La conscience ou la compréhension de soi

Publié le 6 septembre 2012 - Mis à jour le 4 février 2015
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
© Andrew Cohen

Andrew Cohen  est un enseignant spirituel américain, un philosophe, il a fondé un enseignement sur l'éveil évolutif, concept qu'il a créé. Il nous donne une vision contemporaine et évolutive de la spiritualité à travers la transcendance de la conscience. Il est auteur de nombreux ouvrages et conférencier dans le monde entier. Il entretient un dialogue permanent avec d'autres enseignants spirituels et responsables religieux. Nous l'avons rencontré lors de son passage à Paris.

FB : Andrew Cohen, expliquez-nous ce qu’est l’éveil de la conscience ou « éveil évolutionnaire » ?
Andrew Cohen : C’est la découverte de la conscience, et que cette dernière est le fondement de notre expérience. Notre attention est en général focalisée sur les « objets » qui émergent dans la conscience, comme la pensée, les mémoires, les rêves, les objets matériels. Ils sont à l’intérieur ou à l’extérieur de nous. Et on ne porte jamais notre attention sur le contexte dans lequel ils émergent. L’éveil est la découverte du contexte dans lequel les objets émergent. Et le contexte, contrairement aux objets, est infini. Tous les objets ont un début et une fin : les pensés, les mémoires, les rêves, les objets dans le monde.  Mais lorsque que l’on regarde la nature de la conscience elle-même, on ne voit pas de début, ni de fin.
Par ailleurs, lorsque que l’on commence à examiner la nature de la conscience, on découvre alors que c’est notre vraie nature.  On s’aperçoit que le sentiment de nous-même le plus intime, le plus profond, est en fait la conscience, et non les objets qui émergent d’elle, y compris toutes les idées que nous avons sur qui on est. On peut avoir une idée sur soi-même, notre soi psychologique : je suis un homme une femme etc. Lorsque qu’on découvre la conscience on se rend compte que ce sont des dimensions relatives de ce qu’on est, c’est partiel. On s’aperçoit que tous ces différents niveaux émergent dans ce contexte infini. On le réalise quand on entre dans des états de méditation profonde, lorsque la conscience de notre personnalité, de notre soi psychologique, de notre genre, disparaissent.  Alors, le sentiment du soi existe toujours et on réalise que ce moi a un fondement infini. On se rend compte que notre personnalité, notre soi psychologique,  notre sentiment d’être sexué sont des attributs relatifs de ce que l’on est. Cette découverte remet en question notre compréhension de nous-mêmes.

Quand cela a-t-il été découvert ?
A l’âge axial dans l’histoire humaine, il y a 2000 ou 3000 ans. C’est l’époque ou les plus grands sages émergent : Lao Tseu, les sages Grecs… Les êtres humains n’avaient apparemment pas trouvé cette dimension de profondeur avant. Une dimension découverte aussi par le Boudha.

On l’appelle la « conscience » y a-t-il d’autres termes pour designer cet endroit d’Absolu en soi. Est-ce l’âme ?
Non, car l’âme est la partie la plus profonde du soi, qui est encore personnelle. Or la dimension de profondeur est complètement impersonnelle. Elle est exactement la même pour vous et moi, nous tous. Il n’y a pas d’individualité unique là. Il n’y a pas de distinction relative non plus à cet endroit.
Cet Absolu, cette profondeur provient-il de la « Source », de « Dieu » ?
C’est LA source.

Comment trouver cet endroit en soi, cette profondeur, cet Absolu ? Doit-on le chercher ?
La plupart des gens doivent le chercher, cela se passe de 2 manières : beaucoup de personnes, à un moment dans leur vie ont un éveil spontané à cette profondeur. Ils marchent seuls dans la nature, ou font un rêve, ou lors d’une expérience sexuelle, et il y a une ouverture. Beaucoup d’adolescents ont une expérience d’un aperçu de l’éternité. Donc, soit on a déjà eu spontanément cette expérience et on veut la redécouvrir, soit on a lu ou entendu parler de cette profondeur et on veut en faire l’expérience. On devient alors un chercheur, et on commence à regarder à l’intérieur de soi-même pour avoir cette expérience.

Et pour vous comment cela s’est il passé lors de la découverte de cet Absolu intérieur ?
J’ai eu une expérience spontanée à 16 ans qui m’a donné un aperçu, et c’était si puissant, si extraordinaire que je ne pouvais pas l’oublier, alors à 22 ans je suis devenu chercheur car je voulais le redécouvrir. Quand j’ai eu 30 ans (j’ai 56 ans aujourd’hui) je l’ai redécouvert lorsque j’ai rencontré mon enseignant spirituel. Au bout de 3 semaines à ses côtés j’ai sentit de profonds changements puis après encore 3 semaines il y a eu un changement permanent.  Mais c’est important de se souvenir que je cherchais cela, ce n’était pas un accident car j’étais déterminé. Je voulais qu’un grand changement se produise. J’avais aussi une grande confiance dans le fait que cela allait se produire, car je savais que cette autre réalité ou dimension existait à cause de l’expérience que j’avais eue étant jeune. La seule question pour moi n’était pas SI cela allait arriver mais QUAND. Une grande part vient de notre détermination. C’est important, car notre culture ne soutient pas cette recherche, ne la reconnaît pas.

Pourquoi notre culture ne reconnaît-elle pas cette recherche de l’intériorité ?
On parle d’un niveau d’intériorité que ni la culture moderne, ni la post-moderne ne reconnaissent. Les gens ne réalisent pas que cela existe. Or, chercher quelque chose que votre culture ne reconnaît pas comme réel, et persévérer dans cette quête est un grand défi personnel !

