Deuil

Survivre ou vivre après un deuil périnatal

Publié le 17 février 2015 - Mis à jour le 19 mai 2017
Auteur du livre témoignage « L’instinct de vivre », Laetitia Lycke est aussi une femme épanouie, une épouse comblée, une maman de quatre enfants et une bénévole en soins palliatifs.
© Pixabay

Laëtitia a vécu la douloureuse expérience de perdre son enfant. Elle partage son expérience, car "c’est un sujet tabou et que ce n’est pas très « vendeur » ou « sexy ». Mais la mort fait partie de la vie et quand on oublie cela, on n'est plus vraiment en vie".

« Bonjour ma chérie, comment vas-tu aujourd’hui? »
« ... »
« Je sais, mal. Ton bébé à naître est mort, l’avenir merveilleux que tu avais imaginé avec lui s’est volatilisé. Tu as raison c’est inadmissible, c’est intolérable. Je te l’annonce, tu vas d’abord être sidérée car tu ne pouvais pas t’y préparer, tu ne pouvais pas t’y attendre. Personne ne t’avait prévenu, tous t’ont félicité à l’annonce de ta grossesse. Dans tous les journaux aussi, avoir un enfant c’est que du bonheur. Après tu vas pleurer, beaucoup.

Tu vas être très triste et tu vas devoir l’accepter, ne pas te bousculer pour passer à autre chose parce que tu nierais ta souffrance comme beaucoup de ton entourage vont t’encourager maladroitement à faire. Ne leur en veux pas, ils ne réalisent pas, ils sont souvent mal à l’aise dans leur propre rapport à la mort. Ne reste pas enfermée dans ta peine, dans ta solitude, ose leur demander d’être juste là, présents. Parfois il y de telles souffrances, que seule l’écoute panse les plaies. Accepte ta nouvelle réalité et sublime-la.

Oui, c’est inaudible aujourd’hui pour toi, mais je sais, crois-moi, il est possible d’arrêter de survivre pour recommencer à vivre. Ce que je peux faire pour t’aider, c’est reconnaître ton deuil, t’épauler pour accomplir des rituels comme nommer ton bébé, encadrer sa photo, en parler. Le fait qu’il n’existe pas de mot, pour dire quel est ton nouveau statut, montre à quel point le deuil périnatal est un tabou dans notre société. Tu es mère, mais tu n’as pas d’enfant à présenter et pourtant un lien a existé, tu l’as porté dans ton ventre, tu l’as senti bouger, tu avais préparé sa chambre...

Quand on te pose la question, tu ne peux pas dire ta réalité sans raconter ta vie, ce qui semble systématiquement impudique. Il existe des groupes de deuil, tu pourras en parler librement et ils t’écouteront, te comprendront, je peux t’accompagner si tu veux. Petit à petit, tu vas réussir à penser à lui pour ce qu’il t’a apporté dans sa si courte vie, plutôt que tout ce que tu as perdu avec lui. Tu vas réaliser que tu ne te réduis pas à ce terrible malheur mais qu’il fait partie de toi et qu’il fait qui tu es. Tu vas avoir une conscience exacerbée de l’aspect sacré de la vie, de la joie d’entendre tes futurs enfants rire à gorge déployée, de la beauté du soleil qui se lève, du bonheur d’être en vie tout simplement. »

J’aurais tellement aimé que quelqu’un me dise tout ça quand j’ai perdu Gabriel. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça. J’ai plutôt dû faire face au silence et au tabou qui pèse encore aujourd’hui sur le deuil périnatal. Alors, si j’ose parler aujourd’hui de mon expérience, c’est pour que cela serve. Osez parler aux parents endeuillés, osez leur poser des questions. Ils ne sont pas contagieux, ils sont seulement malheureux. Comme vous, ils ont besoin de se sentir encore aimés, soutenus, consolés.

 

Laetitia a écrit L'instinct de vivre, un livre témoignage sur son histoire personnelle. 

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