Voyage

Ce que j'ai appris en marchant sur le chemin de Compostelle

Publié le 29 juillet 2020
En 2017, Pauline Wald quitte son travail définitivement et se mets à marcher seule en sac à dos de Strasbourg à Saint-Jacques de Compostelle. Sur son blog, elle y partage ses découvertes sous forme d’interviews vidéo, de réflexions (articles) sur le voyage intérieur, ainsi que les dates de ses conférences et projections-débats de son film « Chemins de Vie, Marcher vers son Essentiel ».
"Marcher 2000 km seule en sac à dos sur des petits sentiers m’a permis de me reconnecter au « moi » plus profond"
"Marcher 2000 km seule en sac à dos sur des petits sentiers m’a permis de me reconnecter au « moi » plus profond"
© Andrea Piacquadio / unsplash

Tout quitter pour partir marcher au rythme de ses envies et du monde extérieur, c'est ce qu'a entrepris Pauline. À 30 ans, la jeune femme a emporté son sac à dos pour marcher 2000km, pour se rapprocher de son essentiel, être connectée à elle-même. De cette expérience incroyable, elle réalise un film sur ses rencontres et donne la parole à celles et ceux qui dédient une partie de leur existence à ce parcours spirituel.

À l’aube de mes 30 ans, je quitte ma vie parisienne stressante et me met à marcher seule en sac à dos, en partant d’Alsace, en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne, avec l’envie de ralentir, d’expérimenter plus de connexion à la nature, à moi-même et aux autres. Durant ces 4 mois de marche - environ 2000 km à pied -, je rencontre d’autres pèlerin.es et leur demande ce qui les a amené.es à se lancer sur ce chemin, et ce que cette aventure leur apporte : je réalise le film « Chemins de Vie, Marcher vers son Essentiel ».

Désillusion

Dès les premiers kilomètres de marche à travers l’Alsace, j’ai compris que j’avais idéalisé l’expérience qui m’attendait. J’ai eu mal aux pieds et au dos. Je me suis perdue dans une forêt alors que la nuit commençait à tomber. Et surtout, j’ai fait face à un flot de pensées et d’émotions qui remontaient à la surface alors que je marchais seule. J’avais voulu quitter l’engrenage « métro-boulot-dodo » et je découvrais que tout ce que j’avais cherché à fuir se manifestait à moi sous une autre forme. J’ai compris qu’il était temps de faire face à ce que je portais sur mon dos. Et c’est souvent quand le chemin était le plus difficile et que j’acceptais ma vulnérabilité qu’une main tendue ou encore une synchronicité se présentaient ensuite.

Avancer par petits pas

« Alors, tu vas à Compostelle ? C’est loin ! » Lorsqu’on me posait cette question au début de mon chemin, je ne croyais pas que j’irais jusqu’au bout. Mais quand je divisais les 2000 kilomètres que je m’étais fixée de parcourir en petits pas quotidiens, ça devenait 20 kilomètres par jour pendant 100 jours par exemple. Et ça devenait faisable. Je pense que c’est pareil avec n’importe quel projet dans lequel on se lance. Ça peut nous paraître énorme au début et on peut facilement se décourager en se concentrant sur l’objectif final. Alors que si on se concentre sur les petits pas quotidien, on va avancer, sans s’en rendre compte, au fur et à mesure du temps, vers cet objectif.

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Suivre son propre rythme

Il y a des jours où je marchais 35 kilomètres car j’avais beaucoup d’énergie et des jours où je marchais 10 kilomètres, ou encore où je décidais de ne pas marcher du tout. Il m’arrivait souvent de me poser au bord du chemin. J’ai eu la sensation, même sur le chemin de Compostelle, que ces pauses contemplatives étonnaient parfois les passants, voire d’autres marcheurs : on me demandait ce que je faisais au bord du Chemin. J’ai compris qu’avancer à mon propre rythme était une question de « survie ». Les jours où j’ai cherché à avancer trop vite, c’est là que j’ai eu un début de tendinite ou encore des ampoules. Se forcer à avancer dans l’instant, c’est devoir être forcé de reculer dans le futur.

Marcher vers soi

C'est en marchant que j'ai également compris quelque chose : j’ai passé une bonne partie de ma vie à essayer de me rassurer en suivant un chemin très balisé. J’avais suivi, sans réfléchir l’autoroute : cela avait commencé avec le fait d’être bonne élève à l’école et faire de bonnes études puis le CDI bien payé dans une grande entreprise. Marcher 2000 km seule en sac à dos sur des petits sentiers m’a permis de me reconnecter au « moi » plus profond, qui se trouve derrière les conditionnements et les artifices. De quoi ai-je besoin ? Qu’est-ce que j’aime faire ? Quelles sont mes forces ? Qui suis-je ? J’ai sans doute eu besoin de marcher 2000 km pour me rapprocher de mon essentiel. Mais au fond, il aurait suffi de 30 centimètres pour parcourir ce chemin, le plus difficile, celui qui va de sa tête à son cœur. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas besoin de sortir de chez soi.

L’idée de réaliser un film

L’idée de faire un film m’est venue en marchant, en discutant avec d’autres pèlerins, alors que je ne suis pas dans le domaine de l’audio-visuel. J’ai eu envie de donner la parole à ceux et celles qui ont quitté leur vie confortable pour marcher.
Besoin de reconnexion à soi dans un monde qui va trop vite, désir de challenge, de rencontres ou encore quête spirituelle : chaque chemin est unique. Deux ans après mon retour, je complète le film de 30 minutes déjà réalisé en demandant aux marcheurs et marcheuses que j’ai rencontré·e·s comment on rentre d’un tel Chemin et comment on fait face à la peur de partir marcher. Mon nouveau film (qui durera une heure) sort à l’automne et est disponible en prévente dès maintenant.

Notre experte 

Pauline Wald tient le blog Across the World où elle partage ses voyages à pieds dans le monde. Pour tout connaître de ses aventures, suivez-la sur Facebook et Instagram.

 

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