Santé

On dit stop à la cigarette

Publié le 31 mai 2017
© Pixabay

Et si on arrêtait de fumer en ce 31 mai, journée mondiale sans tabac ? Retrouvez conseils et informations utiles grâce à nos deux experts : Joël Pacoret, tabacologue et psychologue et le Docteur Harbans Nagpal, psychanalyste et psychothérapeute spécialisé dans le tabagisme.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que d'ici 2020, le tabac sera la principale cause de décès et d'incapacité, avec plus de 10 millions de victimes par an.  A l'occasion de la journée mondiale sans tabac, qui a lieu aujourd'hui, ce mercredi 31 mai, et si vous essayiez d'arrêter le tabac ? Mais pourquoi est-ce si compliqué ? Deux experts répondent à nos questions : le tabacologue et psychologue Joël Pacoret et le Docteur Harbans Nagpal, psychanalyste et psychothérapeute spécialisé dans le tabagisme. 

Le tabacologue, Joël Pacoret explique « c'est difficile, car le fait de fumer mêle deux aspects : le côté psychologique, le bénéfice conscient et inconscient et le côté somatique, la dépendance nicotinique ». « Cette combinaison psychologique qui se mêle donc à un aspect chimique, se présente pour le sujet comme un besoin physique dont il n'arrive pas à se détacher » poursuit le Docteur Harbans Nagpal.

La difficulté de l'arrêt du tabac réside dans la cause qui nous a inconsciemment poussé à fumer, une cause avant tout psychologique: « Personnellement, je pense que l’envie de fumer va et vient selon l'état psychologique de chacun, et non pas selon le taux de nicotine dans le sang. Peu de gens fument leur première cigarette tôt le matin, (lorsque le niveau de nicotine est au plus bas).  Ce n'est donc pas le manque de nicotine qui produit l'envie de fumer mais un manque psychologique » déclare le psychanalyste.

Des pensées et incidents inconscients, à l’origine de l'envie de la cigarette  
Un manque psychologique ? Comment cela s'explique ? D'après Docteur Harbans Nagpal, le tabagisme peut relever d'une ou plusieurs blessures, comme quand un enfant est brusquement séparé sans explications de ses attaches: parents, maison, objets, amis, animaux… : « cela laisse une trace, une blessure dans le psychisme.  Nous portons tous en nous de nombreuses perturbations de ce genre ». Il y aurait donc des pensées et incidents inconscients qui nous poussent à fumer. « Derrière cette envie se cachent certaines demandes et questionnements non-résolus. Le plus souvent ces demandes insatisfaites sont liées à sa relation maternelle, ou à d'autres personnes (grand mère, frère, sœur), des endroits (déménagement) ou des épisodes dans la vie du sujet (pertes d'amis, d'objets, la croyance, l'argent…). La difficulté provient du fait que ces causes sont la plupart du temps inconscientes, enfouies en nous. [Le tabac] soulage ce manque intérieur laissé par des incidents précoces ou tardifs dans une vie ». 

Mais alors pourquoi certains fument et d'autres pas ? Pour le docteur Nagpal, ce sont « certains facteurs (rôle du père, des substituts à la mère, la croyance, une amitié profonde, l'école,...) qui permettent d'éviter ou de réparer ces blessures, de fermer le trou, se séparer du plaisir apporté par le tabac et de se détacher du besoin de la "mère"». Le tabacologue, Joël Pacoret évoque aussi, une cause génétique. « D'un point de vue neurologique, certains vont avoir plus ou moins de récepteurs à la nicotine responsables de la dépendance. Plus ils sont nombreux, plus le besoin de fumer est important ». 

Comment arrêter de fumer ? 
Pour le docteur Harbans Nagpal, il faut d'abord guérir psychologiquement, pour guérir ce besoin. « Seulement 5 % des personnes y arrivent seules. Il faut se faire aider, et trouver d'où vient cet attachement profond à la cigarette » signale-il. Pour commencer, le psychanalyste vous invite à réaliser un exercice simple : « Prenez un cahier et écrivez une page par jour en livrant tous vos ressentis, ce que vous avez dans la tête, au fur et à mesure vos besoins et vos soucis vont surgir. Si vous faites lire cela à quelqu'un de compétent, il pourra vous aider à guérir ». 

Joël Pacoret, conseille lui aussi une psychothérapie en cas de dépendance psychologique à la cigarette : « Quelqu'un qui, par exemple, ne fume que quelques cigarettes par jour mais qui n'arrive pas à arrêter n'est pas dépendant à la nicotine, mais dépendant psychologiquement ». Il préconise également de « profiter des circonstances déclenchantes ». L'idée est de trouver le bon moment pour arrêter. « Parfois certains de mes patients arrêtent car ils font face à une menace sur leur santé, à un décès d'un proche lié à un cancer des poumons, ou à une naissance ». 

Dans le cas où il y a une forte dépendance à la nicotine, les substituts nicotiniques peuvent s'avérer efficaces, d'après le tabacologue. Attention, il s'agit ici d'une démarche transitoire dans le cadre d'un protocole fixé. « Sinon, le risque est de devenir accro aux substituts. C'est toujours mieux que la cigarette, mais le problème n'est pas réglé » prévient-il. « Les méthodes alternatives (homéopathie, acupuncture, hypnose) pour arrêter la cigarette ont aussi leur place, selon la personnalité, la culture, les croyances de chacun » note le spécialiste. 
Le dernier conseil du tabacologue est de ne pas oublier d'écouter son corps... « Lorsque la vulnérabilité somatique se manifeste, il faut entendre les signaux que le corps envoie ».

Enfin, comme l'indique le site Tabac Info Service, il est bon de rappeler que l'arrêt du tabac est  bénéfique pour  : 

  • La peau, le teint va s'éclaircir et les rides seront moins marquées
  • La paix intérieure, en effet, la nicotine augmente le ressenti physique du stress. Lorsqu’une personne fume, les battements de son cœur sont plus rapides et sa pression artérielle augmente. 
  • L'entourage familial & la maison : les murs qui jaunissent, l'odeur du tabac froid, la tabagisme passif... c'est fini !
  • Le porte-monnaie... D'après vous, à cause du tabac, combien d'euros partent en fumée chaque année ?
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