Livre

"Vis sans attendre" : et si c'était votre mot d'ordre pour 2018 ?

Publié le 5 janvier 2018
© éditions jouvence

Une histoire d'amitié entre deux hommes, des émotions sincères, la peur de la perte et l'envie de continuer à vivre... Il y a tout cela et bien plus dans le premier roman de Valérie Capelle, Sept jours pour vivre. Un livre délicat qui aborde avec pudeur de nombreux thèmes profonds. Rencontre avec une auteure qui aime la vie.

Valérie Capelle signe aux éditions Jouvence un premier roman délicat, où l'amitié aide à traverser les difficultés de l'existence, la générosité à dépasser la douleur et l'espérance à transformer une perte en moteur pour commencer à vivre. Rencontre avec l'auteur de Sept jours pour vivre.

Votre roman a pour protagoniste principal un homme. C’est rare dans un roman de développement personnel. Pourquoi ce choix ?
Le départ du scénario de ce livre provient d’un rêve que j’ai fait il y a quelques années. Le personnage principal était donc un homme gravement malade prénommé Antoine dans ce rêve. Pour le reste du rêve, il ne me restait que quelques bribes le matin au réveil, des « scènes-flash ».
Cela étant, au fil de l’écriture, j’ai trouvé très intéressant de mettre en scène un homme et de montrer ainsi que l’expression des sentiments, des émotions, du ressenti, n’est pas que l’apanage des femmes.
Les hommes s’autorisent de plus en plus à exprimer ce qu’ils ressentent. Ils vont peu à peu au-delà de ce que l’éducation familiale et/ou sociétale leur a longtemps inculqués : « un homme ne pleure pas, il ne montre pas ses émotions. »

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Le héros, Antoine, réalise alors qu’il approche la fin de sa vie et qu’il est passé en grande partie à côté. Est-ce un regret dont vous ont souvent fait part les patients que vous accompagnez à l’hôpital ?
Les patients que j’accompagne chez eux ou à l’hôpital m’ont souvent fait part de leurs regrets, surtout quand ils sont conscients de l’approche de la fin de leur vie.
Ils voient de façon souvent très lucide  tout ce qu’ils ne feront pas par manque de temps : un voyage, une reconversion professionnelle, un nouvel amour…Voilà pourquoi j’ai mis en évidence et en amont de la première page du livre la phrase qu’une patiente m’a livrée et qui m’a servie de phare dans ma vie : « Je n’ai qu’un regret : celui d’avoir eu le sentiment de n’exister pleinement qu’à partir du moment où j’ai su qu’il ne me restait plus beaucoup de temps. Alors, Valérie, n’attendez pas que la maladie vous happe pour commencer à vivre. ».

Antoine est accueilli par Paulette, qui l’accompagne généreusement dans ses derniers jours. Pensez-vous que la générosité soit réellement si spontanée ?
La générosité sans conditions existe. C’est peut être, entre autres, une « affaire » de culture : j’ai recueilli de nombreux témoignages d’amis qui m’ont raconté que dans certains pays, ils ont été hébergés et nourris pour une ou plusieurs nuits par des inconnus qui n’avaient d’ailleurs souvent pas grand-chose à partager et qui l’offraient cependant de bon cœur.
D’autre part, j’ai rencontré de la part de mes patients chez eux, ou de la part de leurs proches, un accueil du cœur fréquent. Je ne compte plus les plats cuisinés par leurs soins, les gâteaux, les chocolats que j’emportais chez moi. Ces gens sont dans la détresse parfois, dans l’angoisse souvent, et malgré tout, ils ont ces gestes d’attention qui me touchent au plus haut point.
Enfin, dans ma vie plus personnelle, je me suis parfois trouvée dans des situations difficiles, et j’ai reçu des mains tendues inattendues, de l’aide offerte sans même que j’aie à la demander. De la part de personnes qui avaient l’œil attentif et perspicace et se sont avancées spontanément.
Alors, oui, je peux dire que j’ai été le témoin direct ou indirect de la générosité sans conditions, du don par gentillesse pure.

