Film

En quête de sens : rencontre avec Marc de la Ménardière

Publié le 13 février 2015
Dans le monde du business, malgré une apparente réussite matérielle et sociale les gens sont souvent malheureux. Les personnes que j'ai cotoyées lors de mon voyage étaient riches d’amour, pas d’argent.
Dans le monde du business, malgré une apparente réussite matérielle et sociale les gens sont souvent malheureux. Les personnes que j'ai cotoyées lors de mon voyage étaient riches d’amour, pas d’argent.

Confrontés aux dérives du matérialisme ambiant, Marc et Nathanaël ont parcouru le monde à la recherche d’une nouvelle philosophie de vie. Riche d’enseignements, le film En quête de sens retrace leur aventure aux confins de la sagesse humaine.

C’est le skate à la main et le sourire aux lèvres que Marc débarque dans le café du XXème où nous avons rendez-vous. Sa bonne humeur matinale est contagieuse et il en vient vite au cœur du sujet : son étonnant voyage intérieur de l’Inde à l’Amérique. Marc est curieux et ouvert d’esprit. Ce sont ces deux qualités qui l’ont mené en quête de sens pour le plus grand bonheur des spectateurs que nous sommes. Avec passion, il nous parle de son périple, de son film et de ses projets pour l’avenir. 
« En quête de sens » c’est avant tout une belle histoire d’amitié ?
Nathanaël est un ami d’enfance. On s’était perdus de vue depuis des années quand un jour il a décidé de venir me voir à New-York. Il venait de finir un film sur la gestion collective de l’eau en Inde.  Mon entreprise tentait de faire de l’eau en bouteille un produit de luxe. Nos souvenirs de vacances à en revendre n’ont pu cacher ce fait : on vivait sur deux planètes opposées. 
Pour lui, mon métier n’avait pas de sens. De mon côté je me posais des questions sans  pour autant remettre en cause mon mode de vie. En partant il m’a laissé quelques documentaires qui dénonçaient la financiarisation de la nature et la destruction de notre environnement. C’était le déclic. J’ai réalisé que  la cupidité de quelques uns mettait en péril notre avenir à tous. Et je faisais partie de ce système matérialiste qui exploite et marchandise le vivant !
Comment as-tu vécu cette révélation ?
Ce fut un bouleversement, j’ai ressenti le besoin impérieux de changer. Le problème ? Je savais qui je ne souhaitais plus être mais j’ignorais qui je voulais devenir. J’étais en pleine introspection, quand je me suis dit que cette recherche de sens pourrait en intéresser d’autres que moi. J’ai parlé de tout ça à Nathanaël qui était en Inde, et c’est là qu’on a eu l’idée du film. On a tout de suite été d’accord : il fallait dépasser l’impasse anxiogène du fatalisme et faire un documentaire qui parle des horizons possibles pour l’humanité. On voulait créer quelque chose de positif, qui donne aux gens l’envie d’agir, pas de se tirer une balle. 
Il doit y avoir un sacré contraste entre le monde des affaires dans lequel tu évoluais et l’univers que tu as découvert lors de ton voyage...
Dans le business, malgré une apparente réussite matérielle et sociale les gens sont souvent malheureux. Les richesses qu’ils possèdent finissent par les posséder.  Je vois la cupidité comme une maladie : on a beau tout avoir on en veut toujours plus. Nos possessions changent notre rapport à l’autre. La peur s’installe, peur de perdre son confort, peur de ne pas être apprécié pour qui l'on est vraiment. Les personnes rencontrées au fil de mon voyage étaient lumineuses et exemplaires, elles étaient riches d’amour, pas d’argent. Sans chercher à me convaincre, elles me donnaient envie de leur ressembler. Elles exprimaient totalement leur potentiel ce qui est à la fois intrigant et destabilisant. Dans ce monde où la vérité est sans cesse détournée corrompue et manipulée, elles incarnaient le sens.
Quelle rencontre t’a le plus marqué ?
