Zero waste

Sabrina Grasso, de Kufu: "Avant, j'achetais pour combler un vide"

Publié le 27 juillet 2017
Directrice des opérations de FemininBio, j'ai souvent faim de riz, de gorgonzola et de nuoc-mâm (non, le mélange n'est pas convaincant). Mais j'aime aussi croquer à tout ce qui touche au monde du bio, du développement durable et des médias, tant print que digital.
Sabrina Grasso, créatrice des sacs upcyclés Kufu
Sabrina Grasso, créatrice des sacs upcyclés Kufu
© Aldo Paredes

Avec Kufu, sa marque de sacs et pochettes conçues à partir de tissus récupérés et de coton bio des Vosges, Sabrina Grasso, 29 ans, s'est lancée dans l'aventure du zéro déchet. Elle raconte son parcours d'ex-graphiste et d'adepte du minimalisme.

A 29 ans, après avoir vécu à Nice, à Valence, à Londres, à Paris, à New York, Sabrina Grasso s'est installée à Lyon imaginant sa marque, Kufu, autour de produits "upcyclés pour une génération zéro déchet".
Chez FemininBio, on a tout de suite accroché avec la philosophie de cette jolie entreprise, qui propose des sacs, cabas, pochettes à vrac, fabriqués à partir de chutes de tissus récupérées chez des créateurs locaux lyonnais, mais aussi de coton bio certifié, produit dans les Vosges.

Vous êtes une adepte du "zéro déchet" depuis longtemps ? 

Non. J'étais graphiste depuis 10 ans, ayant sévi dans des magazines, des agences de com, ou dans la photographie. J’adorais le côté créatif du métier, mais j'avais beaucoup plus de mal sur la finalité de mon job, notamment quand je bossais sur de la grande consommation. Et puis il y a eu ce fameux hiver 2015 : j'ai vu le film Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Un véritable électrochoc : je n'étais pas une nana écolo dans l'âme, loin de là, et j'ai reçu ce jour-là une grande baffe. 

C'était la révélation : je réalisais combien chaque geste est précieux pour l'humanité, et à quel point la surconsommation me minait. Avant, j'étais la première à acheter des objets inutiles, des vêtements, des gadgets en grandes quantités.

Je consommais beaucoup pour combler un vide. L'acte d'achat me semblait procurer du bonheur. Puis une fois l'euphorie retombée, on se rend compte que ledit objet est pourri, mal fabriqué, et qu'il va créer plus de déchets. Je ne m’étais encore jamais posé de questions sur mon comportement de consommatrice. J'ai donc entamé un grand tri pour avoir un intérieur et un mode de vie minimaliste. J’ai vendu 90% du contenu de mon appartement. 

J’ai aussi alors compris ce qui me chiffonnait vraiment dans ma profession. C'était le fait d'encourager, voire de forcer les gens à acheter. 

Un aperçu des produits Kufu. 

Outre le film Demain, comment vous êtes-vous documentée sur le "zero waste" ? 
Ma copine Tiphaine, qui écrit le blog Tiff In Lyon, m'y a beaucoup aidée, tout comme les bouquins de l'association Zero Waste. J'ai aussi visionné le documentaire de France 2, du journaliste Donatien Lemaître, Ma vie zéro déchet- il y racontait sur un ton léger et pédagogique les 6 mois durant lesquels il a expérimenté son mode de vie de Parisien, père de famille, désireux de réduire sa production de déchets. 

Ca n'a pas du être si aisé, non ? 
Le plus dur, c’était de me détacher de ma bibliothèque qui regorgeait de livres. Aujourd'hui, je me limite à une vingtaine de livres que j’achète d’occasion puis que je revends.
Aussi, je n'ai pas vu grand monde durant cette période, car je montrais une facette nouvelle de ma personnalité. 

La pochette à vrac en éditon limitée conçue avec Laetitia du blog Le corps, la maison, l'esprit. 

Et Kufu est ensuite né... 
"Kufu", c'est un mot japonais qui signifie "faire avec les moyens du bord". A partir de janvier 2016, j'ai imaginé ce projet. Je pratiquais de la couture depuis l’âge de 12 ans - je prenais des cours avec des grands-mères à Romans-sur-Isère !  Je faisais des vêtements pour moi à l'époque. Et j'ai voulu mettre cette passion au service de la planète et d'une vraie philosophie de vie. Je mobilise de jeunes créateurs locaux, des fournisseurs de tissus biologiques, des couturières non professionnels qui me donnent leurs chutes de tissus, puis tout est cousu à la machine. Ce qui donne des objets durables, à utiliser au quotidien, en alternative aux sacs ou contenants plastique. Depuis avril 2016, j'ai ainsi vendu plus de 6000 produits et entamé des collaborations très enthousiasmantes. J'ai travailllé avec Laetitia, du blog Le corps, la maison, l'esprit, autour d'une pochette à vrac en édition limitée - pour chaque exemplaire vendu, 1 € est reversé à l'association "Pour une vie plus simple", dans le but d'acheter des vélos à des orphelins du Maroc.

Décrivez-nous votre rêve en matière de zéro déchet. 
J'espère vraiment que le mouvement va se  démocratiser davantage. Un jour, j'aurai peut-être la chance de voir des gens utiliser des pochettes à vrac Kufu dans les allées des grandes surfaces ? Ou bien de constater que des youtubeuses beauté adeptes de L’Oréal prennent le réflexe de se démaquiller avec les cotons de ma marque ? 

Le site de Kufu
Produits disponibles en ligne ou chez des revendeurs à Nantes, Paris, Reims, Lyon...
Prix : entre 5 et 35€ les pochettes à vrac, les sacs pour les courses, les cotons démaquillants. 

A lire : 
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