Culture

Le deuil communautaire des Massaï

Publié le 2 novembre 2018
Ecrivain, coach de vie, anthropologue politique et expert des peuples premiers, notamment au sein du GITPA (Groupe International de Travail sur les Peuples Autochtones), Xavier Péron a été maître de conférences à La Sorbonne et à l’Ile de La Réunion, et auteur de nombreux articles et ouvrages sur les Maasaï ainsi que deux films documentaires.
"Tu ne peux pas presser la Déesse en lui donnant un coup de coude !"
"Tu ne peux pas presser la Déesse en lui donnant un coup de coude !"
© Xavier Péron

Chez les Massaï, le deuil est l'occasion de se resserrer les liens communautaires et de dialoguer avec l'invisible. Découvrez un autre rapport à la mort et à l'après-vie.

Il n’y a pas si longtemps, un Massaï "endormi" (terme qui exprime avec douceur le passage vers l’après-vie) avait le corps enduit de la graisse d’un taureau sacrifié, et on le chaussait de sandales neuves. La dépouille était transportée vers un endroit ombragé en dehors du village pour être exposée à la faim des prédateurs, et en particulier des animaux nécrophages tels que les hyènes et les vautours. Les vénérables Sages se seraient ainsi exprimés : "Sois ici chez toi ! Prions Enk’Aï qui est la Seule à connaître le jour de notre grand repos ; qu’Elle nous donne le temps de vivre des jours heureux, et qu’Elle nous guide vers ceux qui nous ont quittés…"

L'importance de la communauté dans le processus de deuil

De nos jours, le rituel est le même, sauf que la personne défunte est placée dans un cercueil puis est enterrée à proximité du village où elle a vécu. Les gens du village demeurent ensemble durant deux ans, le temps du deuil et du resserrement des liens, le temps qu’il faut aussi pour que le corps se décompose entièrement ; puis ils passent vingt-neuf jours ensemble au sein d’un village provisoire édifié à proximité du premier, le but étant de permettre à chacun d’apprendre en dehors de l’agitation mentale à dialoguer sans séparation (entre le monde visible et l’invisible) avec le parent "endormi" jusqu’à ce qu’il devienne un "olmauaï", c’est-à-dire un "jumeau".

Au delà des antagonismes, la complémentarité de toutes choses

Le monde, selon les Massaï, est en effet un immense champ d’énergie qui permet à chacun d’entre nous de se construire dans son être, mais aussi de communier, de partager et surtout d’être en relation avec les autres ainsi qu’avec l’ensemble de la Création.

Le terme "Massaï" lui-même dérive du mot "Ilmao" (jumeaux), reflétant cette spiritualité fondée sur l’expérience que toutes les choses, tous les êtres sont reliés entre eux pour former des paires d’éléments complémentaires et non pas antagonistes, homme et femme, masculin et féminin, ciel et terre, monde visible et monde invisible, bien-être et difficulté, monde des vivants et celui des "morts".

 

Retrouvez Xavier Péron sur son site et dans son roman : Tu ne peux pas presser la Déesse en lui donnant un coup de coude !, éditions Eyrolles, 16 €.

 

 

 

 

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