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"Une nécessaire reconnexion de nos élèves à la nature", interview de Philippe Nicolas, professeur et chercheur

Rédaction
Par Rédaction
le 23 septembre 2021

Après une édition 2020 annulée pour des raisons sanitaires, le Congrès Innovation en éducation revient à les 2 et 3 octobre 2021 à l'Espace Charenton à Paris, et aussi en ligne pour un suivi depuis chez vous. Un événement réservé aux parents et aux passionnés de l'éducation bienveillante, avec des invités de marque dont Philippe Nicolas, professeur des écoles, chercheur en Sciences de l’Education.


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Chercheur en Sciences de l’Education sur les thématiques d’éducation relative à l’environnement, Philippe Nicolas est l'initiateur du projet Cap au Nord 2020, avec l'association "L’école face au plus grand défi du 21e siècle". Il revient avec nous dans cette interview sur la place de l'environnement dans le système éducatif et le besoin de reconnexion à la nature.

FemininBio : vous êtes professeur des écoles et engagé dans la préservation de l'environnement. Comment appliquez-vous vos valeurs à votre enseignement ?

Philippe Nicolas : Je ne pourrais pas enseigner autrement qu’en faisant des liens, des correspondances avec la vie et les principes qui la régissent. Ces principes de vie sous-tendent le réel d’un monde ouvert et amical. Nous avons besoin en éducation de nous confronter au réel. Faire en sorte qu’il se passe quelque chose entre l’enfant et la nature afin que cet enfant devenu adulte se sente en charge de la vie. J'ai fait de ce mouvement, de ce processus l’axe majeur de ma pédagogie.

Voyez, il ne s’agit ni plus ni moins que d’inscrire sa vie dans la grande histoire du monde. Et que cette inscription est aventure formidable ! Car il s’agit de découvrir ou redécouvrir que nous sommes avant tout être de relation. Les liens avec le vivant donnent de l’énergie, de la sécurité, de la cohérence, de l’amabilité et un sens aux apprentissages. Aucun élève ne se soustrait à ce dynamisme quand la pédagogie se veut école de la vie. Et que dire de l’émerveillement à l’école quand l’enseignement se saisit de la contemplation et de la compréhension du vivant. Alors je fais de ma classe une fenêtre ouverte sur le monde afin que l’intensité de la vie s’offre à mes élèves.

Faut-il réinventer le système dans lequel évolue la jeune génération ?

L’héritage culturel littéraire, scientifique, historique dont dispose l’école est énorme et mérite certainement une autre appropriation que celle d’un savoir par cœur pour réussir ses évaluations. Il nous faut penser cet héritage davantage tel une rampe de lancement.
Réinventer est certainement un terme un peu trop fort, je lui préfère celui de réformer. Je discerne deux points essentiels de réforme pour recouvrer une éducation intégrale ou globale, le premier : une nécessaire reconnexion de nos élèves à la nature et le second, la prise en considération de la vie intérieure de nos élèves. C’est donc pour un droit de cité à la sensibilité au cœur de l’école que je milite.

Le projet Cap au Nord porté par l’association "L'école face au plus grand défi du 21ème siècle" expérimente ces 2 axes sensibles et au combien constitutifs du socle anthropologique de chacun, chacune et donne à voir des jeunes qui s’épanouissent et s’accomplissent dans des actes en coopération avec l’ensemble - l’ensemble défini par les autres, tous les autres faunes et flores y compris, les territoires, les régions, les pays et la planète.

L’expédition Cap au Nord en Islande en juillet dernier aux multiples missions sur le dérèglement climatique s’est enraciné sur les besoins de la jeune génération, à savoir : vivre ensemble dehors, avoir des moments de célébration avec la nature, suivre ses dispositions naturelles, s’investir dans des démarches de recherche pour comprendre le monde, être acteur/actrice de terrain, se découvrir auteur/e de sa vie, prendre en considération la joie, donner le meilleur de soi pour l’ensemble plus que d’être le meilleur de l’ensemble. Le film qui en découlera favorisera un réenchantement nécessaire scolaire et sociétaire.

Au vu du succès global de l’expédition en Islande, une autre est programmée pour l’année prochaine avec d’autres ambassadeurs jeunes de l’hexagone.

Selon vous, quel.s moyen.s pourrait appliquer l’Éducation nationale pour sensibiliser les jeunes à la protection du Vivant dans le cadre de l'école ?

Les deux grands absents de l’institution scolaire précités, c’est-à-dire la nature et la vie intérieure me semblent être les deux bras de levier pour réconcilier les jeunes avec eux-mêmes, les autres et la nature. Si je prends soin de la terre, alors en vérité je prends soin de moi.

Alors tant favoriser la reconnexion avec la nature dès le plus jeune âge que de prendre en considération les aspirations, les rêves, les désirs de nos jeunes. Ces «matériaux» sensibles sont les germes d’un imaginaire créateur qui lorsqu’ils s’incarnent co-construisent le monde en harmonie avec le vivant. Marguerite Yourcenar dans «Les yeux ouverts» nous partage quelque chose de cet ordre qui confère alors à l’existence une vie heureuse et sobre en relation avec tout ce qui est.

En dehors de votre vie d'enseignement, comment se manifestent chez vous vos engagements ?

Choisir la vie, choisir d’aimer la vie. Choisir surtout de se laisser saisir par elle. Je me découvre terrien, amoureux de la vie davantage chaque jour. Je tente de répondre au mieux à cette amitié avec la vie et d’en incarner une présence réelle auprès de mes élèves.
C’est bien cette présence en relation avec la vie, cette reliance qui enseigne, et dont les élèves sont friands. Selon moi, l’indice ou la clé d’un authentique chemin de vie, c’est la joie, la joie d’être soi-même, la joie d’être à sa place, la joie d’enseigner, la joie de transmettre, la joie d’éveiller au respect de soi, des autres, de la planète. Oui, l’indice est bien celui de la joie. Poursuivre ce qui donne le plus de joie, suivre le plus grand amour pour soi sont des pistes.

Pourquoi avez-vous accepté d'intervenir au Congrès Innovation en éducation et qu'allez-vous transmettre comme message ?

Les occasions de partage, de rencontre, d’échange ont été largement contraintes ces deux dernières années. Quelle chance de pouvoir intervenir dans ce congrès, de partager sa vision du monde en éducation avec d’autres et pour d’autres, d’autant quand cette vision se veut être au service de l’éducation. Je porte en moi cette intime conviction que l’éducation est le bras de levier pour sortir de la crise et relever les nombreux défis contemporains.

Si tu sers la vie, alors la vie te sert ! Expérimenter cela nous fait entrer dans le monde réel, un monde amical, subtil et bienveillant de chacun, de chacune d’entre nous. C'est mon message pour ce congrès Innovation en éducation.

Philippe Nicolas participe au Congrès Innovation en éducation le samedi 2 octobre de 12h30 à 13h30.

Infos pratiques sur le Congrès Innovation en éducation

Dates :
Samedi 2 octobre 2021 : conférences de 9h à 22h45
Dimanche 3 octobre 2021 : conférences de 9h30 à 19h30

Lieu :
Espace Charenton, 327 Rue de Charenton, 75012 Paris
Ou en direct depuis internet

Billets :
Votre pass est à acheter sur la billetterie juste ici.

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