Lecture engagée

Planète Végane: rencontre avec Ophélie Véron

Publié le 6 juillet 2017
Ophélie Véron, végane convaincue
Ophélie Véron, végane convaincue
© Thomas Graindorge

On n'a pas fini d'entendre parler d'Ophélie Véron, Miss Bio 2015, chercheuse et créatrice du blog végane et engagé Antigone XXI. Elle vient de publier son ouvrage Planète Végane aux éditions Marabout.

Le livre Planète Végane est un petit bijou de simplicité et de clarté aussi bien destiné aux véganes convaincus qu'aux omnivores curieux. Conçu pour suivre un cheminement de pensée, l'ouvrage pose les bases d'une Histoire du véganisme à travers les âges et les cultures, offre des notions d'éthique animale et de protection de l'environnement. On y trouve aussi des conseils pratiques pour devenir végane et le rester, avec des conseils de nutrition et d'organisation. On passe en revue tous les objets de consommation de la vie quotidienne, comme les vêtements ou les cosmétiques, et on explore des problématiques sociales comme la question des loisirs ou celle des animaux de compagnie. Enfin, on s'attarde sur la notion de transmission, avec les clefs d'une communication végane réussie, et la question de la vie de famille. Un ouvrage très complet, dont Ophélie discute avec FemininBio.

Bonjour Ophélie ! Comment vous est venue l'idée d'écrire ce livre et comment l'avez-vous construit ?
J'avais depuis longtemps une idée de livre en tête : je voulais une sorte de Bible pour comprendre le véganisme et l’appliquer au quotidien. Je souhaitais proposer ce que je n'ai pas trouvé à l'époque où je suis devenue végane, car il n'existait alors pas de livre clair servant d'introduction au véganisme et répondant aux diverses questions que l'on peut se poser. J'ai été contactée par les éditions Marabout il y a environ deux ans pour me proposer de réaliser ce projet. A l'origine, il devait s'agir d'un livre plus petit et illustré, mais au fur et à mesure que j'écrivais, j'ai constaté que mon projet allait prendre la forme d'un véritable essai. Comme je suis chercheuse universitaire, il était important pour moi que le livre soit très bien sourcé et rigoureux. J'ai d'ailleurs utilisé pour certaines parties du livre mon travail de recherche sur le véganisme et l'éthique animale. J'ai un peu mis mon blog en pause, tant l'écriture m'a occupée, et le résultat final était si dense que nous avons décidé de le raccourcir un peu pour obtenir cette version définitive, à la fois complète et accessible au plus grand nombre.

Qui espérez-vous toucher avec cet ouvrage ?
Mon but était que le livre s’adresse à un public varié : des personnes non véganes et curieuses, des personnes qui voudraient se lancer, ou des véganes qui ont besoin de plus d’informations pour défendre leurs choix et améliorer leur vie quotidienne. Je voulais produire un contenu utile, accessible et ouvert à toutes et à tous. Il me semble que mon livre pourrait d'ailleurs particulièrement accompagner les personnes en cours de transition vers le véganisme. En effet, au fil de l'écriture, je me suis rendue compte qu'il suivait suivait un parcours de transition, avec une trame logique : d'abord les raisons du véganisme, ensuite on s'attaque à la question de l'alimentation, puis on aborde des questions plus larges, comme l'habillement, la maison, les loisirs ou les animaux de compagnie, et enfin, une fois végane, on touche à la question de la vie en société et de la promotion de ses engagements.

Vous abordez dans votre ouvrage l'épineuse question de la communication végane. Que pensez-vous des modes de communication agressifs que l'on peut parfois rencontrer au sein des mouvements véganes militants ?
Je comprends bien la position des véganes qui ont envie de secouer les gens : je suis parfois moi-même tentée d'agir ainsi, par désir de faire avancer les choses bien plus vite ! Mais il faut prendre en compte la psychologie des gens, se souvenir que dans la grande majorité des cas, nous ne sommes pas nés véganes. Manger de la chair animale est une norme sociale profondément ancrée en nous, liée à des habitudes, du plaisir et des émotions qu’il est difficile de renverser.
Il n'est pas évident de faire le mouvement de pensée qui consiste à se remettre entièrement en question et à changer son regard sur les animaux. Il faut donc laisser aux personnes le temps de procéder par étapes, à leur rythme. Faire du rentre-dedans "comme des bourrins" n'est malheureusement pas la méthode la plus efficace pour convaincre les personnes, et elle risque au contraire de les braquer.

Et quid de ces véganes qui défendent leur cause en attaquant le mode de vie des autres ?
Je pense qu'il est important de se souvenir qu'à l'origine, le véganisme est un mouvement éthique et pas un mouvement de santé. A mon sens, ce sont deux choses complètement distinctes. Si le véganisme s'avère être bon pour la santé, tant mieux, mais il faut insister sur l'idée que n'est pas un régime, mais un mouvement social, politique et un engagement philosophique. Cela va donc beaucoup plus loin qu'un mouvement égocentré et axé sur la santé qui peut donner lieu à des dérives.

Vous parlez à la fin de votre ouvrage de la vie de famille. Comment sensibiliser nos enfants demain ?
Je pense que l’éducation est un vecteur clef pour changer une société. Les questions relatives à l'éthique et des valeurs comme l’empathie, la compassion ou les droits des animaux devraient être abordées dès le plus jeune âge, par exemple à l’école. En Belgique où j’habite, cela est déjà mis en place par l’association Gaia, et les résultats obtenus sont très bons.
En France, ce genre de changement est plus lent à se mettre en place, car il y a les lobbies des chasseurs ou de la viande, qui versent dans la propagande carniste. Pourtant, plusieurs associations ont pour but de parler de l’éthique animale à l’école, en partant du principe que les enfants ont naturellement de l'empathie pour les animaux et un regard différent sur ceux-ci. Ils considèrent par exemple leur animal de compagnie comme un membre à part entière de leur famille. L'éducation tente de réduire au maximum la dissonance cognitive qu'ils peuvent ressentir, en réduisant l'affection que ces enfants portent aux animaux, et en distinguant les animaux de compagnie des animaux qu'on mange. Il est clair que beaucoup de représentations de cet ordre s'établissent durant l'enfance, et que c'est à ce moment clef que l'on peut agir pour faire évoluer les mentalités.
Plusieurs associations s'investissent dans ce sens, comme Education Ethique Animale, dont le site educ-ethic-animale.org, promeut les valeurs du véganisme dans l'éducation des plus jeunes. D'ailleurs, durant la période d'élections présidentielles que nous venons de traverser, L214 a rappelé quelques chiffres d'opinion publique autour de la condition animale. Et on constate que les mentalités sont en train d'évoluer ! A ce jour, selon un sondage IFOP, 80% des Français jugent la cause animale importante, et 39% ont déclaré que les propositions des candidats en matière de protection animale pouvaient influencer leur vote. On peut légitimement espérer que les choses changent à l'avenir, et peut-être à un rythme plus rapide qu'on ne le pense !

Planète végane
Ophélie Véron
Editions Marabout
17,90 euros

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