S'ennuyer fait du bien !

Publié le 17 avril 2012 - Mis à jour le 28 novembre 2016
Runneuse, adepte des médecines douces, heureuse maman de 3 filles, aime partager ses expériences et s'enrichir des autres. Team @Femininbio
S'ennuyer peut être positif
S'ennuyer peut être positif
© Pixabay

Dans notre monde super speed, FemininBio a voulu savoir si on avait le droit de s'accorder une pause et d'apprécier la vie à sa juste valeur. On a donc posé quelques questions à Odile Chabrillac (photo), auteur du livre Petit éloge de l'ennui ou le slow côté psycho, aux éditions Jouvence. Interview à savourer !

 

S’ennuyer a-t-il toujours été mal perçu ?
Dans les société occidentales, l’ennui a effectivement toujours eu mauvaise presse. On le considérait comme propre à stimuler les vices et la personne qui osait ne rien faire était considérée comme une charge pour sa famille et pour la société.

Connait-on des sociétés, des peuples qui érigeaient l’ennui comme un art de vivre ?
Comme un art de vivre, non, mais il est clair que de multiples sociétés dites primitives n’ont pas fait de l’hyperactivisme un impératif social comme nous … Ne rien faire pour eux ne signifie pas s’ennuyer mais simplement vivre et « respirer » l’existence. Cela s’apparente davantage à une forme de contemplation qui ne relève pas de l’ennui au sens où nous le comprenons aujourd’hui. C’est toute la distinction que je pose entre le vide vide capable de nous déstabiliser et le vide plein capable d’être vécu sereinement, sans conduite d’évitement.

L’ennui est-il réservé à des privilégiés ?
Pas du tout. L’ennui relève plus de notre aptitude à profiter de la vie telle qu’elle est, sans nous projeter sans cesse dans le futur (ou être nostalgique du passé), que d’une manière de vivre avec l’illusion d’être comblé. L’on peut s’ennuyer de manière tout à fait satisfaisante et sereine sur un banc public, dans une salle d’attente ou dans un RER. L’ennui n’indique pas que tous nos rêves sont satisfaits, il montre juste notre aptitude à sortir de la course contre la montre de notre vie…

Quelle différence faites-vous entre l’oisiveté et l’ennui ?
L’oisiveté définit la personne qui n’a pas d’activité et en particulier pas besoin de travailler pour gagner sa vie. Il est donc possible d’être oisif et de s’ennuyer, ou d’être oisif et de ne pas s’ennuyer. Il est également possible de travailler et de s’ennuyer ou le contraire. Le premier nous parle du faire, de l’agir ; le second de l’être, du sens de sa vie. De nos envies… L’ennui n’est donc pas une question d’oisiveté, mais bien de sens…

Dans nos sociétés super speed, l’ennui fait peur, à votre avis, pourquoi  ? Serait-il finalement associé à la mort ?
L’ennui fait peur car il nous confronte au non-faire. Or l’activité est ce que nous avons effectivement trouvé de mieux pour éviter de penser, en particulier à notre condition de mortel. L’ennui nous aiguille, nous interroge, nous titille sur notre vie, sur nos désirs, sur notre accomplissement, sur nos peurs, sur notre existence. Il nous renvoie à nous-mêmes, et donc au mal-être potentiel que nous portons (aussi).

S’ennuyer, est-ce ne rien faire ?
Pas exactement, car il est possible de faire quelque chose et de s’ennuyer mortellement… S’ennuyer, c’est renoncer à se définir soi-même par ce que l’on fait, pour se tourner vers ce que l’on est. Si l’on fait quelque chose pleinement, si cela a du sens pour nous, que cela nous remplit de joie, l’ennui ne s’invite pas dans notre esprit. Même si dans un premier temps, il est bon de se proposer de ne rien faire, pour ressentir cette notion de vacuité et l’accepter en douceur, l’apprivoiser.

Dans votre livre, vous défendez l’ennui en lui attribuant des bénéfices pour la santé, le moral, lesquels ?
L’immense intérêt de l’ennui est qu’il contribue à laisser émerger du fond de nous-mêmes notre imaginaire, notre créativité, notre réelle identité, et donc aussi nos souffrances, nos peurs, nos questionnements.. S’ils émergent ainsi, en douceur, ils n’auront pas besoin de nous « sauter à la figure » sous la forme d’une maladie, d’une déprime ou d’une dépression… L’ennui sain (car il existe un ennui pathologique propre à certaines dépressions à l’adolescence par exemple) redonne de l’espace à notre monde intérieur, et le désamorce si nécessaire.

Comment apprivoiser l’ennui ?
En douceur, sans volontarisme. Il ne s’agit pas de le rechercher, pas plus que l’on ne cherche la maladie ou la dépression pour leur potentiel d’évolution. Il s’agit juste de ne pas le fuir lorsqu’il s’invite dans notre vie. Et alors de le respirer. Oser se dire, je m’ennuie, et alors ? Je ne vais pas chercher à lutter contre lui, mais au contraire le traverser tranquillement.

Comment faire de l’ennui, un temps pour soi, une parenthèse dans ce monde agité, un moment de connexion avec son moi profond ?
En éteignant la télévision (ou l’ordinateur), en laissant loin de soi tout ce qui est susceptible de nous distraire (téléphone portable, grignotage, lecture en diagonale…), en s’asseyant dans un fauteuil et en attendant. Si c’est trop dur, on peut regarder la trotteuse de sa montre tourner, si c’est encore trop dur, on se fait prêter un chat et on les regarde s’ennuyer avec délectation, ils sont nos maîtres dans ce domaine !

S’ennuyer est-il nécessaire ?
Je pense que l’ennui est nécessaire, je pense que la musique n’a de sens que parce qu’il y a des silences entre les notes. Il en est de même pour notre vie, nous ne pouvons trouver son sens qu’en laissant des moments en vide, en creux, entre des instants d’actions justes.

Stéphanie Jarroux
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Réaction à l'article
Par lunazen le 17 février 2012 à 19h47
A lire !

L'ennui, à vivre pleinement ! Les chats sont merveilleux à regarder, je confirme !

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