Humeur

Végétarien ou pas ? Amandine Geers revient sur la polémique déclenchée par l'article de Stéfane Guilbaud

Publié le 4 décembre 2013 - Mis à jour le 5 décembre 2013
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Amandine Geers, chef bio, réagit à la polémique déclenchée par l'article de Stéfane Guilbaud ©O.Degorce
Amandine Geers, chef bio, réagit à la polémique déclenchée par l'article de Stéfane Guilbaud ©O.Degorce

Vous avez été nombreux à réagir à l'article de Stéfane Guilbaud : Être ou ne pas être végétarien, telle est la (nouvelle) question ? Amandine Geers, chef bio et auteur culinaire, partage son point de vue sur la polémique que cet article a suscitée.

Je partage avec vous le message que m'a envoyé spontanément Amandine Geers suite aux nombreuses réactions à l'article de Stéfane Guilbaud. Amandine m'a autorisée à le publier. 

"Très intéressant d'avoir publié l'article de Stéfane Guilbaud hier. Un débat passionnant et enrichissant aurait pu suivre... Malheureusement j'observe dans les commentaires beaucoup d'agressivité, de bêtise et même des insultes. C'est désolant.

Hier un végétarien était stigmatisé pour son choix, on se moquait lui, on le prenait de haut. C'est au tour des mangeurs de viande (même occasionnel) de se faire lapider.

Je ne comprendrai jamais pourquoi dans notre milieu où doit primer le respect de la vie, on sent maintenant tant d'intolérance, de manque de respect envers l'autre et de concurrence. Je vois beaucoup de gens qui n'osent pas parler de leurs expériences, participer aux débats par crainte de se faire lyncher.

Cela fait longtemps maintenant que j'observe cette forme de puritanisme qui s'installe. Ca me rend vraiment triste.

A part mon idéalisme (benêt finalement), je trouve vraiment inquiétant de voir tant de lectures en biais et des interprétations limitées de l’article de Stéfane Guilbaud.

N’en déplaise à certains, on peut dans un même article s’adresser aux végétariens et aux omnivores, sans se moquer ni des uns ni des autres. 

Et puis, comme le dirait mon bon ami Danglard (flic érudit et alcoolique adjoint du Commissaire Adamsberg) : "A force de s’éloigner des mots, les théories les plus pures tournent aux racontars. Et l’on ne sait plus rien. D’approximations en inexactitude, la vérité se dissout et la place est faite à l’obscurantisme". "

>> L'article de Stéfane Guilbaud : Être ou ne pas être végétarien, telle est la (nouvelle) question ?

>> Retrouvez les recettes végétariennes et gourmandes de Mlle Pigut et tous les bons plans pour passer simplement en mode "végé" dans notre magazine Hors Série végétarien sur iPad.

Articles du thème Cuisine végétarienne
Envie de réagir ? Je prends la parole
Réactions à l'article
Par Sweet Faery le 4 décembre 2013 à 21h55
Merci, Amandine, pour ces

Merci, Amandine, pour ces mots pleins de sagesse et de bienveillance...

Par sweetfaery le 4 décembre 2013 à 22h08
Merci, Amandine, pour vos

Merci, Amandine, pour vos mots pleins de sagesse et de bon sens.

Par mélanie le 4 décembre 2013 à 22h08
tout à fait d'accord

Je suis tout à fait d'accord avec cette réaction. En lisant l’article de Stéphane GUILBAUD j'ai été ravie de lire un avis qui invitait à la liberté de choix de chacun, et j'étais loin de m'imaginer qu'il déclencherait des réactions si négatives... Cependant, si l'on regarde bien, les réactions vives qui se sont manifestées sont celles-là même qu'il dénonce dans son article... logique donc...

Par AudreyB le 5 décembre 2013 à 12h43
D'accord pour la liberté et le choix de chacun...

Mais je reformulerai une remarque pertinente qui a déjà été faite : où sont la liberté et le choix des principaux intéressés de vivre leur vie le plus longtemps possible et sans être soumis à la souffrance ni à l'exploitation?

