Femme engagée

Clotilde Bato, la militante écologique qui défend les paysans et le climat

Publié le 27 février 2019
Rédactrice pour FemininBio, fondatrice du projet BuyTheChange. Amoureuse des mots, de photo, et passionnée par les alternatives éco-citoyennes.
"il faut transiter vers un modèle qui protège l’environnement et la biodiversité : l’agriculture est une vraie réponse"
"il faut transiter vers un modèle qui protège l’environnement et la biodiversité : l’agriculture est une vraie réponse"
© Chloé Guilhem

Directrice générale de l'association SOL, trésorière du collectif "Pour une autre PAC" et présidente de "Notre affaire à tous", Clotilde Bato revient sur son parcours singulier. Militante multi-casquettes, elle nous raconte avec passion ce qui la pousse à mener tous ces combats.

Ecouter Clotilde parler suffit à ressentir cette énergie incroyable qu'elle met au service des causes qui la font vibrer. Merci Clotilde pour cet échange boostant et inspirant. Voici son portrait.

Plus jeune, j'ai d'abord voulu être chanteuse lyrique, puis diplomate

Je n’avais pas prévu de travailler dans le milieu associatif, j'étais chanteuse professionnelle de mes 17 à mes 21 ans. Mais je vibrais également pour l'Inde - passion transmise par mes parents - et j'étais très attirée par le milieu de la culture, alors j'ai arrêté le chant pour devenir attachée culturelle. J’ai donc étudié à l’INALCO, où j’ai appris l’hindi et préparé les concours de diplomatie internationale.

Après être partie en Inde, j'ai changé d'avis

Lorsque j'ai été au contact de diplomates, je me suis aperçue que le métier n’allait pas me plaire et ai choisi de me réorienter : j'ai passé ma dernière année d'études à Londres, dans la School of Oriental and African Studies qui prépare entre autres aux métiers des ONG internationales.

Par la suite, j'ai pris la direction de l'association SOL 

Après 6 années de bénévolats en Inde, mon père a co-créé SOL en 1980 avec deux amis pour soutenir le développement rural du pays. En 2006, il menait différents projets et commençait à fatiguer. Avec mon jeune âge et mon peu de bagages, je ne me sentais pas prête à reprendre l'asso. Je suis repartie en Inde en tant que chargée de mission, afin de développer des projets sur le terrain et me former.

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En revenant en France, j'ai été chargée des projets basés en Asie ; puis, au fur et à mesure, j’ai commencé à suivre le travail global et la stratégie de SOL, jusqu’en 2010 où j’ai pris la direction.

Je faisais très jeune et j'ai appris à avoir confiance en moi

Pour vous donner un exemple : au Ministère des Afffaires étrangères, on me prenait pour une mineure. Devenir directrice a été très formateur : j'étais jeune, femme et en plus la fille du directeur. J’ai dû rapidement développer ma confiance en moi.

En partant d'un constat tragique, j'ai donné un nouvel élan à l’association SOL

Depuis 39 ans, SOL appuie des projets locaux sur le terrain, afin d'autonomiser des petits paysans, de subvenir à leurs besoins essentiels et de les revaloriser face à la société mondiale. J'ai apporté une dimension nouvelle en partant d'un constat ahurissant : à travers le monde, ils sont les premieres victimes de la pauvreté et de la faim. Lutter contre cette injustice est devenue mon combat personnel. 

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Les citoyens sont sensibilisés à la perte de biodiversité, mais pas à ces faits : notre population compte moins de 2% de paysans et l'un d'eux se suicide tous les deux jours. Je me suis donnée pour mission de sensibiliser la société aux enjeux de ces acteurs qui nous font vivre.

SOL fait partie du collectif "Pour une autre PAC" dont je suis trésorière

L'association SOL est également membre de collectifs qui mènent des campagnes de plaidoyer, qui font du "lobbying environnemental" en d'autres termes. Avec 34 autres organisations (paysannes, environnementales, de consommateurs, de bien-être animal et de solidarité internationales), nous avons monté le collectif "Pour une autre PAC" afin de proposer une réforme de la Politique Agricole Commune et de sensibiliser les citoyens aux enjeux agricoles et alimentaires qui les concernent directement. 

On tient aussi un stand au salon de l'agriculture où l'on essaye également de mobiliser les agriculteurs conventionnels aux enjeux environnementaux.

On vient de lancer la campagne éco-citoyenne « Tablons sur nos paysans »

Avec pour mission de sensibiliser le grand public aux différents rôles des paysans ; au-delà de nous nourrir, ils participent à créer des emplois, à préserver l’environnement, les paysages ou encore à dynamiser son territoire. L'objectif : impliquer les citoyens, développer les débats locaux sur les enjeux de la PAC et appeler chacun à voter aux élections européennes pour un pacte agricole et alimentaire européen.

SOL est à l’origine de l'idée de cette campagne ; chaque membre du collectif peut porter un projet, qui ne peut être validé sans l'aval des 35 organisations : on ne peut pas faire plus démocratique.

L'initiative est appuyée par des Youtubeurs

Avec la vidéo de Nicolas Meyrieux ou encore un futur appel à l'action de Partager C’est Sympa. A cela s'ajoute la diffusion 10 portraits de paysans français qui présentent leurs rôles, contenus réalisés par la journaliste Laurie Debove (qui travaille notamment à la réalisation du J-Terre). Et nous offrons un kit d’action qui permet d’organiser un débat chez soi, bientôt téléchargeable sur le site.

Cette politique agricole commune (PAC) nous concerne tous

C'est un peu comme l’Affaire du Siècle : on a réalisé qu’il y avait une urgence climatique, mais il y a aussi une urgence agricole. Le modèle agro-industriel mondial est à bout de souffle et ne peut pas répondre aux enjeux environnementaux et sociaux (exemple : la faim). Pour résoudre notre crise planétaire, il faut notamment transiter vers un modèle qui protège l’environnement et la biodiversité : l’agriculture est une vraie réponse.

J'ai pris la présidence de « Notre affaire à tous »

L'association qui a porté le projet de l'Affaire du siècle d'attaquer l'Etat en justice. Marie Toussaint devant quitter la présidence pour favoriser son travail dans la politique, on m'a proposé de prendre la suite. Comme beaucoup d'entre nous, je suis animée par l’urgence climatique, d'autant que mon père est collapsologue de la première heure.

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En tant que directrice de SOL, c'était aussi l’occasion de faire le lien entre les mouvements de justice climatique et ceux des paysans, premiers touchés par le changement climatique. De plus, beaucoup de femmes constituent cette association et je trouve que c'est important de le valoriser.

Mon conseil aux femmes qui veulent être actrices du changement

C’est un vrai choix de vie, mais ça s'équilibre. Je suis avant tout militante et travailleuse sociale : c'est ce qui me fait avancer et rebondir après des échecs. Mais je m’autorise à avoir des moments pour moi et ma famille (je suis maman de deux petits enfants). Quand je broie du noir, je me rappelle qu’on ne vit qu’une fois. Ces deux choses me font tenir : ma passion et le fait de pouvoir me recentrer auprès de ma famille, mon pilier.

Deux lectures que je recommande :

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus d'infos 
Le site de l'association SOL : ici
Le site de "Notre affaire à tous" : ici
Le site du collectif "Pour une autre PAC" : ici

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