Livre

Laurent Gounelle "Ce qui est bon pour mon ego est mauvais pour moi"

Publié le 16 octobre 2014 - Mis à jour le 10 mai 2017
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
Etre gentil, c’est en soi un acte de résistance. La revanche d’Erasme sur Machiavel.
Etre gentil, c’est en soi un acte de résistance. La revanche d’Erasme sur Machiavel.

Bonne nouvelle en ce début d’automne ! Laurent Gounelle revient, avec un nouveau roman fort et interpellant, "Le jour ou j'ai appris à vivre". En philosophe désireux de partager un message positif, il nous invite à travers son personnage principal, Jonathan, à nous mettre en chemin pour apprendre à vivre. Il partage avec FemininBio ses espoirs pour l’avenir de l’Homme mais aussi ses craintes. Une interview inspirante à découvrir sans tarder.

"Le jour où j'ai appris à vivre", sorti le 6 octobre en librairie raconte l'éveil intime de Jonathan, un jeune homme dont le travail et la vie sont remis en question par une crise existentielle. Laurent Gounelle nous parle de ce récit comme d'un écho de sa propre histoire, celle d'une vie dédiée au développement personnel et à la métamorphose de soi.

Anne Ghesquière pour FemininBio : De quoi avais-tu envie avec ce nouveau roman?
Laurent Gounelle : Cela fait quelques années que j’observe une sorte d’individualisme ambiant qui rend tout le monde malheureux. Or, ce qui nous rend heureux, c’est avant tout le lien avec les autres. J’avais envie d’écrire une histoire qui illustre ce lien, de façon positive.

Dans tes romans, on retrouve souvent un initié et un disciple. Est-ce une forme d’enseignement qui te touche particulièrement ?
L. G. : Pendant 15 ans, je me suis formé au développement personnel, essentiellement aux Etats-Unis. A l’origine, je cherchais à acquérir des techniques de communication pour surmonter ma timidité. Et puis, un jour, j’ai rencontré des maîtres, des sages, des chamanes, plus que des professeurs à proprement parler. J’ai découvert qu'ils ne m’enseignaient aucun savoir-faire mais m’apportaient énormément par leur savoir-être, ils rayonnaient. A partir de ce jour, j’ai cessé de vouloir acquérir des techniques, je n’ai plus rencontré des personnes pour une transmission de compétences mais pour un échange de savoir-être.

A-t-on quand même besoin d’une formation ou est-ce que tout est en nous ?
L. G. : Nous avons en nous beaucoup de ressources, encore faut-il savoir y accéder. Je pense qu’il est utile de passer par une phase d’acquisition de connaissance et de compréhension de soi et des autres. J’ai coutume de dire qu’il faut nettoyer le psychologique avant de se connecter au spirituel, c’est-à-dire résoudre ses problèmes avant d’avancer vers une démarche qui nous dépassera forcément à un moment donné. Si on ne le fait pas dans cet ordre, on risque de mettre un gros bouchon sur nos problèmes et ce n’est pas comme ça qu’on trouvera l’éveil.

D'après toi, quand se connaît-on assez bien pour passer à une phase d’éveil ?
L. G. : Je pense que c’est quelque chose que l’on sent en soi, je ne peux pas donner une réponse rationnelle et objective. A un moment donné, on sent dans son évolution que l’on est en paix avec soi-même et que l’on a envie de passer à autre chose. Notre personne nous accapare moins, dans le sens où on est bien dans ses baskets et l’on ne se heurte plus à des problèmes quotidiens... Ou du moins on ne sur-réagit plus aux difficultés que l’on rencontre. Au bout d’un moment, on accepte naturellement d’aller au-delà et de s’intéresser à ce qui nous dépasse.

Aujourd’hui, te sens-tu plus apaisé, en paix avec toi-même ?
L. G. : Je pars de loin, donc il est heureux que je ressente une évolution et que je me sente apaisé aujourd’hui ! En revanche, je suis lucide : je ne suis pas un sage ni un maître ! Je me vois plus comme un philosophe au sens grec du terme, c’est-à-dire quelqu’un qui n’est pas sage, qui le sait et qui cherche à avancer vers la sagesse. J’ai le désir d’aller dans cette direction, vers la vérité, celle de soi, celle du monde. C’est ce qui m’anime dans la vie. Ce n’est pas un objectif à atteindre, c’est un parcours.

