Culture au féminin

Les Maasaï font appel au féminin sacré pour s'accomplir dans leur vie

Publié le 5 septembre 2018 - Mis à jour le 6 septembre 2018
Ecrivain, coach de vie, anthropologue politique et expert des peuples premiers, notamment au sein du GITPA (Groupe International de Travail sur les Peuples Autochtones), Xavier Péron a été maître de conférences à La Sorbonne et à l’Ile de La Réunion, et auteur de nombreux articles et ouvrages sur les Maasaï ainsi que deux films documentaires.
Le feminin sacré crée l'union chez les Maasaï
Le feminin sacré crée l'union chez les Maasaï
© Ray Rui/unsplash.com

Dans la culture maasaï, les aspects masculin et féminin sont complémentaires et permettent de s'accomplir au quotidien. Xavier Péron fait le parallèle avec le football pour nous l'expliquer, comme dans son dernier roman "Tu ne peux pas presser la déesse en lui donnant un coup de coude" paru aux éditions Eyrolles.

Ecrire un roman alliant le foot et la Spiritualité d’un peuple premier pouvait à première vue paraître comme une idée incongrue. Mais, pour moi, ce fut tout au contraire comme une évidence, la suite logique d’une démarche de vérité visant à toucher mes lectrices et mes lecteurs au plus intime de leur intelligence intuitive et émotionnelle ; la Spiritualité maasaï étant fondée, non pas sur des certitudes ni des dogmes, mais sur des relations intenses et des valeurs humaines fondamentales, telles que j’ai aussi pu les vivre dans le football .

A lire sur femininBio: Le Féminin Sacré selon la sagesse Maasaï

1. Le football, une sagesse au cœur des réalités humaines

Dans mon roman initiatique, je n’ai certes pas cherché à passer sous silence le fait que le football qui est joué dans le monde professionnel est devenu un spectacle à part entière avec tous les excès que cela suppose, et que le joueur professionnel est devenu une « marchandise », une icône rétribuée sur son image publicitaire.
Mais, il n’est pas que cela, loin s’en faut. J’ai surtout voulu montrer la valeur d’exemple incontournable d’un grand joueur, d’un champion auquel on a envie de s’identifier, dans sa relation avec lui-même, avec ses coéquipiers et avec le public.

Une valeur qui ne s’obtient qu’à travers une ascèse de l’entraînement, la régularité, l’obstination dans l’effort et la volonté, la générosité et les actes répétés de bienveillance ; une gloire qui ne s’obtient par conséquent qu’en ayant eu le courage et la foi de devenir soi-même, en apprenant également davantage dans la défaite que dans la victoire, et en grandissant avec les blessures et les épreuves.

Quelle communion, quelle explosion de joie lorsqu’un but est marqué ! Respecter le public est son devoir. Sa mission : celle d’offrir, par sa performance et son abnégation, une grande joie à celle ou à celui qui est venu au stade, afin qu’elle –ou qu’il- en parte transformé(e), plus confiant(e) et plus heureuse -ou heureux-.
Nourri de ces valeurs, il manifeste comme le supporteur, comme tout joueur passionné, un bonheur sans fin à jouer. De la joie et de l’allégresse, n’est-ce pas cela le sel de la vraie vie ?

2. Le féminin sacré chez les Maasaï : la clé concrète du bonheur d’être en vie

Dans mon roman, le héros, Skender Murati, footballeur comblé au Paris Saint-Germain, a tout sur le plan matériel, belles voitures, belles maisons, belles femmes, et pourtant il lui manque l’essentiel : il n’est pas heureux ! Son mal-être rejaillit d’ailleurs sur son jeu : il ne marque plus et ses conquêtes amoureuses lui laissent un goût amer ! Puis, au contact d’un jeune Maasaï, il se transforme intérieurement, découvre l’amour de soi et des autres, et trouve un but à son existence.
En réalité, il n’a fait qu’appliquer au quotidien le Féminin Sacré.

Nous, en Occident, avons depuis des générations l’habitude de vivre dans la séparation entre l’esprit et la matière, entre le corps et l’esprit, au point que la division est devenue le moteur de notre mode de pensée.