C’est impossible à déterminer. Chaque rencontre m’a donné une petite clé de compréhension du  monde et de moi-même. Vandana Shiva, Pierre Rabhi, Satish Kumar et tous les autres m’ont ouvert la voie vers plus de cohérence, plus de joie, plus de paix intérieure. A chaque fois, il y a eu une vraie révélation. Notre posture n’était pas celle de journalistes qui bouclent une interview en une heure. On vivait avec les personnes qu’on rencontrait, on développait un lien sincère et une complicité telle, qu’on en oubliait la caméra.
Tu as quand même quitté un travail prometteur à New-York pour partir à la recherche d’une philosophie de vie. Ca du être compliqué d’expliquer ça à ton entourage … 
Mes proches étaient perplexes et inquiets pour moi. Mais peu à peu, ils se sont faits à l’idée. Le plus dur c'est d'arriver à se libérer des craintes et des projections de notre entourage. On est tous des explorateurs. On veut parcourir le monde et se découvrir. Mais on a peur d’être jugés en lâchant le confort financier si valorisé dans nos sociétés. C’est ce qui nous empêche de prendre des risques et d’être vivant. La question qui revenait toujours quand je suis rentré c’est « maintenant comment tu vas gagner de l’argent ? ».
Finalement le soutien est surtout venu de l’extérieur. Des gens que nous ne connaissions pas nous ont accueilli chez eux, nous ont prêté des bureaux, nous ont aidés pour l’étalonnage, le montage, la production du film. Ce fut une belle leçon d'interdépendance et de coopération.
Un vrai mouvement a été initié autour de votre film qui a été financé entièrement par le crowdfunding, tu t’y attendais ?
Non, on a un peu halluciné. On demandait 12 000 € et la mobilisation a été telle qu’on en a eu  40 000 ! Dans la distribution aussi on a voulu couper les intermédiaires. Et les gens participent ! Ils sont nombreux à solliciter les cinémas près de chez eux pour qu’ils passent notre documentaire. Le film nous dépasse, il touche des personnes de tous âges et de toutes conditions sociales. C’est devenu un outil pour le débat. Dans un contexte de peur et de crise la question du sens est au cœur des consciences, c’est une question centrale pour rester sain d'esprit.
Que faire à notre niveau pour changer les choses ?
Il y a entre 1 et 2 millions de travailleurs pauvres en France. Tout le monde n’a pas le temps ni les ressources nécessaires pour partir à la recherche d’un mode de vie alternatif. Par contre, on peut tous réfléchir à notre conditionnement, repenser les normes, les évidences et les paradigmes philosophiques qui dirigent notre société et régentent notre existence. La révolution est intérieure.
Un autre axe du pouvoir citoyen c'est de prendre la responsabilité de nos actes de consommation. Face à un simulacre de choix politique, la bonne utilisation de notre pouvoir d’achat est le moyen d'affirmer nos valeurs en soutenant ceux qui favorisent un monde écologique et solidaire.
A la fin du film tu cherches un emploi pour subvenir à tes besoins. Le philosophe indien Satish Kumar te recommande alors de te créer un travail sur mesure, as-tu réussi ? 
Pour Satish Kumar les êtres humains sont plus que de simple machines à faire de l’argent. Il nous engage à créer un mode de vie qui nous ressemble et dans lequel on se reconnait.
En parallèle du film je me suis formé à l'agriculture biologique pendant quelques mois, puis Nathanaël et moi avons créé l'association de production Kamea Meah .
On espère ainsi pouvoir continuer à mettre nos questionnements en images. Mais l’idée n’est pas non plus de s’enfermer dans des concepts, on voudrait s'impliquer dans des initiatives locales. Lorsque l’effervescence du film se calmera, on aura plus de temps pour élaborer nos plans futurs. Aujourd'hui nous profitons pleinement des riches moments que ce projet nous offre et comme nous dit Satish à la fin du film, "La confiance est la clé".

Rendez-vous sur le site En quête de sens pour plus d'infos sur le film et sur les projections près de chez vous !

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