Peut-on s'offrir du bonheur en offrant du bonheur ?
L. G. : Je pense sincèrement que ce qui est bon pour mon ego est mauvais pour moi. Il est important de privilégier le moi sur l’ego, de même qu’il est nécessaire de travailler sur soi avant de vouloir se tourner vers les autres. Vouloir se tourner tout de suite vers les autres, c’est risquer de se perdre et de mal répondre aux besoins des autres. Le développement personnel n’est en cela pas égoïste. C’est parce que l’on s’est occupé de soi que l’on peut ensuite s’occuper des autres.

Ne réalise-t-on la valeur de la vie que lorsqu'elle est menacée, comme dans l'histoire de ton livre ?
L. G. : Ce n’est pas un hasard si j’ai commencé à écrire en 2006, après avoir perdu coup sur coup mon père et mon meilleur ami. Dans notre société, on vit dans le déni de la mort. Certes, c’est une perspective qui peut être effrayante, mais il ne faut pas refuser de la regarder en face. Autrefois, les gens allaient au cimetière toutes les semaines, entretenaient les tombes, les enfants participaient et jouaient autour. Ce n’était pas anodin. 

Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Le déni de la mort est partout. Je suis pourtant convaincu que c’est dans l’acceptation de notre mort, la plus grande de nos limites, que l’on peut trouver à apprécier notre vie. Mon roman met en scène le nouvel espace de liberté qui s’ouvre à nous quand on accepte nos limites. Aujourd’hui, il faut souvent le choc d’une maladie grave pour que les gens évoluent et se mettent à voir la vie différemment, voire changent de vie. La prise de conscience de la mort est salutaire et peut-être un déclencheur.

Sans choc, peut-on quand même se mettre en chemin ?
L. G. : J’espère ! C’est aussi pour ça que j’ai écrit ce livre. Mon héros, Jonathan, est quelqu’un qui a une existence ordinaire. Il a un peu la tête dans le guidon, il ne se pose pas de questions métaphysiques. C’est par une rencontre choc qu’il va être amené à  s’interroger sur le sens de sa vie et comment il veut la vivre. On est là pour quelques décennies, et je crois qu’il n’y a rien de pire que les regrets. Demandons-nous maintenant ce qui fera que le dernier jour, nous pourrons dire que nous avons réussi notre vie. 

En écrivant, as-tu ressenti de nouveau cette urgence de la vie ?
L. G. : C’est quelque chose que j’ai toujours en moi, et bizarrement, je le ressens particulièrement lorsque j’écris. Je n’ai pas peur de la mort, sauf quand je suis en période d’écriture : j’ai peur de mourir avant d’avoir fini mon livre ! 

Te retrouves-tu dans le personnage de Jonathan, le héros de ton livre ?
L. G. : Lorsque j'ai commencé à travailler, jeune cadre dans une grande entreprise, ce fut un choc. J'avais le sentiment que ce que je faisais n’avait aucun sens. Aujourd’hui, je dis souvent que j’ai vécu la crise de la cinquantaine à 23 ans : une crise existentielle qui m’a amené à remettre complètement en cause mon orientation et mes choix de vie. 

Les contraintes économiques amènent parfois les gens à accepter une situation qui ne leur convient pas, à se retrouver malgré eux dans une situation de non-choix. La pression de leur travail et de leur entreprise les amène aussi parfois à négocier avec leurs valeurs, à faire des compromis. 

C’est un vrai problème dont on parle peu. Par exemple, mon héros, Jonathan est poussé à mentir à ses clients alors que c’est quelqu’un de tout à fait honnête. Je pense qu’il est vraiment important de respecter nos valeurs, pour notre équilibre personnel et notre santé. La question est de savoir comment le faire malgré les contraintes.

