Hypnose

L'hypnose contre douleur, souffrance et inconfort, par le Dr Jean Becchio

Publié le 11 juillet 2013
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
L'hypnose a une action sur tout ce qui est douleur, souffrance et inconfort
L'hypnose a une action sur tout ce qui est douleur, souffrance et inconfort

Il aurait dû devenir professeur de sport, mais il est devenu médecin généraliste spécialiste de l’hypnose après s’être formé à l’acupuncture. Désormais, le docteur Jean Becchio partage son temps entre ses patients et ses étudiants en France et à l’étranger.

Pourquoi l’hypnose ?

À 26 ans, je suis allé en Chine où j’ai rencontré un médecin traditionnel qui avait une approche particulière de l’acupuncture : très peu d’aiguilles et surtout, une façon de parler qui ressemblait à une mélopée, une poésie. Il ne connaissait pas le terme d’hypnose, mais j’ai compris qu’il avait recours à la suggestion. De retour en France, je m’y suis intéressé et cela a transformé ma vie. Ma formation à l'hypnose a apporté une autre dimension à mon métier. Quelques années après, j’ai découvert les soins palliatifs et j’ai vu l’utilité de cet outil qu’est l’hypnose.

Qu’est-ce que l’hypnose ?

J’aime dire que l’hypnose n’existe pas. Personne ne peut captiver l’autre par le regard et lui donner des ordres. Par contre, l’autohypnose existe. C’est un processus qui est en nous. Lorsqu’on l’active, il se passe des modifications entre la commande supérieure du cerveau et le corps ou inversement et on peut le transformer par la suggestion. Les transformations induites agissent sur le problème que l’on veut résoudre. Ainsi, si c’est une douleur, elles ont un effet analgésique. Dans des cas psychologiques, elles peuvent permettre de gérer l’anxiété, de regonfler une personne en dépression ou de casser le cycle d’une phobie. 

Est-ce un état de conscience modifié ?

Pendant longtemps, on a défini l’hypnose par la négative : ce n’est pas un rêve, ce n’est pas l’éveil... Maintenant, on sait que c’est un processus spécifique qui ne demande qu’à être activé pour être mis au service de l’individu. On se demande d’ailleurs si les peuples comme les Indiens d’Amazonie ne sont pas naturellement dans ce processus hypnotique activé car ils ont un meilleur rapport corps/esprit, ils réagissent mieux et plus vite. Dans le monde occidental, nous nous fermons à ce processus : parce que nous sommes en sécurité, nous n’avons plus besoin d’être attentifs. On perd donc cette expertise, on a moins d’immunité, non seulement face aux maladies, mais aussi psychologiquement, pour faire face aux obstacles de la vie. 

Est-ce une question de posture de conscience ?

Sûrement. On peut être protégé mais avoir une posture de conscience orientée vers la nature. Les barrières artificielles que l’on se met nous isolent de la nature, du sol, nous empêchent de regarder autour de nous. Cette posture de conscience tournée vers la nature est importante pour que le processus d’autohypnose ne se désamorce pas.

Finalement, comment qualifiez-vous l’hypnose ?

Je parle de processus qui s’active. C’est une des facettes du processus de la vie : c’était là avant, c’est là maintenant, ce sera là après. Longtemps, on a parlé d’un état, mais cela signifie qu’il fallait appuyer sur un bouton pour le déclencher et donc, cela sous-entend une sorte de pouvoir de l’hypnotiseur. Ce n’est pas du tout le cas. L’hypnose est quelque chose que l’on active soi-même. Elle est présente de façon permanente, mais elle varie dans son intensité.

Concrètement, qu’est-ce que ce processus ?

On ne sait pas encore le définir. Tout est encore théories et hypothèses. Mais on sait appliquer la technique qui le déclenche et on peut l’observer physiquement, par exemple grâce aux mouvements involontaires des yeux, et plus encore grâce aux nouvelles technologies médicales comme l’IRM qui montre clairement des modifications qui se produisent dans le cerveau. En tant que clinicien, voir que mes patients vont mieux après une séance me suffit. On est à la limite de l’explication et il ne faut pas entrer dans des explications farfelues. Cependant, mettre un sens à la conscience est important : chacun a des ressources en soi.

Y a-t-il une énergie particulière ? Peut-on la contacter à distance ?  

Il y a une énergie. Certains en ont une vision spirituelle. En tant que scientifique, je préfère dire que je ne sais pas ce que c’est. Mais je constate qu’il y a quelque chose. Je m’intéresse effectivement au phénomène de l’action à distance, notamment l’intuition. Je pense qu’un contact à distance n’est pas impossible. Les physiciens nous le prouvent : lorsqu’on coupe un atome en deux, si l’on fait tourner une partie de l’atome, l’autre tournera dans le même sens, même si elle est très éloignée. Le lien est réel. Et s’il existe entre des éléments matériels comme les atomes, alors l’ensemble matériel que nous représentons peut réagir, interagir. C’est de l’ordre de l’inexpliqué, de l’inexploré mais du possible. 

