Femme engagée

Les Miss Terriennes : Linda Bedouet, de la ville aux champs

Publié le 25 janvier 2019 - Mis à jour le 13 février 2019
Rédactrice chez FemininBio et cofondatrice de la chronique "Miss Terriennes". Amoureuse des mots, de photo, et passionnée par les alternatives éco-citoyennes. Rêve d’un monde rempli d'amour et de houmous.
"Ce métier rétribue comme aucun salaire ne peut le faire [...] : la récompense, que tu as participé à créer, est d’une beauté incroyable."
"Ce métier rétribue comme aucun salaire ne peut le faire [...] : la récompense, que tu as participé à créer, est d’une beauté incroyable."

Finaliste de la Miss Bio 2016, Linda soutenait son association F.M.R pour développer sa ferme en permaculture. Ancienne commerciale, elle est aujourd'hui responsable du réseau Fermes d'Avenir et vient de sortir son deuxième livre. Interview d'une transition personnelle et professionnelle plus qu'inspirante !

Linda est rayonnante et c'est contagieux. J'en garde encore des séquelles : en retranscrivant ses mots, je souris... Merci Linda.

J’ai remis en question ma vie pour me tourner vers ma passion : la permaculture !

Avant de me lancer dans cette incroyable aventure, j’ai travaillé 10 ans dans l’immobilier commercial, aiguisant mes compétences de communicante. Je me suis tournée vers l’agriculture, levier très important pour le climat mais aussi pour reconnecter les gens. L'alimentation, la reconnexion avec la Pachamama, la Terre-Mère... je suis métisse franco-péruvienne, alors c'est quelque chose qui résonne fort en moi.

Avant j’étais carriériste, avec une énergie finalement très masculine

J’avais un certain confort de vie, j'étais entourée de gens qui gagnaient beaucoup de sous. Productivité, envie de pouvoir, d’argent… je visais ces faux objectifs qu’on a tendance à se fixer dans ce monde capitaliste. Au fond de moi, je n’étais pas du tout épanouie. J’ai vraiment vu ce monde de l’intérieur et réalisé que ce n’était pas celui à travers lequel je voulais évoluer.

J’ai dû me forcer à lâcher prise pour sortir de ce monde-là

Je suis partie juste avant de faire un burn-out. J’ai entrepris un énorme travail sur moi pour changer mes objectifs de vie. En commençant par remplacer mes valeurs “masculines” par les valeurs féminines de générosité, de partage, de don de soi et d’équité. Puis, j’ai dû accepter que changer de vie impliquerait d’avoir moins de pouvoir d’achat et, forcément, de perdre des liens.

J’ai réalisé qu’avant je voulais plaire aux autres, aujourd’hui c’est à moi que je veux plaire, avec mes valeurs

J'ai compris qu'il faut être bien dans ses bottes  - de paysanne ou non - pour avoir de bonnes relations, saines et positives. Désormais, je me concentre sur ce que je peux donner plutôt que sur ce à quoi je ressemble. Et en fin de compte, j’ai gagné en qualité d’entourage. Dans ce nouveau milieu, j'ai toujours été guidée.

Apprendre à se passer du futile, c’est une vraie démarche.

Quand je me suis retrouvée dans une chambre de bonne, avec un revenu d’étudiant et le projet de monter une ferme, ça m'a demandé de réinventer ma vie avec un nouveau budget. Par exemple, mes achats de vêtements ont réduit drastiquement. Pour autant, je suis restée très féminine et je fais attention à moi. Je choisis mieux, sans être dans l’excès.

>> A lire sur FemininBio : Défi zen : désencombrer chez soi

D'ailleurs en ce moment je suis enceinte, alors je dois trouver des habits “adaptés à mon calibre” (rires), du coup je privilégie des pièces en matières naturelles nobles, qui durent longtemps et que j’utiliserai même après ma grossesse. Tout achat est bien réfléchi.