A un moment, Jonathan n’arrive plus à faire de compromis, même si ça fait chuter le chiffre d’affaires de sa société. Peut-on parler d’honnêteté de conscience ?
L. G. : Oui, un jour Jonathan décide d’agir en conscience, ce qui est quand même ce qu’il peut nous arriver de mieux. Et c’est lorsque l’on choisit d’écouter son coeur, sa petite voix intérieure, qu’on est vraiment bon dans ce que l’on fait, qu’on donne le meilleur de nous-même. Dans ce cas, les résultats sont naturellement au rendez-vous. Aller dans le sens de ce que nous souffle notre conscience me paraît essentiel, même si, bien sûr, je ne dis pas qu’il faut se lancer sans filet !

Peut-on agir sur l’état du monde ?
L. G. : Il est facile de montrer que l’état interne d’une personne a un impact sur les autres, dans la famille, dans l’entreprise… On sait l’expliquer de façon tout à fait rationnelle. Mais je pense que cela ne s’arrête pas là. L’état du monde est en quelque sorte la résultante de la somme de nos actes individuels. Chacun de nous, par la façon de se comporter, par ses choix, ses actions, ses paroles, peut avoir un impact positif sur la marche du monde et participer à son amélioration. 

Pourquoi ne cessons-nous de croire que nous sommes incomplets ?
L. G. : L’être humain est complet, mais dans les pays dits civilisés, la société nous pousse à croire qu’il nous manque quelque chose parce qu'elle a intérêt à ce que l’on consomme. Les agences de pub sont très fortes pour créer ce sentiment, elles vont jusqu’à utiliser  les dernières recherches en psychologie pour nous influencer et faire naître en nous le besoin. Ce n’est pas anecdotique, car plus ça va, plus on a le sentiment que l’on est incomplet, qu’il nous manque quelque chose, et plus on est malheureux.
C’est là où il devient utile de faire une retraite, ou tout simplement une marche dans la nature pour se déconnecter de tous ces stimulis externes. 

Est-il possible alors de se libérer de ses désirs ?
L. G. : Oui. Personnellement, j’y arrive particulièrement bien lorsque je suis dans la nature. Là, je n’ai plus besoin de rien. J’ai encore des désirs, beaucoup moins qu’avant, et s’il m’arrive d’y succomber, c’est en conscience. Je lâche énormément prise par rapport à ça. On me demande souvent ce que le succès a changé en moi. Je n’ai pas changé, et mon mode vie est resté le même. J’ai toujours le même appartement, et je n’ai changé de voiture que récemment, et uniquement pour des raisons familiales ! C’est peut-être aussi le fruit de mon éducation protestante qui m’a incité à une sobriété qui me semble dès lors naturelle. 

Dans ton roman, on ressent ton amour pour la nature...
L. G. : La nature m’aide à me ressourcer. J’ai la chance de pouvoir marcher une heure par jour en forêt. J’assimile cela à de la méditation, que je pratique par ailleurs. La nature m’aide à accéder facilement à un niveau de conscience différent. 

Te sens-tu attiré par l’idée de vivre plus profondément dans la nature un jour ?
L. G. : Avec mon épouse, nous serions prêts à aller vivre vraiment en pleine nature. Ce qui nous retient, c’est le système scolaire, qui devient alors plus compliqué. Notre ainée entrera au collège dans trois ans. J’ai une conscience écologique, liée à mon amour de la nature, et je n’ai pas envie de bruler du pétrole pour l’accompagner à des kilomètres de la maison chaque matin. Et il est hors de question de la mettre en internat ! 

Je vis à proximité d’une ville, c’est un équilibre pour être proche de la nature et garder le plus longtemps possible une vie de famille unie, même si je sais que mes filles partiront un jour de la maison.

La forêt amazonienne revient dans ce nouveau roman, on sent que sa destruction est un déchirement pour toi…
L. G. : Oui, c’est quelque chose qui m’obsède, car ça me paraît être une erreur monumentale. Le dire est presque devenu un lieu commun, mais en même temps, la destruction continue à un rythme effréné. C’est une erreur et c’est à tous points de vue désastreux. 