On peut répondre que les animaux n'ont pas conscience de leur vie, aucune notion du futur, ils n'ont pas de volonté quant à la manière dont ils veulent vivre leur vie, etc.. mais cela me semble difficile à justifier quand on voit des images où les cochons sont obligés d'être battus pour avancer car ils sentent très bien ce qu'il se passe dans l'abattoir où on veut les faire entrer, ou alors quand Jonathan Safran Foer raconte l'histoire d'une vache qui avait réussi à s'échapper d'un abattoir, parcourir XX km, traverser un lac, avant d'être rattrapée? Est-ce que ce n'est pas la meilleure preuve que si nous laissions effectivement le choix à ces animaux, ben tout simplement ils ne voudraient pas mourir et feraient le choix de fuir la souffrance? Alors, je comprends tout à fait que le discours érigeant le respect des choix de chacun comme quelque chose de moins extrêmiste et donc de plus sain plaise, mais dans ce cas que faisons-nous de cette liberté de choix, celle des êtres sensibles dont la vie est, il faut bien le dire, la plus impactée ?

Les VG ne sont pas non plus contre la liberté, bien au contraire.

J'espère que vous ne considérerez pas mon message comme "agressif" car il me semble m'être exprimée de la manière la plus posée possible. Effectivement le souci sur ce genre de sujet c'est que cela touche à des cordes tellement sensibles (des deux côtés) que l'échange d'arguments est souvent vécu comme une agression mutuelle. Végétarienne depuis 6 ans et végétalienne depuis peu, je le vis à mon quotidien et pour expliquer la virulence peut-être de certains commentaires de la part des VG, elle est en grande partie due au fait (selon moi, ma parole n'engage que moi et je n'ai pas la vérité infuse) que nous nous avons -et je dirais presque sommes obligés d'avoir- ces débats presque tous les jours, inlassablement, nous répondons aux mêmes questions, entendons les mêmes contre-arguments, les mêmes remarques, critiques, et du coup parfois nous finissons par être un peu lassés de l'incompréhension et parfois de la mauvaise foi qui est en face, d'où le fait que nos réponses au bout d'un moment puissent bousculer un peu.

Je tiens à préciser que je vis avec un non vg, je suis entourée d'amis non vg, j'ai de la famille non vg, et que je n'impose mes choix à personne. Cependant, je pense comme d'autres personnes qui ont posté des commentaires sur l'article précédent, qu'il est important que CE choix de manger ou ne pas manger de la viande se fasse de la manière la plus éclairée possible, c'est à dire en ayant pleinement conscience de la réalité de la production et de toutes les implications que ce choix comporte.

Par AudreyB le 5 décembre 2013 à 12h48
D'accord pour la liberté et le choix de chacun...

Mais je reformulerai une remarque pertinente qui a déjà été faite : où sont la liberté et le choix des principaux intéressés de vivre leur vie le plus longtemps possible et sans être soumis à la souffrance ni à l'exploitation?

On peut répondre que les animaux n'ont pas conscience de leur vie, aucune notion du futur, ils n'ont pas de volonté quant à la manière dont ils veulent vivre leur vie, etc.. mais cela me semble difficile à justifier quand on voit des images où les cochons sont obligés d'être battus pour avancer car ils sentent très bien ce qu'il se passe dans l'abattoir où on veut les faire entrer, ou alors quand Jonathan Safran Foer raconte l'histoire d'une vache qui avait réussi à s'échapper d'un abattoir, parcourir XX km, traverser un lac, avant d'être rattrapée? Est-ce que ce n'est pas la meilleure preuve que si nous laissions effectivement le choix à ces animaux, ben tout simplement ils ne voudraient pas mourir et feraient le choix de fuir la souffrance? Alors, je comprends tout à fait que le discours érigeant le respect des choix de chacun comme quelque chose de moins extrêmiste et donc de plus sain plaise, mais dans ce cas que faisons-nous de cette liberté de choix, celle des êtres sensibles dont la vie est, il faut bien le dire, la plus impactée ?

Les VG ne sont pas non plus contre la liberté, bien au contraire.

J'espère que vous ne considérerez pas mon message comme "agressif" car il me semble m'être exprimée de la manière la plus posée possible. Effectivement le souci sur ce genre de sujet c'est que cela touche à des cordes tellement sensibles (des deux côtés) que l'échange d'arguments est souvent vécu comme une agression mutuelle. Végétarienne depuis 6 ans et végétalienne depuis peu, je le vis à mon quotidien et pour expliquer la virulence peut-être de certains commentaires de la part des VG, elle est en grande partie due au fait (selon moi, ma parole n'engage que moi et je n'ai pas la vérité infuse) que nous nous avons -et je dirais presque sommes obligés d'avoir- ces débats presque tous les jours, inlassablement, nous répondons aux mêmes questions, entendons les mêmes contre-arguments, les mêmes remarques, critiques, et du coup parfois nous finissons par être un peu lassés de l'incompréhension et parfois de la mauvaise foi qui est en face, d'où le fait que nos réponses au bout d'un moment puissent bousculer un peu.