Décrivez-nous ce que vous avez ressentit lors de votre première expérience ?
J’étais assis avec ma mère, à Rome, nous étions en train de discuter. Pour aucune raison particulière les portes de la perception se sont ouvertes. Je suis devenu conscient de ce qui n’a pas de début et de fin. Tous les sentiments de barrière se sont effondrés. Mon ressenti : tout d’un coup j’étais éveillé à l’univers entier. Mais c’était encore plus infini que cela. J’avais le sentiment qu’il y avait une liberté infinie et une immortalité. Il y avait la conscience que, dans cet infini sans début ni fin, la mort n’existait pas. Mais cet espace sans début et sans fin avait un soi : un être infini. La nature de cet être était d’un amour absolu, écrasant. J’avais l’impression que j’allais être submergé par l’intensité de cet amour. Je suis devenu conscient à ce moment que tous les points dans l’espace étaient au même endroit. C’était comme une révélation, j’étais à genoux, dans un état d’émerveillement. Moi qui ai grandi dans un contexte juif laïque, je n’avais aucune idée que le Divin existait. C’était un choc.

C’est ce qu’on appelle être touché par la Grâce ?
Oui absolument, c’est exactement cela. Mais je pense aussi que ces moments là ne sont pas que de la grâce, car je suis convaincu  que toute la vie depuis le début de l’univers, jusqu’à maintenant, fait partie d’un seul continuum. Je ne crois pas que l’on commence chaque vie avec une page blanche. En fait nous sommes impliqués dans ce processus depuis très longtemps.

Vous parlez de la loi du karma (réincarnation) ?
Oui. Donc je pense que des expériences comme celle que j’ai vécues sont aussi liées à notre histoire, ce n’est pas quelque chose qui arrive sans raison.
Alors comment contacter cette profondeur, cet Absolu ?
Lorsque l’on est un chercheur on est convaincu qu’on est séparé de son propre soi, de Dieu, de l’absolu et donc on est toujours en train de chercher : la méditation, les maitres spirituels, les livres sur l’expérience des gens etc. Lorsqu’on trouve absolument ce qu’on cherche, alors la recherche cesse… La recherche c’est la conviction profonde qu’on n’est pas déjà là. Le vrai grand changement est quand il y a une relaxation profonde dans le soi, on lâche au niveau existentiel.

On se met à l’intérieur de soi dans le rien pour avoir le tout ?
Au début c’est une grande expérience mais ce n’est pas si important d’avoir l’expérience de lâcher la croyance qu’on n’est pas déjà là. Lorsqu’on lâche cette idée fausse qu’on n’est pas déjà là on retourne à l’intérieur de nous-mêmes. Les expériences vont et viennent mais ce n’est plus l’important.

C’est donc expérimenter pleinement qu’on EST la source ?
J’ai eu beaucoup d’élèves qui ont eu la même expérience que la mienne mais ils n’ont pas pu lâcher comme je l’ai fait. L’expérience ne suffit pas pour lâcher, malgré le fait d’être convaincu par l’expérience. Donc le sentiment d’être séparé demeure.

Existe-t-il de nombreuses personnes qui sont dans cet éveil du soi Absolu ?
Des milliers de personnes y arrivent (pas des millions). Si cela devient assez important pour nous, alors cela va se produire.

Pouvez-vous nous parler de l’amour ? Est-ce la clé ?
J’ai écrit 3 blogs sur le sujet http://www.andrewcohen.com/2012/03/05/part-3-what-is-love/ . Avant tout on peut dire aussi ce que l’amour n’est pas, car ce terme est très chargé. De quoi parlez-vous quand vous dites AMOUR ? Les Français par exemple aiment le foie gras, leur chien, ou leur  femme. Parlez-vous de cela ? Non. Tout cela sont aussi des formes d’amour mais il y a une autre sorte d’amour qui donne tout et ne reçoit rien, c’est d’un autre ordre.

Nous SOMMES l’amour, c’est ça ?
Oui, si on se soumet, sans condition de retour,  au fait que nous sommes cet Amour, alors notre personnalité sera le reflet de cet Absolu dans le monde.  Sinon notre personnalité le bloque ou le cache.

Comment sait-on que l’on est une personne éveillée ?
Parce que l’on tombe à l’intérieur de soi même. On cesse de chercher, on arrive à sa fin. On a accès à une profondeur que la plupart des gens n’ont pas. On est conscient d’une profondeur et on peut voir et connaitre la subtilité que beaucoup ne voient pas. On a accès à une sorte de clarté. On ne sait pas d’où cela vient, c’est au-delà du mental.

A-t-on chacun une « mission » de vie distincte ou avons-nous tous la même mission qui est précisément celle là : de tomber dans cette profondeur, de rencontrer cet Absolu ?
La 2ème option. Je suis un enseignant de la spiritualité évolutive. Donc ma vision c’est que depuis la perspective de l’intelligence qui est en train de créer l’univers, ma perspective c’est que Je suis, Vous Etes l’Un, cette énergie, cette intelligence Une qui a choisit de faire le saut du néant à quelque chose, de l’informe à la forme, de l’Etre au devenir. Je suis, vous êtes, cette motivation unique, cette aspiration dans le cosmos qui s’éveille à lui-même dans la forme d’Anne Ghesquière, la personnalité, le corps esprit d’Anne Ghesquière et le corps l’esprit et la personnalité d’Andrew Cohen. Donc  la personnalité est une coquille à travers laquelle cette énergie et l’intelligence Une se créée elle-même. Je vois tout ce qui se produit depuis cette perspective. Dans cette vision, tout se produit, de Picasso à Einstein, de Bouddha à Adolf Hitler. Depuis une perspective absolue,  c’est tout cela.

Retrouvez Andrew Cohen au premier forum international de l'évolution de la conscience à Paris le 13 Octobre 2012 à la Sorbonne.
 

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