire, comme m’a dit mon fils "La vie donne de la peine, mais elle vaut la peine".

Qu'avez-vous envie de partager avec les personnes qui vivent des évènements traumatiques mais qui n'arrivent pas à retrouver le chemin du bonheur ?

ADJ : J’aimerais pouvoir les réconforter et les consoler, car toute personne qui souffre a besoin d’être consolée, de se sentir aimée. Ensuite je voudrais les inviter à reconsidérer le Bonheur non comme un but à atteindre, non comme un idéal, mais comme une manière d’avancer. Je voudrais leur rappeler que le bonheur est fait de tous petits bonheurs, souvent imperceptibles. Je voudrais les convaincre d’être des chercheurs de ces pépites de Bonheur. Je voudrais enfin leur dire d’oser être heureux. Car souvent, face à l’épreuve, on ne se sent pas le droit de l'être.

Ces événements, sans enlever de leur gravité, sont-ils devenus une chance pour révéler pleinement qui vous êtes ?

ADJ Je ne pourrai jamais considérer ces événements comme une chance. Ils sont trop douloureux et le resteront toute la vie. En revanche je peux parfois considérer la façon dont nous les avons vécus. Et je suis surprise chaque fois de voir où les deux petits pas de Thaïs nous ont menés… 

Vous parlez de votre relation de couple ; pour vous quelle est la clé du bonheur dans les épreuves ?

ADJ : J’aimerais tant qu’il y ait une clé ou une recette magique ! Il n’y en a guère, seulement des points d’appui, qui valent d’ailleurs aussi bien dans l’épreuve que dans la tranquillité du quotidien. Les épreuves agissent souvent comme des révélateurs. Celle-ci m’a permis de comprendre que notre couple se construisait au quotidien, chaque jour. 

Nous avons réalisé que pour gravir cette montagne, comme pour vivre toute notre vie ensemble, il fallait non pas marcher côte à côte mais nous encorder, nous rendre dépendants l’un de l’autre, dépendants de nos forces comme de nos fragilités. 

Qu'avez-vous envie de continuer à transmettre à l'avenir ? Vous sentez-vous investie d'une mission, d'un message à transmettre ? 

ADJ : Je ne me sens pas investie d’une mission mais j’ai envie de partager le message de vie que j’ai découvert ces dernières années. Et je suis émerveillée et émue de voir à quel point les gens sont réceptifs face à ce message. Notre monde a besoin d’espérance. 

Une phrase de l'évangile qui vous porte particulièrement ?

ADJ : J’en ai tant ! Chacune s’adapte en fonction des circonstances, mais j’aime cette phrase de Jésus : "Laissez venir à moi les petits enfants".

Des lectures, des personnes qui vous ont particulièrement inspirées ? 

ADJ Là encore, la liste pourrait être longue. Je citerais Sainte Thérèse, Nelson Mandela, mais aussi bien ma petite Thaïs et Thérèse, la nounou de mes enfants.

Quelle est votre plus belle espérance ? 

ADJ : La vie.

Ce qui vous met en joie ? 

ADJ La vie !

Découvrez le deuxième livre d'Anne-Dauphine Julliand : Une journée particulière

Le 29 février est une date qui n'existe que tous les quatre ans. C'est aussi le jour de naissance de Thaïs - la petite princesse d'Anne-Dauphine Julliand - atteinte d'une maladie génétique orpheline. Thaïs a vécu trois ans trois quarts. Elle a eu une courte vie, mais une belle vie.

Le jour où le 29 février réapparaît sur le calendrier, Anne-Dauphine s'offre une parenthèse, sans travail ni obligations. Elle veut vivre pleinement cette journée particulière : Thaïs aurait eu huit ans ! Le passé se mêle au présent. Chaque geste, chaque parole prend une couleur unique, évoque un souvenir enfoui, suscite le rire ou les larmes.

Anne-Dauphine Julliand aime à penser qu'il est possible de gravir des montagnes en talons hauts. Elle a le talent de croquer les émotions de tous les jours. Elle nous raconte sa vie, Loïc, ses fils Gaspard et Arthur, mais aussi Azylis, son autre princesse, malade elle aussi.

C'est une leçon de bonheur et une merveilleuse histoire d'amour, qui se lit d'un souffle, le coeur au bord des larmes.

Son premier livre témoignage : Deux petits pas sur le sable mouillé, Ed. Les Arenes

Pour une expérience de lecture optimisée, retrouvez cette interview émouvante dans le magazine iPad de mai 2014, en téléchargement gratuit sur l’AppStore

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