Epidémie

Coronavirus et quarantaine : limiter les dangers pour la santé mentale

Publié le 25 mars 2020
Catherine Grangeard est psychanalyste spécialisée dans l’accompagnement des personnes en surpoids. Elle est l'auteure des livres "La femme qui voit de l'autre côté du miroir" et "Comprendre l'obésité". Son blog : catherinegrangeard.blogspot.com.
Ce moment de vérité du confinement est à considérer comme utile pour réussir sa vie.
Ce moment de vérité du confinement est à considérer comme utile pour réussir sa vie.
© all_who_wander

L'épidémie mondiale du Covid-19 et le confinement en France pèsent sur l’activité mais aussi sur le moral de la population. En couple, avec ses enfants, seule ou en colocation, cette sensation d'enfermement peut avoir de réels effets psychologiques selon la façon dont nous accueillons cette période.

Pour tout un chacun ce confinement non choisi a un impact psychique. Il sera plus fort en fonction de divers critères que je vous propose de classer en deux colonnes : notre personnalité profonde et notre mode de vie. Nous allons tout bonnement découvrir des éléments essentiels dans chacune de ces sphères. Alors le confinement sera un plus dans la vie de chacun ! C’est la politique du verre à moitié plein…

Situations différentes selon qui on est et pas seulement selon ce qu’elles sont !

Prenons une personne apparemment hyper gaie, sa vie très remplie la satisfait pleinement. Parfois le tourbillonnement cessant révèle une détresse dont elle cherche (avec succès) à s’extraire d’ordinaire. Pour que cette période de retrait puisse se révéler positive, il est inutile de chercher à reproduire un mode de vie à l’identique alors que les conditions extérieures sont actuellement si différentes d’un quotidien entre parenthèses.  C’est une occasion à saisir pour reconquérir une liberté intérieure, entachée par des failles qu’il s’agit de resserrer.

Imaginons une autre situation où le confinement risque d’être difficile, prenons un couple (avec ou sans enfants) qui a des problèmes non résolus. Les explosions risquent de mettre en péril la santé mentale des uns et des autres. C’est aussi vrai du retrait psychique qui met à dure épreuve les autres.

Ce moment de vérité du confinement est à considérer comme utile pour réussir sa vie. Des solutions existent, ensemble ou non. Et c’est en partant de cet axiome que le confinement sera un moment fondateur.

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Consentir n’est pas désirer

Je veux attirer l’attention sur les dangers du huis-clos. Les rapports de pouvoir, d’emprise vont fleurir. Ce sont des fleurs du mal !

Personne n’a le droit d’imposer à qui que ce soit quoi que ce soit. Dans aucun domaine de l’existence, la force ne se justifie. Ni entre adultes ni sur des enfants, ou l’inverse ! Même quand on n’est pas d’accord.

Une question est à se poser : est-ce que j’aime ce que je deviens ?

Que ce soit parce que vous embêtez l’autre ou qu’il vous embête, il s’agit de profiter de ce temps très spécial que nous vivons pour repositionner nos projets de vie. Tout de suite, ne perdons pas de temps à laisser (plus) envenimer les situations. Un espace psychique est indispensable. Il est légitime.

Y compris dans des espaces physiques étroits, nous pouvons faire attention aux bruits, aux moments de solitude, de repos comme de partages. Il n’y a que ce qui est désiré conjointement qui vaille. Imposer c’est blesser. Et réciproquement…

Ne nous abîmons pas durant les semaines où nous sommes contraints à rester à la maison. Ni s’abîmer les uns les autres ni soi-même.

STOP est un mot, un geste quelquefois de grande importance. Après ne sera pas comme avant. C’est ici et maintenant que l’après se dessine. Inutile de se voiler la face, le confinement a le mérite de beaucoup révéler, en accéléré.

Rester vivant est l’objectif et, si possible, pour que la vie ait du sens !

Nous sommes toutes et tous confrontés à des questions existentielles. Elles sont bénéfiques. Acceptons-les. Surtout celles qui dérangent. La force de se les poser est déjà le premier pas. Apprendre à laisser ouvertes des questions sans les boucher par des réponses trop rapides permet de laisser la chance d’y trouver des réponses.

A des problèmes qui durent depuis des décennies parfois, il n’y a pas (le plus souvent) urgence à répondre. A vous de hiérarchiser. Si les broutilles vous accaparent, mieux vaut inverser l’ordre de priorités, non ? Mais ces problèmes qui s’éternisent depuis des années, il va bien falloir accepter de les regarder en face et prendre les mesures qui s’imposent…

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Comment font les confinés contents ?

Ça dépend ! Le geek ne s’est peut-être pas encore aperçu de quoique ce soit. Cette blague circule sur les réseaux sociaux et (comme toutes les blagues) elle dit quelque chose de vrai. 

Certaines personnes affirment que le confinement ne change pas grand-chose à leur façon de vire.

Les solitaires, les ermites et les couples très amoureux sont heureux !

Cette liste non-exhaustive montre que le changement rapide et imposé n’a pas du tout les mêmes effets sur tous.

D’autres personnes ont une proximité psychique qui se développe avec des personnes absentes grâce aux échanges que les moyens de communication offrent. Parfois les écrans et les claviers permettent une franchise que le face à face complique, par pudeur, par timidité et autres raisons...

Le rapprochement que le manque entraîne est un grand classique des relations amoureuses. On se rend compte de l’importance d’une personne lorsqu’elle n’est pas à disposition.  C’est le « Tu t’éloignes, je me rapproche » des romans, des chansons, des films.

La peur de perdre son autonomie et son indépendance est minorée en cette période incroyable où s’enfermer permet de sauver la vie à tout le monde.

Le rapport aux autres est modifié. A la fois, il est nécessaire de ne pas se fréquenter et en même temps on réalise qu’ils nous manquent. Et on réalise qui nous manque vraiment.

L'auteure

Catherine Grangeard est psychanalyste spécialisée dans l’accompagnement des personnes en surpoids. Elle est l'auteure de Comprendre l'obésité, La femme qui voit de l'autre côté du miroir co-écrit avec Daphnée Leportois. Son blog : catherinegrangeard.blogspot.com

 

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