Ecole

Comment faire en sorte qu'un enfant reste motivé dans le système scolaire classique ?

Publié le 16 septembre 2014 - Mis à jour le 17 septembre 2014
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
"Plus mon désir de voir mon enfant être motivé est important, plus le sien va diminuer." Marie Quartier
"Plus mon désir de voir mon enfant être motivé est important, plus le sien va diminuer." Marie Quartier
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En tant que parent, on a à coeur que notre enfant soit motivé par l'école, qu'il se réveille chaque matin enjoué à l'idée de retrouver sa classe, ses profs, ses amis. Pourtant la réalité est parfois différente. Notre experte Marie Quartier a répondu à nos questions.

Marie Quartier est agrégée de lettres modernes, thérapeute, diplômée en psychothérapie brève et stratégique. Elle a accepté de répondre à nos questions sur la bonne posture à adopter pour aider son enfant à s'épanouir à l'école. 

Sur FemininBio, on parle souvent d'éducation alternative mais la grande majorité des enfants français sont scolarisés dans l’éducation nationale. Alors comment faire en sorte qu’un enfant reste motivé dans le système scolaire classique ?

Marie Quartier : Le premier écueil serait de vouloir à tout prix qu’il soit motivé : la motivation n’est pas quelque chose que l'on peut décider à la place d'un autre. Dès que notre souci de voir notre enfant motivé devient trop présent, on risque de tomber dans des interactions qui ne lui laissent plus vraiment la liberté de choisir d’être motivé ou pas. Et on risque un effet de vase communicant entre le désir et la motivation : plus mon désir de voir mon enfant être motivé est important, plus le sien va diminuer. 

Pour qu’un enfant reste motivé dans le système scolaire classique, je pense qu’il faut s'attacher à plusieurs choses. 

D’un point de vue de la relation entre parents et enfants, permettre à son enfant de ne pas être toujours motivé (pour tous les cours, tous les jours, à toutes heures sur tous les sujets et avec tous les enseignants) de choisir ce qui le motive.

La motivation est quelque chose d’extrêmement personnel, c’est ce qui vous fait bouger, c’est le moteur qui vous fait avancer. C’est également quelque chose d'émotionnel car lié au plaisir. Selon les personnalités, chacun a une façon différente de gérer son plaisir, et nous avons tous un plaisir à la clé dans la motivation.

Ce raisonnement peut-il vraiment s'appliquer chez un enfant ?

M.Q. : Certains enfants ont assez tôt ce genre de raisonnement. Le plaisir d’obtenir une valorisation par des bonnes notes par exemple. Mais dès que l'on sent que le plaisir est absent, il faut être conscient qu’on n’obtiendra pas cette motivation d’une autre manière.

Parfois, il faut pouvoir assouplir la contrainte et l'ambition sur l’enfant. Avec certains enseignants, il se sentira motivé parce qu'il aura une bonne relation. Avec un autre, ça ne passera pas : l’enfant sera démotivé. A ce moment là il faut être prudent, ne pas se braquer à tout prix. Accepter qu’il y ait des temps morts, des années perdues, où l’enfant n’a pas envie. Quand on ne dramatise pas, on ne crée pas de problème. Dans le cas contraire, on risque de dégrader la relation entre nous, entre l’enfant et l'apprentissage, et de le dégouter. C'est dommage, car les choses auraient pu passer et le plaisir renaitre au contact d’un nouvel enseignant.

Le jugement qui est porté sur la démobilisation, la démotivation des élèves est souvent beaucoup trop radical. Et si on l'affinait en évitant de passer à coté des vrais motivations ?

Ensuite, lorsqu'un enfant est très découragé par le système scolaire, il est important de pouvoir construire avec lui des solutions alternatives. La clé c'est "avec lui" et jamais "contre lui" dans une logique de punition. L'enfant doit être acteur, et il ne le sera que s'il éprouve du plaisir, et le sentiment qu’il est capable d'agir. 

Comment le rendre acteur de son choix ?

M.Q. : Je réponds en partageant mon expérience de mère. Ma fille était mauvaise en orthographe, mais elle écrivait volontiers de petits textes. Personnellement, comme je suis très prudente, je ne lui faisais aucune remarque sur son orthographe, laissant cette partie à l'enseignant, qui est dans la bonne posture pour le faire. Je me disais qu’elle avait du plaisir à écrire, et que par conséquent l'orthographe viendrait tout seul. Ce qui compte pour tous les parents, c’est de voir la joie de son enfant à créer et à s’en réjouir.

Donc rester dans son rôle de parent, et ne pas vouloir prendre le rôle de l’enseignant, c'est ça la bonne attitude... 

M.Q. : Absolument, et c’est difficile pour les parents. Parce que souvent les enseignants leur demande de prendre leur rôle à la maison : suivre, contrôler, corriger… Je ne suis pas d'accord avec cela. Le parent doit s’intéresser aux apprentissage, à ce qui se passe dans la vie de son enfant, mais d’une autre manière.

Bie sûr, si l’enfant lui demande de lui faire réciter sa leçon, c’est totalement différent, car le parent répond à une demande. Mais il ne doit pas s’imposer comme tel. Cela génère des conflits et abime la relation parent-enfant. 

La question "faire en sorte qu’un enfant reste motivé dans le système classique", sous-entend que ce système démotive forcément. Y a t-il quelque chose en particulier qui engendre le mal-être ou la démotivation à l’école ?

M.Q. : Ce système a plusieurs visages. Au cours de sa scolarité, un enfant va croiser des professeurs différents, et avec un peu de chance il y en aura quelques-uns avec lesquels il aura une relation qui pourra être constructive pour lui. 