Contrairement au dualisme, qui a pour conséquence de créer un climat d’opposition permanente, les Maasaï sont à des années-lumière de penser que la vie est un champ de bataille où chacun apprendrait à se débrouiller seul et agirait pour son seul bénéfice, lui faisant mener une vie insatisfaisante et dépourvue de sens. Or, il n’y a que des contraires, mais ils ne sont pas antagonistes.

Le terme Maasaï lui-même dérive du mot ilmao (les « jumeaux ») faisant référence à l’observation que toutes les choses sont reliées entre elles pour former des paires d’éléments complémentaires. Ils perçoivent ainsi les deux mondes, masculin et féminin, comme étant incomplets. L’unité en soi ne pouvant s’accomplir qu’en mettant en pratique une troisième catégorie : le Féminin Sacré, réceptive des réalités profondes du monde sacré de la femme, source de vie.

Plus les Maasaï avancent en âge, et plus ils se féminisent, au sens où ils acceptent pleinement et entièrement leur sensibilité, au plus près de la fragilité en mouvement de la Vie. L’équilibre est atteint en faisant preuve de fragilité et de vulnérabilité tout en restant conscient de sa force. Pee memodayu ! (« pour ne pas être idiots ! ») diraient avec humour mes amis Maasaï.

3. Le féminin sacré chez les footballeurs

Le footballeur est capable de donner le meilleur de lui-même lorsqu’il a fait le chemin de la  rencontre avec celui qu’il est au plus profond de son Être. C’est le travail de l’accueil de ses failles, de ses fragilités et de ses forces au travers des épreuves de la vie, du terrain, des efforts, des échecs, des victoires...

Cette introspection le rend  alors capable d’exprimer sa douceur, sa générosité et sa propension à vouloir aider, à se mettre au service du jeu collectif. L’objectif n’est plus de se mettre en avant mais d’avancer ensemble vers un but commun avec les autres joueurs et le public. Il agit avec toute son intelligence émotionnelle qu’il a appris à écouter avec une grande confiance et qui lui permet d’être relié aux autres et à l’univers. C’est là toute la force intuitive, l’ouverture,  la rondeur et la douce détermination  du féminin sacré. Il ne craint pas d’affronter les autres pour obtenir des changements bénéfiques pour la communauté tout en restant respectueux à son égard et à celui des autres.  Il sait enfin qu’il est inutile de prouver sa force en écrasant et en dominant les autres.

Sa force est devenue celle de la connaissance intime de la part divine qui est en chacun de nous. C’est le joueur qui est centré, dans l’écoute de son être et de ses coéquipiers, celui qui s’enthousiasme, animé par la flamme du don de soi, à l’instar du beau et bon jeu. Ce sont de tels joueurs qui deviennent des symboles, qui, par leurs attitudes, leurs paroles, donnent envie à d’autres jeunes de se dépasser, d’aller de l’avant et procurent des émotions fortes au public, parce ce qu’ils sont vrais, en accord avec eux et avec ce qui est.

Ces footballeurs là ont harmonisé leur part de masculin et leur part de féminin, ce sont des hommes entiers qui ont refermé leur propre cercle. Pour les Massaï ils ont atteint le féminin sacré, cette troisième catégorie qui fait de l’homme un être accompli.

 

> Lire le dernier ouvrage de Xavier Péron, un roman intitulé : « Tu ne peux pas presser la Déesse en lui donnant un coup de coude ! », qui vient de paraître aux éditions Eyrolles.

Xavier Péron est écrivain, coach de vie, anthropologue politique et expert des peuples premiers, notamment au sein du GITPA (Groupe International de Travail sur les Peuples Autochtones).  Il a été nommé en 2000, Democratisation Officer-médiateur au Kosovo (ex-Yougoslavie), après les frappes de l’OTAN et a utilisé avec succès la méthode maasaï de résolution des conflits basée sur l’Amour Universel, dans ses réunions de réconciliation entre Serbes, Albanais et Roms. Son livre "Tu ne peux pas presser la Déesse en lui donnant un coup de coude !" fait partie de la sélection livre du magazine Fémininbio #17 Juin-Juillet !

 

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