Coronavirus

Le confinement a-t-il un effet différent sur les femmes ? Réponses d'une gynécologue et d'une psychologue

Publié le 6 avril 2020
Docteur Bérengère Arnal est médecin gynécologue-obstétricienne, sophrologue, phytothérapeute et diplômée de psychosomatique en gynécologie-obstétrique. Elle est la Présidente fondatrice (2007) d'Au sein des femmes, association dédiée aux femmes atteintes de cancer du sein.
"Le confinement constitue une expérience de vie qui peut déboucher sur une libre mise en mot orale ou écrite"
"Le confinement constitue une expérience de vie qui peut déboucher sur une libre mise en mot orale ou écrite"
© Joshua Rawson-Harris/Unsplash

Si le confinement nous impacte tous plus ou moins en fonction des conditions dans lesquelles nous vivons cette période, la crise du coronavirus peut impacter différemment les femmes. Pistes de réflexions sur les situations qui peuvent être problématiques et les conséquences de ce stress sur la physiologie féminine, et éléments de réponses sur une manière de tirer profit de ce moment difficile.

Pour la rédaction de cet article, le Dr Bérengère Arnal a également consulté Florence Puch, psychologue clinicienne, consultante en éducation thérapeutique.

Les effets du confinement sur la santé psychique et mentale

Suite à la pandémie de coronavirus ou COVID-19, ayant démarré en Chine en novembre 2019, le confinement de la population française a été instauré le 17 mars 2020.

Une étude de l’INSERM d’un laboratoire de Strasbourg, spécialisé en neuropsychologie et psychiatrie, a été aussitôt élaborée et validée afin d’évaluer l’impact négatif et positif du confinement et plus particulièrement, son retentissement psychique et mental. Les résultats de cette enquête confirmeront-ils les conclusions des rares études portant sur ce sujet ? Une publication récente du LANCET (méta-analyse de 24 études), confirme sans surprise, l’impact négatif possible du confinement, avec l’apparition ou la majoration de troubles de l’humeur (anxiété, angoisse, colère, peur, agressivité, moral en berne, dépression,…), d’un état de confusion mentale, des risques augmentés de suicide, voire l’instauration d’un syndrome de stress post-traumatique (trouble anxieux sévère dans les suites d’un événement traumatique).

>> Lire aussi sur FemininBio : Arrêt des règles et confinement : effet du stress sur le cycle menstruel, par le Dr Bérengère Arnal 

De façon logique, plus la situation de confinement dure et plus il y a de risques d’apparition de ces manifestations. Il y a notamment, une corrélation avec les mauvaises conditions de logement (entassement, promiscuité, absence de jardin…), la diminution des revenus et ses multiples conséquences à plus ou moins long terme, l’absence d’information (mais trop d’information est aussi délétère) ainsi que la frustration l’absence d’activité donc l’ennui… La crainte subjective d’une éventuelle pénurie sur les produits de consommation essentiels est bien évidemment un élément aggravant. L’impact psychologique pourrait de plus, perdurer des années après la fin du confinement.

Une enquête portant sur le vécu des Chinois depuis le début de l’épidémie nous livre les données suivantes : les personnes les plus fragilisées par le confinement sont les jeunes adultes entre 18 et 30 ans, les femmes, les seniors de plus de 60 ans, les personnes obligées de se déplacer pour travailler, celles habitant dans les zones les plus touchées. La qualité du système de santé est un facteur important, meilleur il est et moins il y a de retentissement psychologique négatif.

Les effets du confinement sur les êtres humains

A ce jour, le confinement ne semble pas figurer dans les échelles des évènements de vie stressants, comme celle de Holmes et Rahe (1967). La situation qui se rapproche le plus du confinement est la prison. Celle-ci apparaît en 4ème position sur 43 items avec un indice de 63, après le décès du conjoint (indice 100), le divorce (indice 73) et la séparation maritale (indice 65). C’était il y a presque 50 ans. Cette échelle semble toutefois faire encore référence.

Les effets du confinement sur les femmes victimes de violences conjugales

Le confinement représente pour les femmes françaises victimes de violences conjugales (environ 220 000 femmes par an) et leurs enfants, « une séquestration légale[1] » avec un sur-risque de violence qui inquiète à juste titre les associations dédiées et qui est confirmé par le Ministère de l’Intérieur avec une hausse de plus de 30% des interventions. L’éviction du conjoint dangereux, préconisée par les instances supérieures, n’est pas toujours possible par manque de moyens financiers, juridiques et humains. Il est conseillé aux femmes et enfants en danger de se rendre dans la pharmacie la plus proche, qui alertera les forces de l’ordre ou dans des points d’accueil qui leur sont réservés, situés en face des supermarchés. S’il est déconseillé de sortir, il n’est pas interdit de fuir la violence conjugale et familiale, attestation ou pas, pour sauver sa peau et celle de ses enfants. Un numéro  d’aide par SMS, 24h/24, le 114 et un numéro d’aide et d’écoute téléphonique du lundi au samedi de 9h à 19h, le 3919.

Le stress aigu, le stress chronique et ses conséquences au féminin

Il existe deux types de stress : aigu et chronique.

