Voyage

"J'ai voyagé un an en Asie avec ma famille" : initiation et transmission aux enfants

Publié le 11 septembre 2013 - Mis à jour le 20 octobre 2013
Avocate de formation devenue consultante en développement durable et professeur de yoga, sa passion c'est de faire du bien aux autres et à la planète ! Suivez ses récentes aventures familiales en Asie sur son blog filofiava.wordpress.com !
Eva, Sofia, Laure et Philippe sur une barque rapide en Birmanie dans la région de la minorité Karen / © Philippe Lemarchand
Eva, Sofia, Laure et Philippe sur une barque rapide en Birmanie dans la région de la minorité Karen / © Philippe Lemarchand
© © Philippe Lemarchand

Laure Fourteau-Lemarchand a voyagé avec son mari et ses deux filles de 3 et 5 ans en Asie pendant un an. Fraichement rentrée en France, elle évoque l'expérience initiatique intense qu'elle a vécu en famille et l'importance de la transmission aux enfants.

Notre voyage est parti d'un constat simple : nous vivions dans un stress absolu, toujours à courir après le temps, comme tous les parents qui ont une vie professionnelle bien occupée et des enfants en bas âge. Cette vie n'était pas en cohérence avec ce que l'on prônait et nous voulions en finir avec cette course infernale. 



Un matin, j'ai ressenti ce besoin très fort et me suis dit : "Partons en voyage, coupons avec notre quotidien et ses obligations, et prenons le temps de transmettre nos valeurs à nos enfants". 

Mes deux filles de 3 et 5 ans à l'époque étaient absolument ravies à l'idée que "papa et maman ne travaillent plus" et que l'on soit tout le temps ensemble.

Nous avons passé beaucoup de temps avec elles à regarder des cartes, des mappemondes, des images des peuples Himalayens. Elles ont montré une grande curiosité de cet ailleurs qu'elles ne connaissaient pas et de ces montagnes qui "poussaient les nuages". La durée d'un an ne signifiait rien pour elles. Pour ma plus petite, cela représentait un tiers de sa vie, elle n'avait pas le recul pour pouvoir se rendre compte ! Elles ont donc accueilli l'idée de ce départ avec beaucoup de bonheur et d'excitation.



Première expérience scolaire à la Yongling School de Mcleod Ganj  



Après deux mois de voyage en Inde où j'étais l'institutrice attitrée de mes filles (1h30 d'école par jour), j'ai eu l'opportunité de passer un certificat pour devenir professeur de yoga. Mes journées étaient donc occupées et il est devenu indispensable de scolariser les enfants.

Ma formation se trouvait être à Mcleod Ganj (près de Dharamsala, où vit le Dalai Lama), nous avons donc parcouru la ville à la recherche d'une école et choisit celle qui se présentait à nous. Il ne s'agissait donc pas du tout d'un choix planifié, pour une méthode éducative particulière.

Eva, 4 ans, dans sa classe de maternelle de l'école tibétaine Yongling de McLeod Ganj (Dharamsala) dans l'Himachal Pradesh / © Philippe Lemarchand
Eva, 4 ans, dans sa classe de maternelle de l'école tibétaine Yongling de McLeod Ganj (Dharamsala) dans l'Himachal Pradesh / © Philippe Lemarchand

Nous étions dans cette partie de l'Inde qui est un "petit Tibet", imprégnés d'un monde bouddhiste en plein marasme après les nombreuses immolations de moines pour un Tibet libre. 

Nous souhaitions vraiment que nos filles soient immergées dans cette culture et non dans une école internationale à destination d'enfants d'expatriés. La Yongling School, peu onéreuse, avec une vue imprenable sur les avants-postes de l'Himalaya, nous a paru adaptée.

Elle accueillait des enfant tibétains, pas nécessairement les plus fortunés. Les filles suivaient la classe de 8h30 le matin à 16h30, six jours sur sept. Elles y sont restées deux mois. Une vraie expérience scolaire ! Elles étaient bien sûr les deux seules étrangères de toute l'école et personne ne parlait anglais. 

Toute la méthode éducative et le système scolaire n'y ont rien à voir avec ce que nous connaissons. Trois illustrations me restent particulièrement en mémoire :

  • 

Le système "au bâton", les maitresses corrigent les enfants d'un petit coup de bâtonnet de bois sur la tête, une méthode aux antipodes de ce que j'applique avec mes enfants en France. 


  • Le repas identique tous les midis : riz et dâl mangé à même le sol sur une fine couche de feuilles, avec les doigts. 


  • L'uniforme de rigueur, pour les filles et les garçons.



Nous y avons inscrit nos enfants en nous disant que nous veillerions à leur bien-être et qu'en cas de problème, nous trouverions une autre solution. Il se trouve qu'elles ont adoré, c'est même leur meilleur souvenir du voyage ! 



Ce fut une expérience extraordinaire pour elles comme pour nous. Elles se sont fait énormément d'amis, ont été totalement acceptées, les maitresses se sont révélées excellentes et elles ont beaucoup appris, notamment le tibétain.



Le fait d'être deux a été un énorme facteur d'adaptabilité et de volonté d'apprendre. J'ai été frappé de voir que mes filles, à qui je parle anglais depuis leur naissance, n'acceptaient jamais de répondre en anglais, se sont mises à le parler couramment au moment où nous sommes arrivés en Inde. À l'école tibétaine, il fallait parler tibétain. Et la volonté des enfants de ressembler à l'environnement qui les entoure les a motivées à s'adapter.  



