Artiste

Bartabas, rencontre avec l'homme-cheval

Publié le 19 janvier 2019
De la jungle tropicale à la jungle urbaine, la connexion à la nature m'est indispensable. Je suis curieuse des possibles pour l'humain.e et des petits bonheurs du quotidien. Chef de projet édito @FemininBio.
"L’inspiration n’est jamais quelque chose d’extérieur, même en ce qui concerne le choix des musiques, des thèmes. Tout vient toujours de l’intérieur."
"L’inspiration n’est jamais quelque chose d’extérieur, même en ce qui concerne le choix des musiques, des thèmes. Tout vient toujours de l’intérieur."
© Philippe Baumann

Fort de son succès, son spectacle Ex Anima est prolongé jusqu’au 3 mars 2019 au Fort D’Aubervilliers. Retour sur le jour où Bartabas nous a ouvert les portes de l’Académie équestre de Versailles, le temps d’une répétition de sa célèbre chorégraphie. Entre émotion et exigence, rencontre avec l’artiste qui a révolutionné le théâtre équestre.

Retrouvez cette interview dans le magazine FemininBio #19 d'octobre-novembre 2018

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Quelle est l’intention, le message du Sacre de Stravinsky ?

C’est un spectacle que j’ai créé il y a dix-huit ans, pour le Théâtre Zingaro, et que je reprends aujourd’hui avec l’Académie de Versailles. À l’époque, il était interprété par des cavaliers, illustrant le clivage entre ceux qui accèdent au cheval, et ceux qui n’y accèdent pas. Ma vision de cette œuvre majeure a évolué, une relecture que je trouve particulièrement intéressante avec des femmes à cheval. Au sol, des hommes, danseurs de Kalarippayatt, l’ancêtre des arts martiaux, né en Inde et basé sur les positions d’animaux. C’est un art très tellurique, avec un puissant rapport au sol. Pour cette nouvelle adaptation, j’ai enlevé toutes les armes, pour revenir à l’origine du mouvement.

Mon interprétation est que les femmes sont les guerrières qui accèdent au cheval, tandis que les hommes n’y ont pas accès. Parmi eux, l’élu, le sacrifié, qui n’a pas de cheval, alors que les autres s’allient aux cavalières en montant en croupe sur scène.

Quel est le défi de cette nouvelle adaptation pour l’Académie de Versailles ?

Pour les cavalières de l’Académie, il s’agit d’un vrai pari, car leur technique habituelle est basée sur l’art du dressage. Celui-ci s’illustre plutôt dans la "Symphonie des Psaumes", en deuxième partie du spectacle. Le Sacre du Printemps, auparavant interprété par les voltigeurs de Zingaro, représente un véritable challenge pour elles, tant en termes de technique que de délai et de conditions de travail. Les représentations ont eu lieu directement avec les 120 musiciens et le chœur de l’Orchestre de Paris, ce qui crée une tension pour les chevaux.

Mon objectif est d’inscrire ce spectacle très chorégraphié, très “écrit”, au répertoire de l’Académie. Ainsi il sera travaillé, afin d’être transmis par la suite aux nouveaux cavaliers. C’est une manière de travailler très différente de ce que nous faisons avec Zingaro, où chaque spectacle est conçu sur mesure pour des gens et des chevaux, puis est amené à disparaître avec ses interprètes.

Pourquoi avoir choisi de reprendre cette œuvre-là en particulier ?

Pour plusieurs raisons. Le Sacre du Printemps est la première musique écrite contemporaine que j’ai utilisée pour Zingaro. Selon moi, elle est l’œuvre du XXIe siècle, même si elle fut écrite un siècle plus tôt. Elle aurait pu être composée hier tant elle est encore complètement contemporaine (ce ballet a fait scandale lors de ses premières représentations, en 1913, tant il était "d'avant-garde", ndlr). Cette pièce majeure est hors du temps !

Avec Le Sacre du Printemps, Stravinsky est revenu aux origines de la tradition russe, portée par l’animisme et le chamanisme. Ce ballet comporte des rythmes très proches de l’animal, et c’est ce qui m’intéressait. Enfin, je voulais reprendre cette chorégraphie qui fut un immense succès dans le monde entier (New York, Los Angeles, Moscou, etc.). Cette fois, seules cinq représentations ont eu lieu à Paris, et c’est ce qui est si particulier au travail de l’Académie.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer l’Académie en 2003, alors que vous aviez acquis une telle notoriété avec le Théâtre Zingaro ?

Zingaro, c’est une histoire de relation au cheval. Celle-ci a évolué sur trente-cinq ans, jusqu’à présenter des chevaux complètement en liberté, sans cavaliers, dans le dernier spectacle, Ex Anima. C’est un aboutissement que j’ai qualifié d’ultime, car c’est peut-être la fin d’une démarche, le signe que j’ai tout épuisé et ouvert pas mal de voies. Les chevaux étaient à notre service depuis trente ans, ce fut à nous de les servir dans ce spectacle dont ils sont les acteurs, les vedettes, et nous, les simples marionnettistes. Je me sens comme arrivé au bout d’un cycle.

L’Académie, elle, représente une rigueur de corps de ballet et le défi d’inscrire l’art équestre comme un art majeur, tel que la danse ou la musique.

Est-ce pour vous le moment d’une transition entre création et transmission ? Oui, c’est la raison pour laquelle j’ai créé l’Académie en 2003. Cette transition est typiquement illustrée ici par la reprise du Sacre, puisqu’il s’agit de la transmission d’une chorégraphie mise en scène pour Zingaro. C’est une grande première pour moi, et aussi un pari. Car si la chorégraphie humaine est écrite et simple à appliquer, il me faut adapter le travail à la morphologie et à la force féminine, le tout avec des chevaux relativement récents à l’Académie.

D’où vient l’énergie de votre inspiration si unique ?

Elle vient de beaucoup d’endroits à la fois, notamment de là où l’on en est de notre relation aux chevaux. Mais une chose est sûre, elle naît toujours de “l’outil de travail” qu’est le cheval. L’inspiration n’est jamais quelque chose d’extérieur, même en ce qui concerne le choix des musiques, des thèmes. Tout vient toujours de l’intérieur.

Ce que je vais chercher dans les musiques du monde, ce n’est jamais un pays, c’est une respiration. Il ne s’agit pas d’illustrer une culture, mais de chercher le rythme qui correspond à chaque mise en scène.

Le site de l'Académie de Versailles
Le site du théâtre équestre Zingaro

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