C’est notre mode de vie qui aboutit à la destruction des forêts tropicales, et notamment notre surconsommation de viande et de certains produits agricoles comme l’huile de palme. J’aimerais que chacun en soit conscient et se demande comment, dans son mode de vie, il peut participer à leur sauvergarde.

Pour bien vivre, comment se mettre à l'écoute "des messages chuchotés par notre âme" ?
L. G. : Aujourd'hui, nous sommes assaillis d'informations. Ce n'est pas un problème tant que l'on arrive à se créer un espace à nous. Autrement, on risque de devenir tributaire de ces messages extérieurs, voire dépendant.Il y a un coté addictif à ces stimulis externes, surtout s’ils sont positifs. Mais ces stimulis sont souvent des illusions. Ce n’est pas parce que quelqu’un m’envoie en message que je suis en relation avec lui. 
On conditionne notre cerveau à être de plus en plus attentif à ces messages alors que notre voix vient de l’intérieur. Il faudrait réussir à se réserver un quart d’heure par jour pour rester dans le calme, sans télé, sans radio, sans internet.

Tu parles de ton héros comme d'un « modèle anti-système, un homme libre marchant en dehors des clous, un altruiste au pays des individualistes, un rebelle positif, un rescapé de la névrose collective, un résistant solitaire... »...
L. G. : Je pense que dans ce monde un peu fou, se comporter comme le fait mon héros, c’est-à-dire avec gentillesse et altruisme, c’est un vrai acte de rébellion. Etre gentil, c’est en soi un acte de résistance. La revanche d’Erasme sur Machiavel. 

Dans ton livre, tu te demandes si la réussite est l'apanage des névrosés...
L. G. : J’ai eu 20 ans dans les années 80. La réussite était un mot que l'on retrouvait sur toutes les lèvres. Tout le monde s’y engouffrait. Mais il faudrait se demander ce que l'on entend par là. C'est une notion qui me dérange de plus en plus. Un des sens de la vie est le progrès, progresser dans le sens faire évoluer son âme, sa conscience. Quand on s’inscrit dans cette tendance, on réalise que la notion de réussite est totalement hors-sujet. 

Ressens-tu une pression dans ton travail d'auteur de livres à succès ?
L. G. : On ne me met pas de pression, car je ne me laisserais pas faire ! J'ai eu la chance d’avoir 40 ans passés avant de connaître le succès. A cet âge, c’est plus facile de garder la tête froide...
D’ailleurs je ne me définis jamais comme un auteur à succès, tout simplement car le succès n’est pas mon intention quand j’écris. J’écris pour transmettre un certain nombre de choses qui me semblent utiles pour les gens. Je n’ai pas laissé le succès me détourner de cette mission qui est la mienne. Je suis convaincu que chacun en a une et que l’on est plein pleinement épanoui lorsque l’on réussit à la vivre. 

Quel est ton rapport à la religion ?
L. G. : Ma spiritualité repose sur une vision orientale de Dieu : je crois plus en son immanence qu’en sa transcendance. Je ne vois pas Dieu comme un vieux barbu sur un nuage, extérieur à nous. Pour moi, si Dieu existe, il est en nous, tout comme l'enfer et le paradis. L'enfer, c’est lorsque l'on s’accroche à notre ego. Pêcher, c’est se tromper d’objectif et non une notion de bien et de mal. A l'inverse, le paradis n’est pas dans l’au-delà, c’est maintenant, dans nos conduites, on y accède en exprimant ce qu’il y a de plus beau en nous. 

Tout ce qui nous arrive en bien comme en mal est là pour éveiller notre conscience ?
L. G. : J’en suis assez convaincu. L’un des buts de la vie est de s’éveiller, de faire évoluer son âme. La vie se charge de mettre sur notre chemin les événements et les difficultés qui ont pour mission de nous éveiller, d’éviter que l’on s’endorme dans ce que Pascal appelait "le divertissement", qui découlait selon lui de notre peur de la mort. Je pense que c’est en sortant de ce tourbillon, en quittant ce divertissement pascalien, que l’on éveille son âme. 

"Le jour où j'ai appris à vivre", de Laurent Gounelle. Editions Kero. Sortie le 6 octobre 2014.

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