Cancer

Témoignage : Cancer du sein, un nouveau départ ?

Publié le 30 juin 2015
Maman de deux enfants, ancienne cadre dans les RH, Caroline a changé de vie lorsqu'elle a été rattrapée par un cancer du sein.
© Pixabay

A 32 ans, Caroline, jeune maman de deux enfants, se découvre atteinte d’un cancer du sein. Une nouvelle qui arrive alors que sa famille prenait un nouveau départ en Martinique. Aujourd'hui en rémission, elle revient sur cette épreuve qui a changé sa vie.

Le 12 août 2013, nous nous envolons pour la Martinique, où mon mari vient d’obtenir un nouvel emploi. Quelle excitation ! Chaque jour, nous nous émerveillons de notre nouveau cadre de vie. Très rapidement, je remarque une grosseur au niveau de mon sein gauche. Dans cette période mouvementée liée à notre changement de vie, je ne m'attarde pas. Ce n'est qu'en octobre que je prends le temps de consulter un généraliste. Rassurant, il me préconise une échographie pour confirmer son diagnostic, bénin. Les résultats n'étant pas certains, j'enchaîne les rendez-vous, durant lesquels les médecins ne s'alarment pas. 

Le temps passe. En novembre, j'accompagne mon mari chez le médecin car il n'est pas très en forme. Le docteur me demande alors si j'ai reçu les résultats de la biopsie. Je réponds que non. Lui les a reçus et me dit ce n’est pas bon. Je suis assise, seule avec le médecin. Il me montre un papier et entoure avec son doigt le mot « carcinogène » en me disant d’une voix très basse « vous voyez ce mot là, c’est un cancer ». Là, le temps s’arrête, que m’arrive-t-il ? Un cancer ? Ce n’est pas possible, on m’a toujours dit que ce devait être bénin. Je pars chercher mon mari et en quelques secondes notre vie bascule. Nous sommes venus chez le médecin pour une angine et nous en repartons avec une angine et un cancer.

A partir de ce moment-là, tout s’est enchainé à une vitesse folle : choix de l’hôpital, annonce à nos familles, à nos amis, opération pour enlever la tumeur et prélever les ganglions sentinelles, peur de la mort, décision des traitements, pause de la chambre implantable, chimiothérapie, effets secondaires, enfants à préserver, radiothérapie… Tout cela a duré 10 mois et puis un jour un médecin me dit « les traitements sont finis, bon retour chez vous ». On ne me dit pas que je suis guérie non, il faudra attendre plusieurs années pour qu’un jour j’espère entendre ce mot, « guérison ». Mais on me dit que je peux reprendre ma vie, comme si de rien était. Pendant le traitement, je me suis battue, j’étais forte et j’avais une armée de soldats derrière moi, famille et amis ont été présents au quotidien. Je leur dois tellement…

Mais après… et bien après, j’ai sombré : dépression, remise en question personnelle et professionnelle. Je n’étais pas préparée à cela, je n’étais pas préparée à plonger. Quelle est ma vie ? Qui suis-je ? La vie que j’avais jusqu’à présent était-elle la vie que je devais avoir ? Suis-je réellement heureuse ? J’avais l’impression de ne plus me reconnaitre, j’avais envie d’être seule, qu’on me laisse tranquille, j’avais besoin de me reconstruire dans ma bulle.

J’ai été aidée par une psychologue et une kinésiologue et après quelques mois, après avoir voulu foutre en l’air toute ma vie, tout ce que j’avais construit, une petite voix intérieure s’est élevée et j’ai compris… j’ai compris qui j’étais, ce dont j’avais besoin au plus profond de moi, j’ai compris que je ne devais pas tout abandonner pour tout recommencer, tout du moins pas au niveau de ma vie personnelle. Ma famille a connu des moments très difficiles mais nous avons vaincu ensemble et aujourd’hui nous nous relevons ensemble, nous construisons autrement et bien mieux encore… 

Je veux profiter pleinement de chaque seconde qui m’est donnée. Je suis un peu hyper active mais je veux tellement vivre plein de choses durant ma nouvelle vie, je ne veux rien manquer, la vie est trop courte ! Comme tout le monde, il y a des moments où tout m’ennuie, où tout m’insupporte mais je relativise plus qu’avant et je vois beaucoup plus rapidement tous les petits bonheurs de la vie.
Ma vie professionnelle ? Métamorphosée ! Je travaillais dans le domaine des Ressources Humaines pour le secteur de l’Hôtellerie Restauration… j’ai compris que ce n’était plus du tout ma priorité. J’avais besoin d’écrire et d’écrire encore pour exprimer mes émotions et toucher l’autre au plus profond… Alors j’ai entrepris un coaching professionnel pour m’aider dans ce choix et j’avance petit à petit dans cette voie, j’écris des livres, des articles pour des magazines, des poèmes. Je ne sais pas trop encore où va me mener cette nouvelle carrière mais je me sens bien, j’aime ce que je fais. J’ai la chance d’être épaulée dans ma reconversion par un mari aimant et compréhensif qui me pousse à me réaliser pleinement.

J'ai aussi radicalement changé mon alimentation. Pendant la maladie, je n’avais pas d’autre choix que de subir les traitements mais je ressentais le besoin d’être active de mon côté pour éradiquer la maladie. Maitriser mon alimentation était ma façon de faire du bien à mon corps et de prendre le pouvoir sur la maladie. J’ai donc acheté des livres de recettes anti-cancer et j’ai découvert la nourriture biologique. Pour associer mes enfants, j’ai sélectionné des recettes pas trop compliquées à réaliser, je leur ai montré toute ma sélection en images et leur ai demandé de choisir les plats qu’ils préféraient. Ainsi, nous avons construit ensemble notre nouvelle alimentation et cuisiner tous ensemble est un réel plaisir partagé. Ils sont très fiers de dire à leurs copains que nous faisons nos yaourts et notre pain à la maison ! Ma liste de courses est maintenant partagée entre le supermarché classique et le magasin bio, où j’y achète notamment des produits comme du lait végétal, des graines, des fruits et légumes secs, du thé, de la farine, des algues, du jus de grenade…et je commence également à découvrir les produits de beauté bio, notamment la pierre d’alun, un remède naturel sain au déodorant chimique !

Aujourd’hui, je pense que si j’ai été malade, ce n’est pas par hasard, j’avais des comptes à régler avec moi-même, je devais travailler sur moi et reprendre ma vie en main. Je devais me rendre compte que la vie était beaucoup plus belle que ce que je pensais. Aujourd’hui je souris à tous les petits plaisirs de la vie. La terre a tremblé, beaucoup de choses se sont effondrés mais nous avons reconstruit encore plus solide et pour la vie…
Retrouvez Caroline sur son blog, L'écriture by Caro.
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