Orthophonie

Mon enfant articule mal certains sons, faut-il intervenir?

Publié le 26 septembre 2017
J’ai fait ma toute première rééducation orthophonique pour un zozotement, spontanément, à l’âge de 14 ans. Depuis mes 22 ans, j’ai exercé l’orthophonie en libéral, jusqu’en 2017, soit pendant 29 ans, en ajoutant d’autres compétences bien utiles (relaxation, art-thérapie, coaching, etc.). Mon credo : « Mieux vaut prévenir que guérir ».
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Pas facile de maîtrise la vaste gamme de sons qui composent la langue française. Il est important de rester vigilante à la qualité d'élocution de votre enfant dès son plus jeune âge car des troubles de l'articulation peuvent se révéler handicapants dans sa vie sociale : il ne s'agit de rien de moins que de difficultes à communiquer ! Le point avec une orthophoniste.

Prenons le temps de préciser de quoi il s’agit… Dans le jargon professionnel, les orthophonistes appellent cela les « troubles de l’articulation » ou « dyslalies ». Si nous considérons que l’articulation relève d’une certaine norme selon la langue parlée, certaines personnes sortent de celle-ci et prononcent les mots différemment de la moyenne. Il s’agit le plus souvent d’un zozotement, d’un zézaiement ou d’un schlintement, mais cela peut aussi concerner d’autres sons, selon l’histoire de l’enfant ou de l’adulte concerné. Dans un article précédent (Au secours, mon enfant zozote !), je vous ai déjà expliqué la différence entre le zozotement et le zézaiement. On s’y intéresse le plus souvent parce que ce sont aussi les troubles articulatoires les plus courants. Mais certains enfants arrivent à sortir du lot, par exemple en remplaçant les sons soufflés (comme les sons S, CH, J, F, …) par des consonnes très différentes. Ils pourront par exemple aller à une « tête » au lieu d’une « fête »… D’autres pourront prononcer exclusivement des sons qui sont dits postérieurs (K, G) et diront « la quête » au lieu de « la tête », ou transformeront les sons en enlevant certaines fréquences (ex. boue devient pou). Il y a beaucoup de variantes !

En quoi cela est-il gênant ?
Je crois qu’avec les exemples précédents, on comprend vite pourquoi les troubles articulatoires peuvent être gênants, à la fois pour celui qui parle et pour celui qui écoute. En-dehors de certains aspects esthétiques qui accompagnent parfois ces troubles, il s’agit fondamentalement de troubles de la communication. En effet, hormis le zozotement et le schlintement, le changement de sons entraîne automatiquement un changement de mots et donc de sens. Si l’on reste objectif, on peut vite tomber dans une grande incompréhension, d’autant que certains accumulent plusieurs troubles articulatoires en même temps ! On en arrive parfois à ne plus rien comprendre du tout, bien que les parents, et notamment les mères, aient un « décodeur » intégré bien programmé : autrement dit, bien souvent, ils ne perçoivent même plus que leur enfant prononce mal les mots et comprennent aisément leur enfant qui n’a donc pas à se corriger. Le second problème, est que si ces troubles ne sont pas relevés, même en-dehors d’une déficience auditive, l’enfant peut garder des difficultés à percevoir la différence entre les sons et plus tard les lettres associées aux sons. Il arrive alors qu’ils se trompent de lettres simplement parce que pour eux, les sons sont tout à fait semblables. C’est ce que l’on appellera des confusions de lettres de type auditif. Bien souvent, il est avéré que ces confusions commencent par des troubles articulatoires plus ou moins subtils et des troubles de la perception des sons concernés. J’ai connu par exemple, des enfants qui n’entendaient pas du tout la différence entre « bébé » et « pépé ». La différence de sens est pourtant évidente, n’est-ce pas ?

Comment ces troubles arrivent-ils ?
Dans le cadre de cet article, il est bien sûr impossible de répondre pour chaque cas particulier. Cependant, le but de ces articles sur l’orthophonie est de faire de la prévention. Dans un premier temps, les troubles articulatoires peuvent être dus à des troubles auditifs ou organiques. Mais ils peuvent aussi se manifester et surtout s’entériner (au début, c’est tout à fait normal), tout simplement parce que les parents le trouvent mignon… et ne le corrigent pas.  Je pense au zézaiement, par exemple. Pour d’autres troubles, comme le zozotement, il peut être dû à un trouble de la déglutition (voir l’article concernant la déglutition et les déformations de dents). Il peut aussi y avoir des enfants très toniques, voire hypertoniques ; ceux-là remplacent souvent les sons doux par des sons durs (comme dans l’exemple de « tête » à la place de « fête »). On voit aussi beaucoup d’enfants qui ont porté la sucette trop longtemps et surtout pendant qu’ils parlaient, ce qui a occasionné des difficultés à prononcer les sons en avant (t, d, n). Du coup, une grande partie de leur système phonétique est faussé.