Quelle hypnose pratiquez-vous ?

L’hypnose vient du chamanisme et a évolué jusqu’à ce que Franz Anton Mesmer s’intéresse au magnétisme animal. Lorsqu’il quitte la France, ses élèves prennent la relève et font évoluer ses théories. Finalement, le Marquis de Puységur se focalise sur le somnambulisme.

Mais c’est en 1843 que les choses se précisent : en Ecosse, James Braid montre que la suggestion entraîne un état d’hypnose. L’hypnose connaît alors un énorme succès dans tout le monde occidental. Elle entre dans les hôpitaux.

La France suit une trajectoire particulière car tout se cristallise lorsque le docteur Charcot, à la Salpêtrière, pose le dogme selon lequel l’hypnose fonctionne très bien, mais seulement pour les hystériques. Après sa mort, l’intérêt pour l’hystérie décroissant, l’hypnose se perd.

Mais dans le reste du monde occidental, elle continue à se développer. Entre les années 50 et 70, l’Américain Erickson propose les notions d’auto hypnose et de responsabilité du patient. On ne parle plus d’état de conscience modifié mais d’état de transe, on travaille beaucoup sur les mots, les images : en état d’hypnose, le cerveau prend les idées au premier degré.

Aujourd’hui, l’hypnose clinique est une médecine qui se base sur l’hypnose ericksonnienne, mais également sur les résultats cliniques et les récentes découvertes en neurosciences.

Quels sont les résultats de l’hypnose ?

L’hypnose a été reconnue en 2000 par le Mayo Clinic Proceedings. Elle est utile pour traiter la douleur, aussi bien chronique qu'aigüe, les troubles névrotiques comme la dépression, l’anxiété, les troubles du sommeil, les maladies dermatologiques à la limite du psychosomatique comme l’ezcéma, les douleurs fonctionnelles de l’estomac par exemple, les addictions, notamment l’alcool, et les troubles de la sexualité. En fait, elle a une action sur tout ce qui est douleur, souffrance et inconfort. Elle n’a aucun effet sur ce qui est viral ni sur les cancers. Par contre, elle peut atténuer les effets secondaires des chimiothérapies et favorise une meilleure immunité.  

Comment se déroule une séance type ?

La première étape est de laisser un temps d’harmonisation, de faire connaissance. C’est important car l’inconnu fait peur, ce qui nuit à la relation qui doit être quasi-fluidique. Lorsque la confiance est installée, je commence à parler de la raison de cette rencontre. Par les mots, j’accompagne le patient de façon à ce qu’il arrive à passer d’une idée subjective de sa douleur à une idée objective, à passer de mots à des images. La rencontre se base sur l’échange, le dialogue, j’use de métaphores qui amènent le patient à changer, je suggère par les mots que j’emploie. Lorsque le processus d’hypnose est enclenché, je place mes "médicaments", mes mots en fait, et on avance ainsi jusqu’à la fin de la séance.

Quels sont les liens avec les autres thérapies brèves ?

L’hypnose fait effectivement partie des thérapies brèves, au même titre que la sophrologie, la PNL ou l’EMDR par exemple. Il n’y a pas du tout de lutte avec ces médecines. La différence, c’est que nous avons avec nous la science, l’évaluation scientifique. Il y a plus de 12 000 études sur l’hypnose. C’est loin d’être le cas pour les autres thérapies brèves, mais on peut espérer que cela se développera. 

Quel est l’avenir de ces médecines ?

Je sens un changement, il y a une belle évolution en cours et cela me plaît. Lorsque j’ai ouvert mon diplôme universitaire d’hypnose il y a huit ans, j’avais trouvé 20 élèves intéressés. Pour la rentrée 2012, j’ai reçu 200 demandes et cette année, nous sommes en mai et j’ai déjà plus de 250 demandes ! C’est le signe que mes collègues ont compris que les patients veulent autre chose.

Nous allons connaître les limites des médicaments. Certains sont utiles, comme les antidépresseurs, les antibiotiques, la morphine, les antalgiques ou ceux qui ont des visées hormonales. Mais le Vidal fait aujourd’hui 12 cm d’épaisseur. Il pourrait n’en faire qu’un. Il y a un nombre incroyable de médicaments inutiles voire dangereux.

De nouveaux scandales vont éclater dans le futur, je pense que les prochains concerneront les anti-cholestérols et les antidépresseurs…

Retrouvez plus d'informations sur le site de l'AFHyp, Association Française d'Hypnose, cofondée par le Dr Jean Becchio et trouvez des réponses à vos questions en lisant le livre "Nouvelle hypnose psychodynamique" de Jean Becchio et Charles Joussellin aux éditions La Méridienne. 
 

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