J’ai observé ceux qui vivaient différemment, dans des fermes agroécologiques

On s’aperçoit que ce qui compte le plus dans la vie n’a pas de valeur marchande excessive, et qu’on peut vivre équilibrement avec un petit revenu. Ça demande de faire plus de choses soi-même : cuisiner, cultiver, réparer, coudre...

Je me suis ensuite lancée dans la création de ma propre ferme en permaculture !

En formation à la ferme du Bec-Hellouin en Normandie, j’ai rencontré Edouard qui m'a confié son envie d'en monter une. Moi, j’avais mes compétences d’entrepreneuse et de communicante. On s’est mis en couple et on l’a créée ensemble. Je me suis investie dans cette aventure pendant 5 merveilleuses années. En plus de mon activité de maraîchère, j'ai reçu des journalistes, je me suis impliquée dans plein d’assos, j'ai écrit un livre...

J’ai voulu partager mon expérience de cette véritable science, en tant qu’ex-citadine

J’ai fait plusieurs métiers dits intellectuels et, très honnêtement, le maraîchage en fait partie. Ça demande d’être hyper-transversal en termes de compétences. Dans mon précédent livre Créer sa micro-ferme : permaculture et agroécologie des éditions Rustica, j’explique tous les éléments à prendre en compte : gestion administrative, conditions météo, demande des clients...

>> A lire sur FemininBio : Permaculture & agroécologie

En plus de devoir constamment passer du coq à l’âne (de la compta au compost), il y a un jargon spécifique et autant d’itinéraires culturaux que de variétés cultivées. Le rythme de travail et la charge mentale sont conséquents. Et la nature ne s'arrête jamais.

Notre salaire c’est l’abondance

Si cette activité est extrêmement prenante, elle rétribue comme aucun salaire ne peut le faire. C’est pour ça qu’on tient d’ailleurs : la récompense, que tu as participé à créer, est d’une beauté incroyable. Tu la touches, tu la goûtes, tu la sens et la partages avec d’autres personnes qui te disent que c’est bon.. une reconnaissance que je n’avais jamais eue dans le travail auparavant.

Il faut absolument soutenir cette nouvelle génération d’agriculteurs en permacutlure

Ce métier est souvent mal payé par rapport à la difficulté et l’art que c’est. Le système agricole français est encore hermétique à nos profils, c’est à nous de nous débrouiller. Et la nouvelle génération qui se lance en “perma”, c’est l’avenir de l’agriculture. Il faut absolument les aider et aussi témoigner de la beauté de ce métier, inspirer et rassurer. C'est ce que je fais aujourd'hui, en tant que responsable du réseau Fermes d'Avenir.

Et particulièrement les femmes

Je rencontre énormément de femmes qui hésitent à monter leur ferme, par peur d’échouer ou parce qu'on entend souvent que c'est un "métier d’homme". Il faut montrer que d’autres femmes ont réussi en agriculture. Les ouvrages témoignant d’expériences féminines dans ce registre sont extrêmement rares. C’est pour ça que j’ai écrit un nouveau livre “Néo-Paysannes” aux éditions Rustica, recueil de 10 témoignages, dont le mien. 

>> A lire sur FemininBio : "Néo paysannes, 10 femmes engagées témoignent" : livre à découvrir

Aux lectrices : il y a deux chemins, celui de l’amour et celui de la peur

On ne doit pas renoncer par peur. Si on sent l’énergie au fond de soi, ce sentiment qui nous appelle, il faut déposer le mental et y aller. En quelque sorte, c'est ça qu'on appelle se reconnecter à sa spiritualité. Ne plus être dans l’avoir, mais cultiver le lien et l’être. Non plus dans l’accumulation des choses, mais dans le développement des liens. Et ensuite enraciner ses rêves, tout faire pour que ça marche et bien se préparer aux défis de ces métiers.

Infos 

 

Abonnez-vous à FemininBio en version papier ou pdf ou achetez notre dernier numéro en kiosque ou en magasin bio près de chez vous !

 

Articles du dossier Les Miss Terriennes
Envie de réagir ? Je prends la parole
Déjà membre? Je me connecte ou Créer mon compte