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Faire aimer les maths aux enfants

Publié le 27 novembre 2015
Les maths peuvent aussi devenir un jeu pour les enfants !
Les maths peuvent aussi devenir un jeu pour les enfants !
© Fotolia

Se passionner pour une matière abstraite, c'est possible. Donner envie de jouer avec les nombres aussi ! La preuve en une rencontre sur les chapeaux de roue avec Muriel Epstein, professeur agrégée de mathématiques et docteur en sociologie.

Rencontrer Muriel Epstein, c'est redécouvrir l'univers des mathématiques. Professeur agrégée de mathé-matiques et docteur en sociologie, elle aime les maths et sa passion est communicative. "L'autre jour, en tombant sur le sujet de mon agrégation, je me suis rappelée pourquoi j'aime les mathématiques : on crée un monde dans lequel jouer", confie-t-elle. Ludiques, les maths ? Oui, et même, si l'on veut, héros d'une épopée fantastique, du moins lorsqu'on a en main les bonnes cartes pour les présenter.
Inventer un monde, inventer des mondes
En écoutant Muriel Epstein, on réalise en effet qu'on peut transformer le calcul et la numération en une aventure digne de Star Wars. Au début, notre monde mathématique est limité aux nombres entiers positifs, de zéro à l'infini, et le calcul à une opération, l'addition. Si l'on introduit la soustraction, certaines opérations sont impossibles.
"Petit, on apprend que 2 - 4, ça n'existe pas. C'est vrai, car notre univers ne contient pas les nombres négatifs". Reste donc à découvrir une nouvelle galaxie, où existent les nombres entiers négatifs. "Ce nouvel univers élargit le champ des possibles. Additions, soustractions et multiplications ne posent plus de problème. Mais on va être bloqué avec les divisions, car elles ne tombent pas toujours juste". L'atterrissage sur la planète des nombres décimaux, les fameux "nombres à virgule" est alors indispensable. Présentées ainsi, les maths ont tout de suite une autre allure. Alors pourquoi se priver de raconter des histoires pour faire aimer les maths ? On peut aussi plonger dans l'Histoire, avec des livres comme Petits et grands mystères des maths d'Anna Cerasoli. 
Trouver une motivation
Si votre enfant dit qu'il n'aime pas les maths, c'est plutôt qu'il n'aime pas ce qu'il fait en ce moment. Rien n'est figé pour l'avenir. "L'envie d'apprendre est naturelle. Si pour répondre à sa question, un enfant a besoin des mathématiques, il va s'y intéresser", affirme Muriel Epstein.Tout est question de motivation. À l'adulte de ruser pour relier les mathématiques à un centre d'intérêt de l'enfant. Ce peut être simplement pour illustrer la leçon ou carrément pour la vivre : " On peut mêler musique et maths, et même danse et géométrie !" s'enthousiasme la professeur. Ainsi la symétrie devient un jeu de miroir à deux et un vecteur, un déplacement latéral sur la scène. Rien de mieux que de passer par le mouvement pour apprendre. Des études montrent qu'on apprend mieux une liste de mots en courant qu'en étant assis à son bureau.
"À mon avis, 100 % des gens sont kinestésistes, souligne la chercheuse. La mémoire primaire, c'est celle du corps, du mouvement. Vous saviez que l'école maternelle est celle où les enfants apprennent le mieux ? C'est aussi le seul niveau scolaire où ils sont autorisés à bouger comme ils veulent !". Alors à la maison, pas d'hésitation : pour apprendre les tables de multiplication, on peut sauter sur le lit.
Tous bons en maths ?
Une chose est sûre pour Muriel Epstein, un enfant n'est pas nul en maths. Bien souvent, il s'agit plutôt d'un blocage. Réussir à le dépasser dépend en grande partie du regard que l'on pose dessus. "Tous les enfants veulent apprendre. Mais si on fait passer le message que l'enfant ne va jamais y arriver, on ne va pas l'aider". C'est ainsi que la maman qui dit "Oh, c'est bien mon fils, les maths, je n'y ai jamais rien compris" ou la maîtresse qui explique "Votre fille est adorable, mais les maths, ce n'est pas son truc" excusent l'enfant sans dépasser le blocage.
Pourtant, les mathématiques offrent un cadre protecteur dans lequel évoluer sans risque. "C'est un univers parallèle, où les règles du jeu sont claires, construites, non modifiables, non risquées et sans réalité", résume Muriel Eptsein en s'appuyant sur les travaux du psychologue Jacques Nimier. L'abstraction des mathématiques protège les enfants, car ils ne sont pas confrontés à une réalité qui pourrait les toucher. "On peut les comparer à un jeu vidéo : qu'on perde ou qu'on gagne, on mangera quand même le soir", résume la chercheuse.
Utiliser la gestion mentale
La gestion mentale est un élément clé pour favoriser les apprentissages. En mathématiques, son utilisation est primordiale car l'abstraction est la force et la faiblesse de cette matière. Les mathématiques sont des concepts qu'il faut réussir à rendre concrets. Un exemple : "2" est abstrait, "2 livres" est concret. Encore faut-il trouver les images qui parlent aux enfants, sachant que chacun a ses référentiels culturels. "Ne pensez pas que jouer à la marchande est un exemple qui parle à tous les enfants, remarque ainsi Muriel Epstein. Peut-être que dans leur boulangerie, il faut mettre l'argent dans une machine qui rend la monnaie toute seule".
La gestion mentale permet aussi de "découper" en étapes une résolution de problème. "Je conseille souvent l'exercice suivant : laissez trois minutes à des enfants pour lire l'énoncé. Puis, entre eux, ils se posent toutes les questions qui leur viennent à l'esprit sur cet énoncé. Quand les questions sont épuisées, l'expérience montre qu'ils ont compris et connaissent la réponse !". En fait, ce jeu de questions-réponses a permis de faire une analyse complète de l'énoncé. Car finalement, "les mathématiques, c'est dufrançais. Quand on a compris un énoncé, on a trouvé la réponse". Ce n'est peut-être pas aussi simple pour tout le monde, mais on se sent déjà plus léger pour sortir le livre de maths du cartable. 

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