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La peur de la maladie, de la solitude et de la mort tétanisent Antoine. Ces trois thèmes vous semblent-ils être des tabous dans notre société ?
Ces trois thèmes sont encore trop rarement abordés par pudeur, et aussi par peur : verbaliser rend plus concrète la souffrance physique, émotionnelle et spirituelle.
Nommer ce qui se joue dans cet espace de la maladie et de la fin de vie renvoie à la peur irrationnelle d’accélérer le processus : « si je parle de ma mort à venir, peut-être qu’elle va arriver plus vite ? »
J’ai aussi remarqué que lorsque la personne malade parle de sa mort prochaine, la famille n’est souvent pas prête à l’entendre. Je voudrais à ce sujet souligner le rôle crucial des bénévoles d’accompagnement dans le cadre de la fin de vie, des personnes qui sont formées pour cela par des associations. Je tiens à mentionner ici l’association Alliance à Bordeaux car j’ai suivi leur formation.
Les bénévoles viennent au chevet des personnes malades pour être à leur écoute, pour offrir une présence de soutien, et pour les proches aussi. Ils sont l’intermédiaire, le relais entre la personne malade, ses proches, et le personnel soignant.
Il y a eu en France de réels progrès pour lever le sceau du silence autour de la maladie, de la mort mais il y a encore tellement à faire pour informer, ouvrir des espaces de parole, d’écoute, de présence, sur tous les terrains : hôpitaux, unités de soins palliatifs encore si rares, suivis à domicile, EHPAD…

Ce roman est aussi une belle histoire d’amitié entre hommes, un sujet rarement abordé. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire dessus ?
Pierre, l’ami d’Antoine, s’est « imposé » à moi comme une évidence car il était présent dans une des « scènes-flash » qui me restaient de mon rêve, dans des images fugitives mais qui avaient laissé une empreinte très forte. Ce rêve m’a donné à voir à la fois l’intérieur des personnages, leur personnalité profonde, et aussi la posture de l’observatrice.
Cette amitié entre les deux hommes a été une des clés initiatiques que m’a apportée l’écriture de ce roman. Pierre est enseigné presque à son insu par ce que vit et témoigne son ami. Il est bousculé dans ses certitudes qui s’effritent, dans ses croyances qui le limitent. Il va se surpasser et se donner pleinement à son ami.
Ce qui m’a aidé dans l’exploration de cette amitié, c’est d’être le témoin aussi dans ma vie d’amitiés masculines. Or, je trouve cette forme de lien touchante car  j’y vois un très beau mélange de force et de vulnérabilité quand l’expression des sentiments est autorisée.

« Vis sans attendre » sont les derniers mots d’Antoine à Pierre. Que faut-il pour se réveiller et vivre sans attendre ?
Je répondrai de façon très personnelle, en vous donnant juste le fruit de ma manière de vivre : pour me réveiller, je m’inspire souvent des enfants. C’est pour cela que le personnage du petit Matthieu de 5 ans dans le livre est très important à mes yeux :
Je garde à l’esprit et dans mon cœur le sens de l’émerveillement, du regard toujours neuf que je pose le plus possible sur ce qui m’entoure.
Je m’enthousiasme souvent sur des choses « insignifiantes » en apparence, des détails qui peuvent passer inaperçus si on ne prend pas le temps de regarder, sentir, toucher, écouter, goûter.
Je suis de nature spontanée et positive, et je tends de plus en plus vers une attitude : aller vers ce qui me plait, vers ce qui m’anime, me donne envie, me fait vibrer.
Tout cela les enfants nous l’enseignent, à nous les adultes qui avons si souvent oublié de vivre simplement.
La vie est un cadeau. Nous sommes le cadeau. Nous avons juste à le déballer et à l’animer.
A ce sujet je voudrais conclure en disant que j’animerai en 2018 et les années à venir des ateliers pour inviter les personnes qui le désirent à prendre ou reprendre contact avec la Joie d’Etre en vie. Maintenant.

Sept jours pour vivre
Valérie CAPELLE
Editions Jouvence
14,90 euros

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