Il y a donc un rapport avec l’éducation ?
En effet, en-dehors des déficiences organiques et perceptives, cela arrive très souvent. Etre parent, ça ne s’apprend pas à l’école. Il faut apprendre tant de choses en même temps, sans compter le travail, la vie sociale, la vie de couple, etc. Si les parents sont conscients de l’importance de l’hygiène et d’une certaine discipline à respecter, ils ne sont pas toujours conscients des conséquences de leur éducation au langage qui est pourtant primordiale pour tous les apprentissages scolaires et la communication en général. Les parents qui laissent leur enfant parler avec la sucette, par exemple, ne savent pas que cela peut être très grave, car cela a des conséquences à la fois sur l’articulation, les dents et la déglutition. Une fois, j’ai eu un cas particulièrement représentatif de cela, car j’ai dû rééduquer un enfant pendant près de deux ans, parce qu’il ne prononçait pas les sons en avant et même plus (t, d, n, s, z, ch, j). Ses parents avaient fait l’erreur de le laisser parler avec la sucette et, dans son cas, cela a été particulièrement difficile de remonter tout le système phonologique. Il faut dire qu’il était aussi particulièrement immature et ne voulait pas toujours coopérer, c’est-à-dire se corriger. En effet, pourquoi changer un système qui fonctionnait si bien avant que l’orthophoniste intervienne ?

Alors, que doit-on faire pour éviter ça ?
Comme je l’ai déjà dit, les parents doivent être vigilants. Si les troubles articulatoires peuvent paraître mignons au début, il faut se rappeler que dans le meilleur des cas, il faudra ensuite les corriger. Comme j’ai une chaîne Youtube (Réussir en Beauté) où j’ai mis quelques vidéos sur certains troubles d’articulation, j’ai pu constater qu’il y avait énormément de personnes, des préadolescents, adolescents et jeunes adultes, qui n’avaient pas été corrigés et qui en souffraient, notamment en terme de confiance en soi. C’est grâce à eux, entre autres, que j’ai compris à quel point il était important de corriger les troubles chez les enfants et aussi de faire de la prévention. Plus généralement, les parents doivent comprendre que le petit poisson deviendra grand, qu’il devra aller à l’école, apprendre à lire et à écrire et que le système de sons et la communication sont primordiaux dans leur éducation et dans la vie d’adulte. Il faudra poser des temps de relaxation et de détente, s’amuser, discuter, parler, s’écouter, corriger l’enfant dans la bienveillance et s’assurer d’avoir mis en avant la communication avant toute chose. Il faut éviter de faire répéter inlassablement un enfant, par exemple, car certains se bloquent vraiment et perdent toute confiance en leurs capacités à bien parler. Les parents doivent rester assez subtils et prendre cette éducation à cœur tout en jouant… Un vrai travail d’équilibriste ! Car il faut comprendre que bien articuler, c’est surtout bien s’exprimer et bien se faire comprendre de tous. J’insiste beaucoup sur ce point car l’élément psychologique est à prendre en compte de façon impérative. Il ne s’agit pas seulement d’une éducation mécanique où l’on apprend à bien prononcer les mots et mettre sa langue en un point précis de la bouche,  mais il s’agit de quelque chose de bien plus vaste : l’épanouissement d’un individu.

Faut-il s’adresser à un professionnel ?
Vous pouvez aussi vous adresser à votre médecin qui vous redirigera vers un(e) orthophoniste. Ce professionnel saura s’adapter à votre cas particulier et commencera à poser des jalons utiles (ex. éviter la sucette, apprendre comment corriger votre enfant tout en stimulant ses capacités de communication, …). Dans le cadre d’une rééducation, il existe une série d’exercices de tonification, de placement et de relaxation qui seront nécessaires à la bonne correction des troubles de l’articulation. Des exercices sont également disponibles en ligne sur Réussir en Beautépour ceux qui se sentent capables de prendre en charge leur enfant de façon autonome, tout en s’amusant et en gagnant du temps et de l’énergie. Cela pourra également compléter une prise en charge en cabinet pour encore plus d’efficacité !

Nadège Compper, Orthophoniste, auteur du livre « Les secrets de la réussite scolaire », Ed. Publibook, plus d’informations sur Réussir en Beauté.

La page pro de Nadège : facebook.com/reussirenbeaute/ Son site : www.reussir-en-beaute.com , son Twitter @reussirenbeaute et la chaîne Youtube Réussir en Beauté.
 

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