En revanche, il est vrai qu’en France, notre pédagogie est souvent dévalorisante. Au lieu de noter ce qui a été appris, on va noter ce qui ne l'a pas été. On crée la division entre les élèves en ne favorisant pas, par exemple, le travail en commun et l’entraide. Se sentir dévalorisé par son professeur ou rival avec ses camarades peut créer une souffrance relationnelle.

Le livre La fabrique de la défiance (éd. Albin Michel) décrit bien ce système français, cette pédagogie qui ensuite, se retrouve en entreprise. On induit la défiance au lieu de la confiance ou la collaboration entre les gens. Sur ce point, notre système mériterait d’être analysé et modifié en observant ce qui se passe dans les autres pays. Cela tient à un état d’esprit spécifique, individualiste, que nous avons en France.

Dans les pays scandinaves par exemple, le système scolaire fonctionne de manière plus heureuse, et l'état d’esprit est globalement plus civique que dans notre pays. Il est donc urgent de changer ce qui construit notre société de demain ! 

En tant que parent on se dit "qu'est ce que je peux faire de concret ?"

M.Q. :  A mon sens, si l'on sent que son enfant se démotive, il est nécessaire d'en discuter avec lui et de lui faire vraiment confiance sur sa capacité à résoudre le problème. Le responsabiliser et ne pas lui donner l’illusion qu’on va tout régler à sa place. Il faut pouvoir lui montrer que visiblement, ce qu’il vit à l’école ne lui plait pas, être à ses cotés, écouter son analyse à lui, et voir ce qu’il propose pour se sentir mieux.

Si l’enfant sent que les parents prennent les choses en mains et décident à sa place, alors il va vraiment se sentir incapable et c’est le début de la démobilisation totale.

Il semblerait qu’auparavant, les parents se positionnaient du coté de l'enseignant tandis qu’aujourd’hui les parents écoutent plus leur enfant en prenant son parti… Ce comportement accentue-t-il le problème ?

M.Q. : Je pense que c’est effectivement un comportement très dangereux, parce qu’il donne l’illusion à l’enfant que les parents vont régler le problème à sa place. On est entré dans une époque où l’on protège énormément nos enfants, et en les protégeant, on les dévalorise et on les démobilise, car on ne les laisse pas gérer leurs problèmes eux-mêmes. 

Mais le comportement précédent n’était pas non plus optimal pour l’enfant...

M.Q. : D’après notre analyse systémique, on considère que c’est un peu la même chose de protéger son enfant en protestant contre une mauvaise note, que de lui donner une paire de claques quand il a une mauvaise note. On intérfère dans les deux cas dans la relation entre l’enseignant et l’enfant, soit pour contrer l’action de l’enseignant soit pour la renforcer.

Quand on renforce la punition de l’enseignant par une punition à la maison, on décrédibilise aussi l’enseignant. Cela sous-entend que la punition de l’enseignant n’est pas suffisante. Résultat, l’enseignant n’a plus vraiment de poids et d’importance, alors que sa punition était adaptée, suffisante et contextuelle.

Il est préférable d'être dans une écoute active quand notre enfant nous parle, sans essayer de régler le problème à sa place et sans rajouter son grain de sel dans une action qui doit se passer sur le terrain auquel il appartient, à savoir le terrain scolaire.

Donc pour conclure, l’enfant est un être relationnel, et tout le relationnel de notre vie adulte se construit dès l’enfance. Ainsi en tant que parent, c’est ce qu’il faut sauvegarder et entretenir.

M.Q. : Oui, je pense que les aspects relationnels et émotionnels sont extrêmement importants dans les apprentissages, et qu’il ne faut donc jamais perdre de vu leur qualité. On ne peut pas ambitionner une progression dans l'apprentissage avec une dégradation de l’aspect relationnel et/ou émotionnel, cela ne fonctionne pas. Ceci est valable pour les parents comme pour les enseignants. Un enseignant ne peut pas apprendre des choses à ses élèves en ayant une relation dégradée avec eux.

En revanche, préserver la qualité de la relation avec l’enfant, ne signifie pas prendre en charge ses difficultés et ses choix à sa place. Au contraire, c'est le laisser assumer ses difficultés, ses erreurs et être à coté de lui pour répondre à ses demandes, sans décider à sa place. J'ai conscience que c’est une posture très difficile à tenir pour les parents, parce qu'elle demande une énorme confiance en l'enfant.

.... Qui nous renvoie à notre manque de confiance en nous !

M.Q. : Effectivement, on se rend compte quand on analyse les peurs des parents que souvent, ils s’identifient soit eux-mêmes à leur enfant, soit à un membre de la famille qui a vécu des choses difficiles. Et ils ne veulent surtout pas que leur enfant tombe dans les mêmes pièges. Mais en agissant ainsi, ils ne leur permet pas de partir "vierge" dans la vie.

L'experte :

Marie Quartier est agrégée de Lettres Modernes, diplômée de l’Institut Gregory Bateson en thérapie brève systémique et stratégique. Elle a enseigné pour des classes de collège et de lycée, de la 6ème à la terminale, ainsi qu’à l’Université, et s’est trouvée confrontée aux problématiques de souffrance scolaire, tant des élèves que des enseignants. Psycho-praticienne et formatrice, elle reçoit à la fois en consultation généraliste et en consultation spécialisée sur la souffrance scolaire.

>> Pour une expérience de lecture optimisée, retrouvez cette article dans votre magazine IPad de Septembre 2014 

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