Naissance

Journée mondiale des sages-femmes : portrait croisé

Publié le 4 mai 2018
Consultante, auteure, blogueuse, aux côtés des acteurs de la santé et des apôtres du bonheur : écologie, naissance, bien-être, méditation, gratitude...
Alice Guastalla et le petit Léo
Alice Guastalla et le petit Léo
© CALM

A l'occasion de la Journée mondiale des sage-femmes ce samedi 5 mai, rencontre avec Alice Guastalla et Fanny Maitrot, deux sage-femmes du CALM (Comme A La Maison), la seule maison de naissance parisienne.

Pouvez-vous nous présenter votre spécificité, l'exercice en maison de naissance, et nous rappeler ce qu'est ce lieu ?

Alice : Une maison de naissance est destinée aux femmes enceintes et leurs proches, pour le suivi de grossesse, l'accouchement et le post-partum. Notre approche met au coeur l'idée que la naissance est un moment privilégié dans la vie de famille et nous mettons tout en oeuvre pour permettre aux futurs parents d’être acteurs de la naissance. Nous proposons un accompagnement respectant la sécurité affective et un suivi médical adapté, dé-technicisé. Pour y être accueillie et suivie, il faut que ces trois temps que sont la grossesse, l’accouchement et le post-partum restent dans le cadre de la physiologie, que l'on appelle aussi le bas risque... ce qui est très majoritaire puisque 80% des grossesses et des accouchements se déroulent sans aucune complication.

Fanny : Les maisons de naissance sont le seul lieu où les sage-femmes exercent de façon autonome conformément aux compétences qui nous sont reconnues légalement. Notre formation médicale nous permet d’assurer le dépistage des éventuelles pathologies, et la possibilité de prescrire les examens et traitements qui seraient alors nécessaires. En cas de besoin de médicalisation plus importante, un transfert se fait vers la maternité partenaire. En effet, en maison de naissance, on n'est pas hors-sol, il y a un réseau autour qui permet de transférer une patiente qui ne rentrerait plus dans les conditions du suivi.

Vous avez toutes deux un autre point commun, celui d'avoir fait vos études à l'étranger et débuté votre pratique ailleurs qu'à Paris, ce qui influence votre approche...

Fanny : J'ai fait mes études en Angleterre puis j'ai travaillé pour l'hôpital universitaire d'Oxford pendant 5 ans, qui comprend aussi une maison de naissance et un service d'accouchement à domicile. J'ai ensuite été détachée de l'hôpital pendant deux ans pour faire du suivi de grossesse en centre de santé et beaucoup de visites à domicile en postpartum, car au Royaume Uni, les femmes rentrent chez elles très rapidement après la naissance et bénéficient d'un suivi en suites de couches à la maison.

Alice : J'étais pour ma part infirmière en Guyane, notamment au sein du SAMU, avant de devenir sage-femme à 30 ans. J'ai effectué ma formation en Suisse, où il est fréquent de démarrer comme infirmière et de poursuivre un cursus supplémentaire de sage-femme. Par ailleurs, la formation y est très axée sur la physiologie, comme c'est le cas en Angleterre. Après mon diplôme, je suis revenue en Guyane où il y a beaucoup de naissances (3,6 enfants par femme) et un taux important de grossesses pathologiques. Pour cette raison, les femmes préfèrent être suivies et accoucher à l'hôpital, et les accouchements à domicile sont plutôt fortuits. Néanmoins, une certaine peur de la césarienne et aussi de la péridurale demeurent, et cela laisse la place pour des accouchements moins médicalisés.

A vous entendre, on comprend que le suivi physiologique, c'est-à-dire centré sur le respect du fonctionnement biologique du corps des femmes, est au coeur de votre pratique et donne tout son sens à votre métier.

Fanny : Oui ! Je me sens chanceuse d'être le témoin de la force des femmes dans la reprise de pouvoir de leur corps et de leur accouchement, ce qui paradoxalement nécessite beaucoup de lâcher prise et d'acceptation de sa vulnérabilité. C'est une fabuleuse aventure humaine de faire ce métier dans ces conditions idéales, avec du temps et de la disponibilité (chaque rendez-vous mensuel dure 60 à 90 minutes), et la possibilité de connaître et comprendre le vécu de chaque femme, chaque couple que nous suivons.

Alice : Je m'éclate à travailler en maison de naissance. Chaque suivi est archi complet du début à la fin, ça à du sens. La relation développée entre la parturiente et la sage-femme est très utile : pour les femmes elle permet de se sentir en sécurité, d'élaborer un lien de confiance ; et pour les professionnelles, ça confère une véritable acuité diagnostique. En outre, le vrai plus du travail en MDN, par rapport à l'accouchement à domicile que j'aurais pu envisager, c'est ce travail en équipe : pouvoir poser ses questions, échanger sur un suivi, s'appuyer les unes sur les autres. Nous nous nourrissons des expériences de chacune et apprenons sans cesse.

Fanny : En maison de naissance, j'aime la relation privilégiée qui se tisse lors de l'accompagnement global à la naissance avec les couples, et le chemin, parfois cahoteux mais toujours passionnant, qu'ils parcourent dans leur entrée dans la parentalité, et que l'on parcourt auprès d'eux. Notre rôle est moins d'aider les parents que de les accompagner pour qu'ils trouvent les ressources en eux-mêmes.

Alice : On a accès à une vraie tranche de la vie des femmes alors que sur une garde en maternité on les aborde de manière "utéro-centrée" et très brièvement. Après la naissance, on continue et on accompagne le démarrage du lien mère / enfant, de l'allaitement. C'est beau d'être le témoin de ce début de famille ou de son agrandissement. Tout tourne autour de l'adaptation de chacun : les parents... et le bébé. Car au final on "bosse" pour lui ! 

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