Médecine intégrative

"Les attaques contre l’homéopathie retardent l’évolution de notre système de santé vers une médecine intégrative"

Publié le 14 mai 2019
© Bru-no / Pixabay

Pour ou contre le remboursement de l'homéopathie ? Sous cette question, celle de l'efficacité de cette médecine dite "alternative" attaquée par certains professionnels de santé et faisant l'objet d'une évaluation par la HAS et le Ministère de la Santé. Engagée dans ce débat pour la reconnaissance de cette pratique écologique, FemininBio publie la Tribune adressée par Florian Petitjean, Président du laboratoire Weleda France.

"Il faudrait rembourser le sirop à la fraise, alors ! ". De la dérision à l'insulte, ce tweet choisi parmi des milliers d'autres en dit long sur la manière dont le débat sur le thème de l'homéopathie s'est dégradé depuis un an dans notre pays. Tout cela depuis qu'en mars 2018, une tribune au vitriol signée de 124 professionnels de santé a appelé les pouvoirs publics et l’Ordre des médecins à bannir les thérapies dites « alternatives », tout particulièrement l’homéopathie. Dans leur sillage, la ministre de la Santé et des Solidarités a saisi la Haute Autorité de Santé (HAS) afin d’évaluer l’efficacité et le bien-fondé de son remboursement. Chacun est maintenant en attente de cet avis, de la décision que prendra ensuite le gouvernement, avec des conséquences potentiellement lourdes pour les patients, les professionnels de santé et les collaborateurs des entreprises concernées dans le monde entier.

>> A lire sur FemininBio : l'interview du Dr Dominique Eraud, homéopathe acupuncteur, sur la question du déremboursement de l'homéopathie

Opposer les pratiques médicales ne conduit qu’à une impasse

L’agressivité des attaques actuelles fait oublier qu’au-delà de l’homéopathie, les professionnels de santé se trouvent de plus en plus souvent confrontés à des patients ayant recours à d’autres pratiques médicales que celles qui leur ont été enseignées dans le cadre de la médecine conventionnelle. Les opposer conduit à une impasse. Les intégrer dans le parcours de soins, en complément de leurs traitements, permet au contraire de répondre à de nombreux enjeux de santé publique.

C’est ce que de nombreux chercheurs, professionnels de santé, associations et entreprises du monde entier appellent la ”médecine intégrative“: l’intégration au sein de la médecine conventionnelle des médecines traditionnelles et complémentaires (homéopathie, phytothérapie...), et des interventions non médicamenteuses (activité physique adaptée, thérapies manuelles, acupuncture, techniques corps-esprit...). La médecine intégrative considère « ces thérapies complémentaires comme partie de la pratique médicale et non comme des alternatives à la médecine officielle », selon les termes du GETCOP(1). De même que le CUMIC(2) qui regroupe des universitaires et des responsables d’enseignement de plusieurs disciplines avec pour mission de replacer au centre des débats les évaluations et la sécurisation des thérapies complémentaires pour permettre un enseignement et une information fiables, vérifiés et adaptés.

La médecine intégrative apporte de nombreuses réponses dans un contexte de crises et de défis qui aujourd’hui plus que jamais s’imposent à la médecine (antibiorésistance, iatrogénie, maladies de civilisation...). Elle contribue à apporter aux patients des solutions préventives et thérapeutiques modernes, humaines, économes en ressources, respectueuses de l’environnement jusqu’à rappeler à l’Homme qu’il est indissociable de la Nature, dont il fait partie. Elle apporte beaucoup aux professionnels de santé qui notamment témoignent de l’amélioration de la relation soignant-soigné et du sens ainsi donné à leur métier. C’est ce que le C2DS(3) observe dans les établissements de santé qui se sont engagés dans cette voie et qui entre autres démarches innovantes, travaillent depuis plusieurs années sur l’éco-conception des soins.

L’OMS ne s’y est pas trompée. Dans le cadre de sa stratégie pour les médecines traditionnelles et complémentaires 2014- 2023, elle a adopté plusieurs résolutions invitant les états à soutenir l'intégration dans leurs systèmes de santé des différentes thérapeutiques, tout en encadrant les contrôles de qualification, d'accréditation et d'autorisation des praticiens concernés.