Je tiens à préciser que je vis avec un non vg, je suis entourée d'amis non vg, j'ai de la famille non vg, et que je n'impose mes choix à personne. Cependant, je pense comme d'autres personnes qui ont posté des commentaires sur l'article précédent, qu'il est important que CE choix de manger ou ne pas manger de la viande se fasse de la manière la plus éclairée possible, c'est à dire en ayant pleinement conscience de la réalité de la production et de toutes les implications que ce choix comporte.

Par Stéphanie G. le 5 décembre 2013 à 11h34
Je trouve que vous y allez

Je trouve que vous y allez fort quand vous parlez des mangeurs de viande qui se font lapider.
Les mangeurs de viande sont quand même ultramajoritaires (98 %) dans la population française.
Parler de "végétarisme ambiant" comme le fait M. Guilbard au regard de ce chiffre n'est au mieux pas pertinent. J'imagine qu'il a souhaité par cette expression évoquer la progression du végétarisme qui nous interroge et nous perturbe dans nos habitudes acquises.
Mais sa formule "je n'ai rien contre les végétariens mais..." est quand même teintée de végéphobie. Il suffit de remplacer le mot végétarien pour s'apercevoir du problème : "je n'ai rien contre les noirs/juifs/gays mais..."
Si le message de M. Guilbaud est bien un appel à la tolérance, pourquoi ne se documente t-il pas davantage sur les raisons qui poussent un nombre croissant de personnes à faire le choix civique et éthique de ne pas consommer de produits d'origine animale ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit, à chaque fois que nous achetons un produit, nous votons pour un système avec notre porte-monnaie.
Bref, la documentation ne manque pas si l'on accepte de se pencher sur la question et de se documenter: pour les bouquins
- Je mange avec ma tête, d'Elise Desaulniers
- Faut-il manger les animaux, de Jonathan Safran Foer
(Nathalie Portman en prépare actuellement une adaptation cinématographique)
- Bidoche, de Farbice Nicolino
- L'enquête Campbell
- No steak, d'Aymeric Cayon
Pour les films:
- La santé dans l'assiette, sorti cet automne, adapté de L'enquête Campbell
- Terriens (image difficiles)
- Meat the truth (la vérité sur la viande)

Par Nikita34 le 5 décembre 2013 à 13h07
Végétarien ou pas

J'avais réagi à l'article précédent de S. GUILBAUD en affirmant mon végétarisme choisi et mon respect des autres. J'avais également fait part de ma perplexité face à certains extrêmistes. La polémique déclenchée m'a apparemment donné raison. Cependant, ces extrêmistes ne sont qu'une infime minorité (1 à 2 % de "veggies" en France, la plupart d'entre eux étant respectueux des autres). Cet extrêmisme peut s'expliquer par les conditions d'élevage, de transport et d'abattage des animaux à viande. Ces conditions sont la raison de mon choix alimentaire. Cependant, pour avoir été omnivore pendant 50 ans, je me garderais bien de juger - et condamner - qui que ce soit. Cependant encore, certains omnivores sont tout aussi intolérants. Pour preuve, leurs réactions étonnées voire moqueuses (un beauf visiblement noyé dans son cholestérol m'a un jour explosé de rire au nez).

Par Laurenzerl le 5 décembre 2013 à 13h44
choix ou pas, that's the question

Oui, c’est une question de choix.
Néanmoins, je crois que cette question de choix se pose autrement : tant que les êtres dits humains n’accepteront pas le fait qu’ils ne sont que des passagers parmi d’autres sur le vaisseau terre et qu’ils seront persuadés d’être les seuls et uniques êtres supérieurs, tant qu’ils ne reconnaîtront pas aux autres créatures vivantes les mêmes droits qu’à eux, nous n’évoluerons pas. Nous avons une sérieuse carence d’empathie, empathie que les animaux sont tout à fait capables d’éprouver. Voir à ce propos le film plus tout récent de Coline Serreau, La planète verte.
D’ailleurs le message est clair dès le départ, comme le relevait justement un commentaire : Je ne suis pas contre…, mais… = NON. C’est une simple équation dans le domaine de la psychologie.
Et non, je n’aime pas les dérives agressives, qu’elles soient verbales ou physiques. Mais ce qu’il manquait à cet auteur, malgré son discours intelligent, c’est l’éthique et l’empathie quand il dégrade un animal à un « produit carné ».

Déjà membre? Je me connecte ou Créer mon compte