Mode

Aatise, pour une mode participative et éco-responsable

Publié le 30 novembre 2017
Gourmande assumée, je passe la plupart de mon temps à flâner dans les rues de Paris à la recherche de nouveaux restaurants. J'essaie au quotidien d'apprécier les choses simples de la vie et de profiter de l'instant présent.
Julia Schena (à gauche) et Heide Baumann (à droite) habillées en Aatise au Darwin éco-système à Bordeaux.
Julia Schena (à gauche) et Heide Baumann (à droite) habillées en Aatise au Darwin éco-système à Bordeaux.
© Aatise

Heide Baumann et Julia Schena sont les créatrices de la marque de vêtements éco-conçus Aatise. Elles nous disent tout sur le concept de leur enseigne bordelaise.

Heide Baumann et Julia Schena, vous avez crée en janvier la marque de vêtements éco-conçus Aatise. Comment vous est venue l'idée ?

Heide : J’ai travaillé pendant près de 25 ans dans l’habillement, comme acheteuse pour une chaîne de prêt-à-porter. Durant ces années, j'ai vu et vécu un gaspillage vestimentaire énorme. On travaillait dans la même entreprise avec Julia, elle à Paris et moi à Bordeaux. En tant que responsable d'un grand groupe, j’étais amenée à faire des présentations de vêtements à Paris, là où Julia travaillait comme responsable presse. Quand on s’est rencontrées, on a entre autres discuté de Monsanto (rires), de gaspillage et de bien d’autres choses qu'on avait envie de partager. C'est donc par expérience et par ras-le-bol de cette fast fashion que l'idée de créer Aatise est apparue. Moins gaspiller tout au long de la chaîne de fabrication, réaliser des vêtements éco-conçus pour faciliter le recyclage et même le compostage est absolument essentiel pour préserver notre planète.

Quels sont les principaux combats de la marque et les défis que vous avez mis en place pour les mener à bien ?

Julia : Ce dont on avait envie quand on a parlé de ce projet ensemble, c’était de mettre un coup de frein à la fast fashion et de bouleverser les habitudes traditionnelles du shopping. On s’est aperçu qu’il y avait pas mal d’initiatives qui germaient sur l’après-consommation mais pour notre part, nous avions envie d’intervenir tout au long de la chaîne de fabrication du vêtement.

Ce travail se fait d'abord sur le choix de nos matières et sur les conditions de production de nos vêtements. Nous choisissons des matières respectueuses de l'environnement : nos vêtements sont faits en fibre naturelle, biodégradable et certains sont mêmes compostables, comme notre t-shirt en lin. On valorise également le zéro déchet. Par exemple, certains de nos pulls sont montés en "intégral", ce qui signifie qu’ils sont tricotés d’une seule pièce pour éviter de créer des déchets. Quant aux conditions de production de nos vêtements, nous valorisons le Made in France pour minimiser l'impact environnemental et pour que le consommateur redonne du sens à son achat et sache qui a fait son produit, d'où il vient etc. 

Enfin, nous avons pour volonté de créer une mode qui soit participative et en ce sens, notre concept fait écho au crowdfunding. Nous présentons d'ailleurs certaines de nos pièces  sur la plateforme de crowdfunding Ulule. Redonner le pouvoir aux femmes pour qu'elles reprennent en main leur "surconsommation" et qu'elles prennent une part active à la création d’une garde-robe qui soit durable, c'est l'un de nos objectifs principaux.

Ci-dessous une vidéo qui présente le concept de la marque Aatise.

Comment faites-vous pour redonner ce pouvoir aux femmes ?

Julia : Nous les impliquons dans tout le processus de fabrication du vêtement et même en amont de la création. Pour concevoir un vêtement, on mise sur la co-conception, c'est-à-dire qu'on soumet des choix à notre communauté Facebook. On peut par exemple lui demander quelle coupe elle préfère ou s'il faut opter pour cet imprimé ou un autre. On fabrique ensuite le vêtement suivant la majorité des réponses et les femmes qui le veulent sont invitées à voter pour sa conception sur notre site. Si toutefois il n'y a pas suffisamment d'adhésion, on considère que la fabrication de ce produit n'est pas nécessaire et on rétribue la somme investie aux aatiseuses qui avaient misé sur ce vêtement. 

C'est vraiment une reprise du pouvoir par la consommatrice, c'est elle qui décide des règles du jeu. Pas besoin de faire de prévision, autrement dit, on fabrique réellement la pièce pour vous.

Pas de collection donc ?

Heide : Non, on ne sort pas de collection car aujourd’hui ce mot n’a plus de sens. Il y a 20 ans, on était sur 2 collections, aujourd’hui on en compte 8 et certaines chaînes de prêt-à-porter achètent même toutes les semaines donc se référer aux saisons n'a plus de sens. On propose au fur et à mesure des pièces qui sont produites lorsque le seuil de commandes fixé est atteint. Nous n'avons pas le choix si nous optons pour produire nos vêtements en France : le travail y coûte tellement cher ! C'est pour cette raison que la fast fashion a proliféré depuis 20 ans : les grandes marques implantées à l'étranger sont sur des pièces qui valent 1 euro à l'achat mais qu'elles revendent 20 ou 30 euros à leurs consommateurs. Ces derniers peuvent commander autant de t-shirts qu'ils le souhaitent, ce qui leur convient bien. Sauf qu'à un moment, on ne sait plus quoi faire de tous ces vêtements... Notre réflexion est de montrer qu'on peut éviter tout ce gaspillage en acceptant de consommer moins mais mieux.

Vous êtes arrivées à 60% de votre objectif sur Ulule, quels sont vos projets si vous atteignez votre premier but des 10 000 euros ?

Julia : Il y a beaucoup d’éléments relatifs à la logistique, à l'emballage, aux matières et aux questions stratégiques avec la communication. Si on prend l'exemple des matières, Heide, qui est vraiment l’ingénieure textile de la marque, a essayé de pousser la recherche et l’innovation. Un de nos projets consiste à utiliser du Tencel ou du Modal pour nos prochaines collections.

Heide : On aimerait en effet s'inspirer de certains fabricants autrichiens qui utilisent le Modal, fibre obtenue à partir de bois et éco responsable. C'est encore difficile comme toute petite marque de trouver les financements pour se procurer de telles matières. L'objectif des 10 000 euros nous permettrait notamment d'investir dans celles-ci.

Où peut-on se procurer vos vêtements ?

Heide : Nous avons une sorte de "showroom", au Comptoir Saint Rémi à Bordeaux [NDLR: Le comptoir Saint Rémi est une nouvelle conciergerie solidaire dans le quartier Saint Pierre à Bordeaux], dans lequel nos pièces sont exposées pour que les gens qui le souhaitent puissent toucher nos matières et faire un essayage. Pour acheter nos vêtements, cela se passe sur notre crowdfunding. Nous livrons partout en Europe et notre site est d'ailleurs disponible en français, anglais et allemand.

Envie d'en savoir plus ? Les vêtements Aatise sont à découvrir sur Ulule.

Le petit plus de la marque ? Pour ceux qui ne peuvent pas donner une grosse contribution mais qui souhaitent saluer l’initiative, Aatise propose de belles pièces recyclées à partir de 20 euros : choisissez votre bandeau, turban ou Tote Bag et offrez-vous ces beaux accessoires disponibles avant Noël !

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