Pollution

Pollution en ville : faut-il arrêter de respirer ?

Publié le 4 avril 2014
Ludivine Ferrer est la Directrice de l’Association Santé Environnement France (ASEF), qui réunit plus de 2 500 médecins en France. Spécialisée dans l’information en santé-environnement, l’association travaille sur divers sujets tels que la qualité de l’air, l’environnement de l’enfant, la biodiversité ou encore l’alimentation.
Pollution aux portes de Paris, mars 2014 ©Claire Seznec
Pollution aux portes de Paris, mars 2014 ©Claire Seznec

Au mois de mars, les Français ont presque regretté le beau temps qui s’est accompagné d’un nuage de pollution sans précédent - et il faut bien avouer que la marque du masque à gaz lorsqu’on bronze n’est pas très glamour….

Comme jamais, les grandes villes ont été irrespirables. A Paris, métros, bus et Vélib' ont été gratuits pendant près d’une semaine et on a même fini par opter pour la circulation alternée. Et depuis qu’est ce qui a changé ? ll a plu et le vent s’est levé… Largement assez pour que plus personne ne se préoccupe de ce nuage toxique pourtant à la une des journaux il y a encore quelques jours.

Pourtant, les nuées de particules reviendront, c’est sûr. Alors, comment faire pour ne pas se trouver fort dépourvu une nouvelle fois ? Eléments de réponses. 

Nuage de pollution responsable de maladies respiratoires

Oui, il l’est. La pollution de l’air est une sorte de cocktail composé principalement de gaz (oxydes d’azote, benzène, etc.) et de poussières (particules fines). Toutes ces substances aux noms poétiques sont principalement produites par l’industrie, nos modes de chauffage, et surtout par… le trafic routier. 

Du point de vue des médecins de l’Association Santé Environnement France, il y a effectivement de quoi s’inquiéter. Asthme, allergies, toux chroniques, mais aussi évènements cardio-vasculaires voire cancers, sont autant de pathologies liées à la pollution de l'air et notamment aux particules fines. C'est un véritable enjeu de santé publique qui représente à lui-seul entre 15 à 30 % de maladies cardio-vasculaires et respiratoires. 

"Ce sont souvent les pics de pollution qui font la une, mais c’est surtout la pollution chronique du quotidien qui est le vrai gros problème. En effet, chaque jour de l’année, vous prenez votre petite dose de polluant : dans le métro, dans votre voiture, dans la rue. Et, toutes ces petites doses mises bout à bout coûtent très chères en terme humain, mais aussi à la Sécurité Sociale, puisqu’on estime les dépenses de santé liées à la pollution entre 800 millions et 1.5 milliards d’euros", regrette le Dr Patrice Halimi, Secrétaire Général de l’Association Santé Environnement France. 

Développer les transports en commun 

Le problème majeur, c’est que la pollution de l’air nous impacte tous, mais qu’elle ne peut se résoudre qu’avec des mesures collectives. C’est donc une question particulièrement complexe à résoudre dans notre société actuelle. Ce qui est certain, c’est que pour que nous acceptions d’abandonner nos voitures, il est indispensable que nous ayons conscience de la pollution, mais aussi que nous puissions opter pour une alternative au moins aussi efficace. La plupart des gens ne choisissent pas tel ou tel transport parce qu’il est le moins polluant (sinon tout le monde marcherait), mais parce qu’il est le plus rapide, le plus pratique. 

Le développement de transports en commun efficaces est donc une condition sine qua non à la limitation de ces nuages noirs. 

Aérer tôt le matin, éviter les routes, protéger les enfants, ne faites pas de sport

Maintenant, que vous savez que les alertes pollutions se reproduiront, vous vous demandez ce qu’on peut faire pour minimiser les dégâts, quand le nuage est là… 

En cas de pics, tout le monde est concerné, mais certaines personnes doivent prendre plus de précautions que les autres. C’est le cas des enfants, des femmes enceintes, des personnes ayant une maladie respiratoire ou cardiaque, ou encore des personnes de plus de 65 ans. 

  • D’abord, il est conseillé d’aérer très tôt le matin ou très tard le soir, afin de ne pas faire entrer chez vous les polluants extérieurs. 
  • Ensuite, il faut éviter au maximum la proximité des grands axes routiers – notamment si vous promenez bébé en poussette. Ce conseil vaut aussi bien pour les piétons que pour les automobilistes, car, contrairement à ce que l’on peut imaginer, les habitacles de nos voitures sont aussi pollués. 

Une étude récente d’Airparif a même montré que les automobilistes étaient nettement plus exposés à la pollution atmosphérique que les piétons, et ce, même à proximité des grands axes ! Pour limiter au maximum l'invasion dans votre habitacle, évitez de rouler derrière des camions, bus ou vieilles voitures, et aérez bien dès que vous vous trouvez dans des zones non-polluées ! 

  • Enfin, autre recommandation importante : remettez à plus tard votre jogging. En effet, un sportif respire jusqu’à dix fois plus d’air qu’une personne sédentaire. En inhalant plus d’air, il absorbe aussi plus de polluants et en subit donc les effets de manière plus accentuée. Même chose pour les enfants : pas de foot ou de trottinette ces jours-là. Enfin, si vous avez des problèmes cardiaques ou respiratoires, il est recommandé de consulter votre médecin traitant pour adapter votre traitement à ces journées toxiques. 

Voilà, vous savez tout sur ces nuages qui noircissent le cœur de nos villes (et de leurs habitants). Espérons que nos représentants prennent rapidement conscience de l’urgence... à moins que bientôt, on nous annonce que pour un plein d'essence acheté, on nous offre une dose de Ventoline® ? 

Retrouvez toutes ces informations en détails sur le site de l’Association Santé Environnement France.

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