  • Le stress aigu, peut être positif comme le trac avant de faire une conférence par exemple.  Le stress aigu négatif comme celui généré par un accident, un séisme, un décès brutal, un emprisonnement, l’annonce d’un confinement n’est jamais sans retentissement. Il peut avoir des conséquences dramatiques comme un syndrome de stress post-traumatique dont il ne faut pas méconnaître la gravité.
  • Le stress chronique, toujours négatif, résulte d’une exposition répétée et mal ou non gérée à des situations perturbantes. Le système d’adaptation est dépassé. Ces situations perturbantes peuvent être physiques, par exemple, relatives à une exposition anormale à des molécules environnementales comme certains pesticides qui sont des perturbateurs endocriniens. Ceci veut dire qu’il y aura un impact négatif physique sur le déroulement du cycle menstruel. L’arrêt de l’exposition à ce type de substances est suivi d’un rétablissement de ce dernier. Ces situations perturbantes peuvent être émotionnelles et enrayer toute l’horlogerie hormonale, tous les mécanismes hormonaux étant interdépendants les uns des autres. Elles impactent aussi le système immunitaire. Cet état de stress chronique sollicite les surrénales qui sécrètent beaucoup trop d’hormone du stress, le cortisol. Ceci n’est pas sans conséquences physiques : troubles cardiovasculaires, résistance à l’insuline (diabète de type 2), obésité abdominale, … Il en résulte une réelle mise en danger de l’état général. Ainsi lorsque le cortisol est perturbé, tous les systèmes hormonaux sont affectés, notamment l’équilibre thyroïdien et celui des hormones sexuelles, les oestrogènes, la progestérone, la testostérone, la prolactine.

La capacité de chacune à gérer les stress dépend de l’histoire émotionnelle de chacune. On encaisse, on encaisse, la pression monte parallèlement à la stimulation permanente des surrénales. Le surmenage s’installe. Un jour, il suffit d’un élément déclencheur, une goutte d’eau qui fait déborder le vase ou un tsunami émotionnel comme le confinement surtout s’il s’impose dans des conditions de déséquilibre ou de danger, pour que s’exprime le ras-le-bol, le « je ne peux plus » du corps. C’est là que peuvent s’installer la dépression, un burn-out, des maladies comme la fibromyalgie ou le syndrome de fatigue chronique ou un syndrome de stress post-traumatique. Les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes de développer un syndrome de stress post-traumatique. Le système hormonal général étant impacté, le stress peut aussi être responsable de troubles du cycle menstruel.

Les facteurs de risque et les facteurs de protection en période de stress intense

Entre l’élément potentiellement traumatisant d’une part et la réalité des manifestations psychosomatiques et psychiques d’autre part, il y a les stratégies individuelles comme facteurs de risque ou de protection. Des stratégies d’évitement aussi différentes que la distraction à tout prix, le fait de chasser ses représentations ou au contraire, les ruminations nourries du « faisceau d’angoisse et d’excitation à travers les informations télévisuelles »[2] s’avèrent être des facteurs de risque d’apparition et de maintien des effets post-traumatiques.

Au contraire, il existerait « un lien entre la qualité organisationnelle des souvenirs traumatiques volontairement évoqués et l’évolution à long terme de la  personne traumatisée »[3].
Le confinement constitue une expérience de vie qui, si le sujet n’est pas exposé à une violence relationnelle à l’intérieur de l’espace confiné, peut déboucher sur une libre mise en mot orale ou écrite, et donc mise en pensée de soi, des représentations qui émergent du fait même d’être sorti de l’ "agitation" du quotidien.

  • Que puis-je apprendre de moi, de mon corps, des autres et de la société ?
  • Comment puis-je m’approprier le présent ?
  • Quelles difficultés suis-je en train de rencontrer ?
  • Comment puis-je revisiter mes représentations d’invulnérabilité ?
  • Quels questionnements s’ouvrent à moi ?
  • Comment puis-je m’approprier le confinement comme une stratégie active face à l’épidémie ?
  • En quoi, je peux être fièr(e) de moi d’être investi(e) et organisé(e) dans ce confinement ?
  • En quoi je peux aider les autres ?
  • Comment puis-je être bienveillant(e) vis à vis de moi-même et dans le respect de mes limites ?
  • Enfin, vers quel(s) objectif(s) positif(s) puis-je m’orienter pour le déconfinement ?

L’expression de soi en temps réel, est un auto-soin qui permet de limiter les conséquences d’un stress prolongé, notamment psychosomatiques.

Sources : 

[1] Stéphanie Le Gal Gorin, Espace Femmes de Dinan, 07 60 51 79 83
[2] Donabédian, D. (2005). Stress et traumatisme en psychosomatique: Le stress, partie émergée du traumatisme. Revue française de psychosomatique, no 28(2), 91-104. doi:10.3917/rfps.028.0091.
[3] Ponseti-Gaillochon, Annick. Le debriefing psychologique : Pratique, bilan et évolution des soins (Psychothérapies) (French Edition) (p. 21). Dunod. Édition du Kindle.

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