Auroville, Montessori et les enfants des rues, extrait du blog Filofiava de Laure Fourteau  



Mars 2013. Vivant auprès d’une adorable famille tamoule, nous avons joui pour la seconde fois du voyage d’un véritable "chez nous", cocon chaleureux et rassurant, duquel nous avons pu  découvrir et expérimenter la vie aurovilienne.

Une vie entièrement et résolument tournée vers l’apprentissage. Car le fondement d’Auroville est l’éducation. 

Au sens global. Universel. Une éducation qui ne se compartimente ni ne se hiérarchise entre différents sujets, spécialités, expertises, mais perçoit chacun comme une partie d’un tout. Un tout dont l’objectif final est d’éveiller les consciences afin de façonner l’Homme Nouveau. 



L’école Montessori "Le Libre Progrès", dont la mission est d’éduquer et de nourrir 80 enfants des rues avec un manque alarmant de moyens humains et financiers, fut notre premier terrain d’apprentissage à Auroville.



Pour les filles d’une part qui, en tant qu’élèves, seules blanches (et riches) de l’école, ont dû approfondir une fois encore leur capacité d’adaptation, d’apprentissage d’une nouvelle langue (le tamoul), de respect de nouveaux codes… Pour nous aussi, en tant que bénévoles, peintres en bâtiment le week-end et enseignants en vidéo, yoga et français la semaine.

Que n’y avons nous pas appris chacun en respect plus qu’en tolérance, engagement réel plus que bonnes intentions, ouverture plutôt  qu’en condescendance, écoute plus qu’en discours professoral… Devant ces petits êtres toujours souriants, débordants d’énergie et à la surprenante soif d’apprendre, les rôles du sachant vs de l’élève se sont bien souvent inversés…



L’expérimentation des innombrables activités proposées à Auroville fut notre second majeur terrain d’apprentissage partagé avec les filles (car l’école - au strict sens du terme - n’a lieu que le matin pour laisser tout le temps nécessaire l’après-midi à la découverte d’autres formes d’expression et de savoir). 

Comment décrire le sentiment de liberté et de joie durant nos heures quotidiennes de nage dans les eaux salées (et non chlorées) de la piscine en plein air d’Auroville; d’équitation au lever ou coucher du soleil dans le centre fleuri de la Red Earth Riding School; d’apprentissage de la danse indienne dans les salles emplies de petites filles en habits traditionnels ou de l’acroyoga sur les plages de Repos; de balades à moto au coeur des 2 millions d’arbres plantés par les auroviliens pour transformer en jungle cet ancien désert; d’expérimentation de l’apesanteur durant les séances de Watsu; de participation aux mille et uns spectacles, expositions, festivals organisés à Auroville ?  



Comment décrire les yeux curieux et lumineux des filles devant le spectacle permanent et toujours renouvelé qui s’offrait chaque jour à elles ? Leurs progrès, en tamoul, en adaptabilité, en sociabilité, tout autant qu’en brasse coulée, en trot levé ou en danse indienne, furent absolument phénoménaux. 

Oui, j'ai vu mes enfants changer, parvenir à un état de tranquillité sur le monde, de foi en la vie, un goût de l'apprentissage très fort : elles voulaient tout faire, pour être.

J'ai vraiment eu le sentiment d'un passage, d'une transformation intérieure, leur découvrant la capacité de tout apprendre et de tout devenir. Au lieu d'êtres expertisés, elles étaient devenues des êtres globaux. 

Pendant ce voyage, mes filles ont acquis cette parfaite confiance des autres mais aussi d'elles-mêmes vis à vis des autres, ainsi qu'une culture de l'indépendance surprenante pour leur âge. Ce fut une éducation profonde de courage, de vrai respect, d'ouverture et d'intérêt pour l'autre. 



Une éducation expérientielle plutôt que théorique 



De retour en France, mes filles sont ravies de retrouver leur maison et leur famille. Pour elles, c'est comme si le voyage continuait ailleurs et je suis persuadée qu'elles seraient ravies si nous repartions le mois prochain. "Maman, je n'ai peur de rien" m'a même dit ma plus petite.

Le voyage les a rendu résistantes. 

En France, mes enfants sont scolarisées dans une école Stern-Montessori et il était très important pour moi qu'elles puissent tout de même s'adapter à un autre système. L'expérience de l'école tibétaine m'a prouvé leur capacité d'adaptation. 

Pour conclure, je dirai que le plus important fut d'éveiller nos enfants à une éducation expérientielle.

C'est dans l'expérimentation de la pauvreté qu'elles ont compris la gratitude, dans celle de la spiritualité qu'elles ont compris le rapport au divin, puis par l'expérimentation de la méditation qu'elles ont compris que le divin était en elles. 

Plus de théorique, place à l'expérience, qui est la façon la plus simple et ludique d'apprendre, en quittant le système mental dans lequel l'homme et l'éducation se sont enfermés. Mes filles ont appris l'éducation du cœur, de la conscience, de l'empathie, émotionnelle...

Tous ces autres attributs qui permettent à l'homme d'être bien plus riche qu'un expert dans un bureau. 

Si c'était à refaire... est justement une question qui s'inscrit totalement dans le mental. Je n'ai pas fait le voyage, c'est le voyage qui m'a fait. Il a commencé le jour où nous avons lâché prise. Si je recommençais demain, le voyage serait autre, car je me laisserais de nouveau porter, et il m'apporterait autre chose car j'aurais autre chose à en apprendre.

Découvrez tout le périple de la famille Lemarchand sur leur blog Filofiava et la vidéo de leur fille Sofia qui évoque ses sensations à Auroville. 

Crédit photos : Philippe Lemarchand ©

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