Chronique

Témoignage: à la rencontre du peuple sámi

Publié le 13 janvier 2017
Architecte dans l'eco-housing, Matyas Le Brun est aujourd'hui auteur et photographe au service des peuples premiers et de la culture bretonne, mais aussi professeur de tai-chi. Il aime transmettre la beauté par l'Art.
Les rennes sont omniprésents dans le quotidien des Sámis
Les rennes sont omniprésents dans le quotidien des Sámis
© Matyas Lebrun

Les sagesses des peuples premiers nous apparaissent aujourd'hui comme vitales et bien en avance sur nos sociétés occidentalisées et consuméristes. Un exemple parmi tant d'autres : le peuple sámi, qui vit au Nord de la Finlande. Une tribune de Matyas Le Brun.

Parmi les premières nations d'Europe, les Sámis ont une culture très affirmée que même les Vikings n'ont pas réussi à mettre à plat. Malgré les enjeux qui menacent à la fois leurs terres et leur culture, ils continuent de témoigner d'une vision de la vie. En langue sámi, trois mots ont la même racine : Ealát (les bons pâturages), Eallu (le troupeau), Eallin (la vie). De ce postulat empirique lié à la survie dans un contexte hostile, la toundra, les Sámis ont bâti une langue riche : il existe par exemple des dizaines de mots pour désigner la neige. Toute leur philosophie animiste tourne autour du respect des lois de l'Univers. Si elles sont respectées, la nature s'offre en abondance.

J’ai rapidement fait le parallèle entre les Sámis, forcés de s'intégrer au sein de Nations-États en recherche de frontières et de pouvoir, et l'héritage ancestral que mes grands-parents avaient tenté de nous léguer : la culture bretonne. Les similitudes ont alors été frappantes entre les deux langues, entre les coutumes, les contes de Korrigan en Armorique et des Ulda en Arctique. J'étais effaré de comprendre si tard mon héritage culturel qui exprime aussi un regard sur la Terre. J'ai découvert, en apprenant à parler brezhoneg (langue bretonne), qu'il existe des dizaines de mots pour désigner la pluie. Nos racines nous amènent donc à voir le monde différemment, si tant est que nous nous y attardions. Mais alors, ma culture et son lien à la Terre retrouvés, ce n'était que pour mieux les voir disparaître ?

À la COP 21, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a déclaré : “Les peuples indigènes ont su pendant des milliers d'années protéger la Terre. Le reste d'entre nous a beaucoup à apprendre et peu de temps à perdre.” Si nous admettons les avantages sociaux, environnementaux et spirituels des peuples racines et ce qu'ils ont à transmettre au monde, nous pourrons alors avancer plus vite pour comprendre notre mission sur cette planète : Être, Inspirer, Aimer. Les Sámis sont dans la joie d'Être ensemble car ils vivent dans cette conscience commune que la Terre est véritablement notre Mère. J'ai vu ce cordon ombilical relié directement à la Terre, je l'ai ressenti. Et tous, nous avons cette possibilité.

Pour les Sámis, le cœur du renne bat dans la Terre et leur rappelle qui ils sont. Loin de l'illusion qu'offrent nos sociétés consuméristes, c'est à chaque être, à chaque culture, à chaque humanité, de faire le choix puissant de vibrer au rythme du Monde.

Retrouvez cette chronique dans notre #Magazine 3, disponible sur FemininBio.com 

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