L’explosion de la demande des patients plaide pour un enseignement universitaire

Face au foisonnement des pratiques et à l’explosion de la demande des patients, la qualité de l’enseignement tout comme l’évaluation des médecines traditionnelles et complémentaires est effectivement une nécessité. Enseigner l’homéopathie dans les facultés de médecine et de pharmacie est le seul moyen d’offrir aux professionnels de santé une formation qui permet de maintenir les patients dans un parcours de soins encadré, pluridisciplinaire et personnalisé. Innover en proposant un enseignement élargi aux médecines traditionnelles et complémentaires dans le cursus universitaire permettrait en outre aux jeunes professionnels de santé de mieux les comprendre et le cas échéant de mieux les intégrer, en connaissant leurs atouts et leurs limites. Il est utile d’encourager la recherche plutôt que d’alimenter une polémique contraire à l’esprit scientifique
Contrairement aux idées reçues, les initiatives en matière de recherche sur les médecines traditionnelles et complémentaires sont nombreuses : travaux menés par la plateforme universitaire CEPS(4) sur les méthodologies d’évaluation des interventions non médicamenteuses, études cliniques et observationnelles menées notamment en milieu hospitalier par l’OMNC(5), recherches sur les pratiques psychocorporelles menées par l’IFPPC(6)...
Il en est de même en homéopathie avec les sociétés savantes telles que la SSH(7), la SHISSO(8) et la SSMA(9) qui collaborent étroitement avec les organisations internationales que sont le HRI(10), l’ECH(11) et l’IVAA(12) dans le cadre de programmes de recherche pluridisciplinaire dans le monde entier avec des médecins, des universitaires et des scientifiques de renommée internationale.

La polémique née il y a maintenant tout juste un an pourrait toutefois s’avérer être un tournant majeur des politiques de santé dans les prochaines années : à condition d’y travailler collectivement, de ne pas céder de terrain à la simplification et à la caricature, et d’élever le débat en le plaçant sur le terrain de la coopération en matière de recherche, d’évaluation et de formation pour finalement co-construire une stratégie de santé qui intègre les médecines traditionnelles et complémentaires, dans le respect de tous.

Dérembourser les médicaments homéopathiques : une menace sur l’écosystème des médecines traditionnelles et complémentaires qui pourrait retarder l’évolution de notre système de santé vers une médecine intégrative

Les patients seraient les premiers à souffrir d’un éventuel déremboursement des médicaments homéopathiques : considérer que leur coût est faible au point qu’ils pourraient continuer à se les procurer sans problème est une gageure. C’est la raison pour laquelle plusieurs centaines de milliers d’entre eux se sont déjà mobilisés au travers de la campagne #MonHomeoMonChoix. Tout tend à montrer par ailleurs que le report des prescriptions vers d’autres médicaments augmenterait le coût pour la collectivité et que l’impact d’un déremboursement porterait un coup terrible, et dans certains cas fatal, aux entreprises du secteur. Elles comptent pourtant parmi les fleurons de l’économie française. N’en déplaise à certains, la France est un leader mondial de l’homéopathie. En Europe, en Inde, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, tous les acteurs attendent la décision qui sera prise à l’issue de l’avis formulé par la Haute Autorité de Santé. Elle donnera le ton sur la place que notre système de santé entend donner aux médecines traditionnelles et complémentaires, pour les années à venir. Et à son évolution vers une médecine intégrative.

Puissent les débats à venir être - enfin - à la hauteur de l’enjeu.

Florian Petitjean
Président de Weleda France Pharmacien Responsable

(1) Groupe d’Evaluation des Thérapies Complémentaires Personnalisées : getcop.org
(2) Collège Universitaire de Médecine Intégrative et complémentaire : cumic.net
(3) Comité pour un Développement Durable en Santé : c2ds.eu
(4) Plateforme universitaire Collaborative d’Evaluation des programmes de Prévention et de Soins de support : plateformeceps.univ-montp3.fr
(5) Observatoire des Médecines Non Conventionnelles : omnc.unice.fr
(6) Institut Français des Pratiques PsychoCorporelles : ifppc.eu
(7) Société Savante d’Homéopathie : assh-asso.fr
(8) Société Homéopathique Internationale de Soins de Support en Oncologie : shisso-info.fr
(9) Société Savante de Médecine Anthroposophique : arema-anthropomed.fr
(10) Homeopathy Research Institute : hri-research.org
(11) European Committee for Homeopathy : homeopathyeurope.org
(12) International Federation of Anthroposophic Medical Associations : ivaa.info
 

Depuis sa création en 1921, le laboratoire Weleda, pionnier de la cosmétique naturelle et biologique porte une conception du soin élargie aux médicaments homéopathiques, à la phytothérapie et aux pratiques psychocorporelles, dans une vision intégrative de la santé et de la médecine.

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